Les colonies de vacances sont-elles vouées à disparaître ?

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ENQUÊTE - Les Français sont de moins en moins nombreux à envoyer leurs enfants en colonies de vacances : seul un quart des 7-12 ans y sont déjà partis, révèle ce jeudi un sondage Ifop publié par l'association Jeunesse au plein air. Mais pourquoi les joies des feux de camp et des batailles de polochon ne font-elles plus recettes ?

"Ah les jolies colonies de vacances. Merci papa, merci maman. Tous les ans je voudrais qu'ça r'commence..." Le tube de l'été 1966 chanté par Pierre Perret a du plomb dans l'aile. Flashback. 1960 : l'âge d'or des "colos", un mode de vacances qui permit à 4 millions d'enfants de goûter aux joies des feux de camp, des "chasses au dahu" et des batailles de polochon. 2019 : ces séjours collectifs ne concernent plus qu'un quart des enfants de 7 à 12 ans, soit 1,4 million, révèle ce jeudi 16 mai une enquête* réalisée par l'Ifop pour l'association Jeunesse au plein air (JPA), un organisme qui soutient financièrement les départs en colonies. 


Pourquoi un tel désamour de la part des parents ? Car, paradoxalement, l'expérience de la "colo" est plutôt plébiscité par ceux qui la vivent : ainsi, selon l'institut de sondage, 93% des jeunes participants la jugent positivement, 12 % y sont allés à plusieurs reprises et 53 % indiquent qu’ils souhaiteraient repartir. Il faut dire que l'image d'Épinal a bien évolué. Les dortoirs collectifs ont été remplacés par des chambres de quelques lits, les enfants peuvent se lever à des heures échelonnées le matin, et les activités se sont diversifiées. C'est d'ailleurs un élément important pour 53% des enfants  interrogés mais ces derniers mettent aussi en avant les nouvelles expériences vécues (41%) et le temps passé avec les copains (40%).

Les colos : un privilège ?

Première explication à cette baisse de fréquentation, il semblerait que les colonies de vacances ne soient plus l'apanage des classes populaires, comme elles l'ont été pendant plus d'un siècle, et profitent davantage aux enfants des catégories socio-professionnelles supérieures qui sont les plus nombreux à avoir fait l'expérience de ce mode de séjour (32 % contre 20 % pour les enfants des catégories populaires, selon l'Ifop). 


Elles sont désormais remplacées soit par des vacances en famille (pour les enfants des classes aisées), soit par le centre de loisirs sans hébergement (pour les enfants de familles à revenus modestes), soit par... rien (3 millions d'enfants ne partent jamais). Deuxième raison, le lieu d’habitation semble également jouer un rôle : 80 % des enfants vivant en milieu rural ne sont jamais partis (contre 75 % en moyenne), dévoile encore ce sondage.

Le coût financier, un obstacle de taille

Sans surprise, c'est le coût du séjour qui est la première raison invoquée par les parents pour ne pas envoyer leurs enfants en colonies de vacances. Le prix moyen, de 550 euros par enfant pour 7 jours, est en effet le principal obstacle pour 27% des parents interrogés, surtout parmi les classes les plus fragiles économiquement (33% chez les ouvriers). Pourtant, "ce que l'on souhaite, c'est justement que les colos soient le lieu où se rencontrent les enfants de toutes origines. C'est le lieu du vivre ensemble", explique à l'AFP Anne Carayon, la directrice générale de la JPA.


Alors que faire ? Surtout que "ces dernières années, le prix des colos a augmenté beaucoup plus vite que le revenu des familles", avance la JPA. Pour inverser cette tendance, l'association plaide pour des mesures d'accompagnement financier des parents en réclamant en premier lieu un guichet unique pour les aides financières, afin que les parents puissent se renseigner facilement. 


L’association propose également la mise en place d’un "compte épargne colo" que les familles alimenteraient toute l'année et qui serait abondé par les pouvoirs publics. Et d’un "fonds national de solidarité" pour surmonter cet obstacle financier. Car, comme le souligne Jacques Durand, le président de la JPA, "il devient urgent, dans le contexte actuel, de rendre leur rôle d’inclusion sociale à ces lieux d’éducation hors des murs et d’en faire bénéficier le plus grand nombre". Le gouvernement a d'ores et déjà décidé de se pencher sur le sujet en confiant une mission sur le tourisme pour tous à la députée Pascale Fontenel-Personne. L'annonce d'un "plan colo" devrait suivre à l'automne.

Double enquête* réalisée par l’Ifop pour la Jeunesse au plein air du 12 au 24 avril 2019, auprès de deux échantillons représentatifs : 400 enfants de 7 à 12 ans d’un côté, et 1.003 parents d’enfants de 7 à 12 ans de l’autre.

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