Pourquoi les Françaises font-elles de moins en moins de topless sur les plages ?

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La polémique autour du burkini

PUDEUR - Un effet #MeToo à la plage ? Ça se pourrait bien à en croire une enquête Ifop pour le site viehealthy.com qui révèle que, cinquante ans après le début de la mode du topless, les Françaises préfèrent couvrir leur poitrine. En cause, chez les moins de 25 ans, les regards jugés concupiscents des hommes et pour 51% d'entre elles la peur de faire l'objet d'agressions.

Si vous êtes en vacances au bord de la mer, vous avez sans doute profité de vos premières baignades. Mais au fait, quel genre de maillot de bain avez-vous décidé d'arborer cet été ? Pour le savoir, le site viehealthy.com a demandé à l'Ifop de mener une grande enquête auprès de 5.000 Françaises et Européennes*. 


Les résultats ont été publiés ce mercredi et montrent combien le dévoilement des corps sur les plages divise. Avec par exemple la récente apparition du très controversé "burkini" - devant qui 68% des personnes interrogées par l'Ifop se disent gênées - ou le grand retour du maillot de bain une pièce qui permet de recouvrir des parties du corps jusqu'alors dénudées. Sans parler de la pratique du topless qui serait en chute libre en France selon cette enquête, mais aussi dans certains pays européens. 

Seules 19% des Françaises de moins de 50 ans se mettent seins nus à la plage

Les Françaises furent les premières, dès 1964, à se livrer à la pratique des seins nus sur les plages publiques. Mais désormais le nombre d'adeptes diminue d'année en année : d'après ce sondage, à peine 22% des femmes enlèvent régulièrement ou occasionnellement le haut en été, contre plus d'une sur trois il y a dix ans (34% en 2009). Et si on remonte jusqu'aux années 80, qui furent celles de la grande époque du bronzage monoï et du culte du teint hâlé, le recul de cette pratique est encore plus nette. Aujourd'hui, à peine 19% des femmes de moins de 50 ans se mettent seins nus à la plage, soit deux fois moins qu'il y a 35 ans (43% en 1984). 

Et ce recul n'est pas circonscrit à l'Hexagone. En effet, si on compare ces résultats avec ceux mesurés par l'Ifop dans les principaux pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie), on observe une tendance à la baisse quasi générale (-7 points en trois ans chez les Françaises, les Britanniques et les Allemandes, -5 points chez les Italiennes). Seule exception à la règle : les Espagnoles qui restent, dans un environnement il est vrai des plus favorables sur le plan législatif, géographique et météorologique, les Européennes chez qui la pratique des seins nus est la fois la plus stable (-1 point) et la plus répandue (48%). 


Pays de la "culture du corps libre" par excellence, où le naturisme est très ancré dans les mœurs,  l'Allemagne occupe, quant à elle, avec un tiers de pratiquantes (34%), le deuxième rang du classement, très largement au-dessus des autres pays (22% en France, 19% au Royaume-Uni, 15% en Italie).

Risque sanitaire... et sécuritaire

Mais comment expliquer un tel désamour pour le topless en France ? Chez l'ensemble des Françaises, le premier motif avancé pour expliquer le couvrement des poitrines sur les plages est d'ordre sanitaire (56% avancent le risque que l'exposition au soleil fait encourir à leur peau), loin devant des raisons de nature plus sécuritaire. En cela, cette enquête confirme l'impact des discours de mise en garde d'ordre médical qui, au fil des années, ont diffusé l'idée que le topless était une technique de bronzage "à risque".


Mais, et c'est nouveau, chez les moins de 25 ans - qui sont aussi celles les plus exposées au harcèlement de rue -  c'est la crainte d'attiser le désir des hommes (à 59%) et pour 51 % d'entre elles la peur de faire l'objet d'agression physique ou sexuelle. "On peut parler d'un effet MeToo à la plage. Le mouvement semble avoir apporté un désir de se protéger plutôt qu'une libération", souligne François Kraus, directeur du pôle "Genre, sexualités et santé sexuelle" à l'Ifop, selon qui le maillot de bain porte une symbolique lourde : "Le choix des habits au bord de la mer se fait en effet l’écho des combats politiques et sociétaux au fil des décennies, et témoigne de l’état d’esprit des femmes et de leur volonté de libérer et/ou d’avoir le contrôle de leur corps, notamment vis à vis du regard masculin".

Enfin, le troisième motif invoqué par les jeunes femmes est la crainte des critiques négatives sur leur physique (à 41%), signe que c'est autant le regard des autres que celui qu'elles portent sur elles-mêmes qui pousse les jeunes Françaises à moins se dévoiler aujourd'hui. "Dans un contexte plus que jamais marqué par le déferlement d'images de corps parfaits sur les réseaux sociaux, la presse féminine et les sites pornos, la crainte de ne pas répondre aux canons de beauté en vogue constitue aussi un frein important pour toutes celles qui ont intériorisé l'idée qu'il fallait un corps 'irréprochable' pour se permettre de le montrer en public", analyse François Kraus.

*Étude Ifop pour viehealthy.com, réalisée à partir d'un questionnaire en ligne du 11 au 19 avril auprès d'un échantillon représentatif de 5 026 femmes de 18 ans et plus, résidant en Italie (1000 femmes), en Espagne (1021 femmes), en France (1004 femmes), en Allemagne (1001 femmes) et au Royaume-Uni (1000 femmes).

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