Mais pourquoi nos enfants aiment-ils écouter et regarder en boucle les mêmes histoires et films ?

Mais pourquoi nos enfants aiment-ils écouter et regarder en boucle les mêmes histoires et films ?
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BIS REPETITA - Votre enfant réclame chaque soir l'histoire de "La petite sirène" avant de se coucher ou veut regarder le film d'animation "Le livre de la jungle" en boucle, sans rien vouloir découvrir d'autre ? Pas de panique, tout est normal.

C’est le lot de chaque parent au moment du coucher : le rituel de l’histoire du soir qui, souvent, se résume à relire pour la énième fois le même livre… Et le parent de se demander s’il est bien raisonnable de céder et de répéter jusqu'à l'overdose l’histoire de Blanche Neige ou du Petit chaperon rouge. Oui, ça l’est, nous assure d'emblée Mandy Rossignol, professeure de psychologie à l’Université de Mons : "Les enfants aiment les répétitions, cela les sécurise, exactement comme un rituel sécurise le patient avec un trouble obsessionnel compulsif". Ce goût pour l’histoire sans fin toucherait-il donc à la pathologie ? "Non, car on peut se passer d’un rituel - l’enfant sera contrarié si, par exemple, il est trop tard pour lire l’histoire du soir -, tandis qu’une compulsion ne peut pas être interrompue sous peine de provoquer une réelle crise d’anxiété ou de panique."


Reste que de leur côté, les parents peuvent vivre difficilement cette répétition. "Mon fils réclame tous les soirs l’histoire du Livre de la jungle, ça dure depuis des mois et je n'en peux plus", avoue ainsi sur un forum de discussion une mère de famille. Et l’on ne parle même pas de ceux qui vivent au rythme des génériques de Pat' Patrouille et de l’âne TroTro, ressassés en boucle au point de vouloir se taper la tête contre les murs. 


Alors, pourquoi l'enfant jette-t-il son dévolu sur tel titre plutôt qu'un autre ? "Quand il se fait lire une histoire connue, ou qu’il veut regarder un film ou un dessin animé qu’il a déjà vus, c’est que sa thématique a un intérêt pour son niveau de développement : elle va répondre à ses préoccupations de l’instant, comme le fait de grandir, de retrouver ses parents après une séparation, etc. Il connaît l’histoire donc il va pouvoir en appréhender le contenu, les rebondissements, s’autoriser à frissonner en toute sécurité puisque il sait que tout finira bien."

La répétition nécessaire avant l’envie de découverte

Selon la psychanalyste Corinne Ehrenberg, également sollicitée par LCI, il faut garder en tête que la lecture d’une histoire est essentielle pour l'apprentissage des codes de la communauté humaine : "Les enfants adorent qu’on leur raconte les mêmes histoires, de préférence avec les mêmes mots et les mêmes intonations, parce qu’elles remplissent une fonction de réassurance face à l’angoisse du coucher, mais aussi parce qu'ils suivent leur logique et associent ce qu’ils entendent avec leurs préoccupations à eux (comment on fait les bébés, pourquoi le personnage commet une faute, est-ce qu’on meurt parce qu’on a été méchant, etc ?). Et on leur fournit, grâce aux contes et aux histoires, une possibilité de mettre en forme acceptable et partageable leur imaginaire et leurs fantasmes, qui eux sont d’une violence extrême quand ils sont encore petits, tout cela n’étant pas encore réprimé et refoulé."


Inutile donc de brusquer l’enfant dans ses choix : "Ces histoires répétées vont l'aider à grandir et à maîtriser ses peurs, il est important de prendre le temps de l’accompagner... quitte à relire tous les soirs la même histoire", confirme Mandy Rossignol. Et lorsque l’enfant s’en lassera, il passera naturellement à une autre histoire. Et il pourra ensuite enfin, selon la psychanalyste, "aller vers la nouveauté, développer sa curiosité pour le monde ainsi que les futurs apprentissages qui lui permettront de l'appréhender et, même, s’aventurer dans des zones plus inconfortables."

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