Les stéréotypes sexistes naissent dès la crèche, estiment des chercheurs

Les stéréotypes sexistes naissent dès la crèche, estiment des chercheurs
Famille

CLICHÉS - Les garçons encouragés à bouger et les petites filles incitées à rester calme... des préjugés d'un autre temps ? Pas vraiment, si l'on en croit plusieurs experts qui ont passé 18 mois en immersion dans des crèches de plusieurs régions françaises. Selon eux, les stéréotypes y ont la vie dure.

Dès l'accueil de l'enfant le matin, les clichés fusent : "On complimente une petite fille sur sa robe, sa coiffure ; on valorise le petit garçon sur son énergie". Les professionnels de la petite enfance favoriseraient-ils malgré eux les stéréotypes de genre ? "Assurément", a estimé Sophie Odena, sociologue au Laboratoire d'économie et de sociologie du travail de l'Université d'Aix-Marseille, lors d'un colloque organisé à Marseille par le Centre d'information sur les droits des femmes et des familles (Cidff). 

Son équipe de chercheurs a passé 18 mois en immersion dans des crèches dans plusieurs régions françaises, et leurs conclusions sont sans appel. Par exemple, lors des activités physiques, explique Sophie Odena à l'AFP, "on juge l'esthétique chez les filles, la performance chez les garçons". De ce souci esthétique découle l'apprentissage de la pudeur. Ainsi, "on corrige la position des petites filles pour qu'elles ne montrent pas leur culotte", remarquent-ils.

Déjà en 2012, l'inspection générale des affaires sociales (Igas) déplorait une "répression du mouvement chez les filles", notant qu'elles étaient "moins stimulées, moins encouragées dans les activités collectives". De leurs côtés, les garçons sont moins habitués à discuter de leurs états émotionnels avec les puéricultrices : "La seule émotion davantage tolérée chez 

les garçons est la colère", soulignait l'Igas. 

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Peu d'hommes dans les crèches

Les stéréotypes, assurent les chercheurs, sont aussi omniprésents dans les relations entre parents et professionnels de la petite enfance. Ces derniers font porter la charge parentale quasi-exclusivement sur la mère, qui est l'interlocuteur privilégié et qu'on appelle en priorité en cas de maladie. "Quand c'est le père qui se présente à la crèche, on lui 'transmet des messages' pour sa femme", note Sophie Odena. 

Comment expliquer cette reproduction involontaire des stéréotypes sexués ? L'Igas pointe du doigt la quasi-absence de formation des professionnels de la petite enfance sur ce sujet, mais aussi le manque d'hommes dans ces métiers. Le taux moyen de masculinisation se situe entre 1,3% et 1,5% dans le secteur de l'accueil et de l'éducation des jeunes enfants, selon un rapport ministériel de 2014. 

Pourtant, lorsqu'il y a une présence masculine dans une crèche, "cela donne un autre exemple aux enfants, qui voient qu'un homme s'occupe aussi bien d'eux", avance auprès de l'AFP Artur Karzelek, responsable d'une crèche associative à Strasbourg où travaillent deux hommes. "Le rapport avec les pères, note-t-il, est plus facile : ils se sentent en confiance pour nous parler".  Des pères plus impliqués, davantage d'hommes dans la profession et mieux formés à cette problématique : autant de pistes pour contribuer à l'égalité entre filles et garçons dès le plus jeune âge. 

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