Quelle attitude adopter vis-à-vis de l’argent de poche de votre enfant ?

Famille

ÉDUCATION - Selon une étude publiée ce vendredi, l'argent de poche a de moins en moins la cote. Faut-il pour autant abandonner ce rituel ?

Le pouvoir d'achat des enfants en berne ? Selon une étude AXA publiée ce vendredi, les parents donnent en moyenne 7,83 euros d’argent de poche par semaine à leurs enfants. "La crise, même dans les tirelires", titre Le Parisien en la dévoilant, ce montant étant en baisse par rapport à de précédentes enquêtes, et l'enquête mettant en évidence que les Français se montrent moins généreux avec leur progéniture que les Hongkongais (19,53 €), Singapouriens (15,79 €), Britanniques (14,57 €), Italiens (11,90 €) et Espagnols (11,42 €). Un serrage de ceinture qui témoigne d'un abandon progressif de ce rituel, beaucoup de parents préférant désormais donner de plus grosses sommes d'argent lors des anniversaires ou à Noël. Mais faut-il réellement l’abandonner ?

Déjà en 2017, un sondage réalisé par OpinionWay pour Fortuneo révélait que seuls 43% des Français donnaient de l'argent de poche à leurs enfants et qu'ils ils y consacraient en moyenne 47 euros par mois (soit 11.75 euros par semaine). Dans le détail, ils étaient seulement 24% à faire un versement régulier à leurs enfants de moins de 7 ans, 40% pour les enfants de 7 à 10 ans, 51% pour ceux de 11 à 14 ans et 66% pour les 15-17 ans. Pour autant, toujours selon la même étude, près de 9 Français sur 10 (88%) y restaient favorables, percevant l'argent de poche comme une bonne manière d’initier un enfant à la gestion d'un budget. 

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Un avis que partage le pédopsychiatre Jean-Louis Goeb, pour qui l’argent de poche constitue un outil d'apprentissage. Il y est donc favorable, mais avec des garde-fous : "Les parents ne doivent jamais abandonner leurs enfants avec leur argent de poche. Ils doivent toujours l’accompagner dans ses dépenses et ses erreurs". A fortiori l’adolescent qui, sous influence, peut réclamer des sommes exorbitantes et à qui il faut rappeler que l’argent ne se dépense pas à tort à travers : "Tout le monde peut se tromper, acheter quelque chose sur Internet qui ne convient pas. On apprend à se tromper, ce n’est pas grave. Il s’agit de bien apprendre à compter son argent."

Ne pas confondre argent de poche avec gratification

A partir de quel âge commencer ? Le psychopédagogue Alain Sotto, que nous avons interviewé cette semaine au sujet de l’influence de la publicité sur les tout-petits, considère que les enfants n'ont une conscience de la valeur de l’argent qu’à partir de 6-7 ans, âge auquel ils réalisent souvent ce dont leurs camarades bénéficient. Selon la psychologue Christine Brunet, "donner de l'argent de poche avant l'âge de raison n'a pas beaucoup de sens. Il faut un minimum de maturité et d'autonomie de la part de l'enfant, qu'il soit capable, par exemple, de faire une petite course tout seul en rapportant la monnaie. Donner un peu d'argent de poche n'a rien à voir avec le fait d'alimenter un compte en banque, auquel l'enfant ne peut de toute façon pas toucher. Là, c'est son argent de poche, c'est tangible et concret.  Et cela instaure aussi un petit rituel avec son parent." 

Et combien peut-on commencer par donner, alors, à 7 ans ? "Une petite pièce (1 ou 2 €) chaque semaine et un peu plus chaque année", assure la psychologue, tout en conseiller de distinguer chaque enfant dans une fratrie. "Mieux vaut ne pas donner la même chose aux frères et sœurs, la somme doit être proportionnelle à l'âge de l'enfant. C'est le signe de reconnaissance que l'enfant grandit, cela le distingue." Et après ? "A l'entrée au collège, c'est une autre responsabilité. On peut donner une somme plus conséquente chaque mois, avec un budget défini (carte de transport, forfait téléphonique, cinéma...). Tout en laissant un peu plus de liberté, on pose des limites."

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Des limites, les parents doivent eux-aussi s'en poser : l'argent de poche est certes un outil d'apprentissage, mais il ne doit pas être utilisé comme une récompense. "L'argent de poche est indépendant des bonnes notes", souligne Christine Brunet, également opposée aux "punitions avec l'argent". 

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