Ni laxiste, ni sévère : et si l’autorité positive était la bonne éducation ?

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UN PEU DE NUANCE - L'"autorité positive", méthode qui assure concilier fermeté et souplesse, fait de plus en plus florès en terme de préceptes éducatifs. Elle permettrait en effet une juste mesure entre le total laxisme et l'extrême sévérité. Explications.

Difficile pour les jeunes parents de fixer clairement la frontière entre le trop et le trop peu de contrôle parental. Mise en lumière ce mercredi dans Le Parisien, l’autorité positive se présente comme une bonne alternative. Une réponse bienveillante ni permissive ni punitive, à conseiller aux parents, aux enseignants, aux éducateurs. L’objectif : développer chez l’enfant l’autodiscipline, le sens des responsabilités, les compétences sociales, le respect dans un cadre à la fois ferme et bienveillant. Comment faire ? En théorie, il s’agit de mettre en avant les besoins essentiels de l’être humain que sont les sentiments d’appartenance et d’importance pour amener l'enfant à réfléchir sur ses actes et à tendre vers le meilleur de lui-même. En d’autres termes, la discipline passe par un contrôle du comportement, une capacité à gérer ses émotions. Et à l’adulte, ne pas avoir recours à la punition. De privilégier, en cas de mauvais comportement, une sanction qui fasse réfléchir, qui fasse sens. 

Interrogé par nos confrères du Parisien, le professeur des universités en science de l’éducation Bruno Robbes étaye très clairement le dessein de cette autorité éducative qui "ne doit pas être associée à l’exercice de la force" et qui, en cela, "peut avoir une influence bénéfique sur l’autre, le faire grandir." Il dispense alors ses conseils aux adultes : "Il faut éviter de se retrouver dans les situations où l’on cherche à dominer l’autre, où on exige l’obéissance sous forme de soumission (…) La sanction doit amener l’enfant à comprendre ce qu’il a fait. Punir pour ne plus avoir à punir, laisser une trace psychique sans humilier (…) Reconnaître ses torts d’adulte comme dire 'je t’ai mal parlé' peut renforcer l’autorité, créer un climat de confiance pour l’enfant qui n’aura pas l’impression d’être victime d’une injustice." 

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Une "juste mesure" selon le pédopsychiatre Nicolas Georgieff, contacté par LCI, pour qui "l’autorité fait partie des facteurs clé d’une éducation fondamentale qui, certes, interdit mais qui, en interdisant, paradoxalement, autorise" : "Elle ferme certaines portes mais en ouvre autant", assure-t-il. "L’autorité n’est pas seulement l’interdit, elle sert de modèle, elle montre le sens des valeurs. Elle permet autant qu’elle empêche. Dans les années 50-60, tout était hyper restrictif : un respect absolu de l’autorité parentale, une privation de liberté pendant l’adolescence...", dit-il en revoyant au livre C'est pour ton bien: Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant, de Alice Miller. "Aujourd'hui le style éducatif se trouve aux antipodes. En consultation, je reçois bon nombre de parents perdus qui eux-mêmes ont été élevés par des parents perdus. Dans le fond, ils voulaient rejeter une éducation trop brutale, trop restrictive. Mais, du coup, ils ne savent plus comment faire. Ils ont peur de traumatiser l'enfant, de ne pas en être aimé..."

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L’autorité positive s’impose donc comme une option souhaitée et souhaitable : pour Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue, "Il faut apprendre à accepter le conflit inhérent à l'éducation, le désamour parfois. Le parent ne doit pas se laisser 'chosifier' par son enfant, il doit s'occuper de lui, ne pas le laisser tout seul. Mais être autoritaire ne signifie pas être autoritariste." Une distinction que fait également le pédopsychiatre Nicolas Georgieff pour qui le rapport à l’autorité se transmet : "C’est plus qu’une nuance, c’est une différence de fond : l’autoritarisme ne fonctionne pas, l’autorité fonctionne et cela n’a rien à voir avec la violence physique ou psychologique. Si vous ne fixez aucune limite à un enfant, si vous ne l’éduquez pas, si vous ne lui expliquez pas que certaines choses ne sont pas permises, l’enfant devient un petit tyran. De lui-même, il n’intègre en effet aucune limite et de fait il veut tout, tout le temps. Il ne se développe pas, il n’a plus aucune liberté. Trop de liberté tue la liberté, la liberté ne naît que dans la contrainte." Avant de conclure, persuasif : "S'il n'y a pas d'interdits dans la tête d’un enfant, voire d’un ado, il ira les chercher ailleurs, et généralement sous une forme pathologique."

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