Confinement en Chine : la "chape de plomb" se soulève mais "l'atmosphère est encore très pesante"

Confinement en Chine : la "chape de plomb" se soulève mais "l'atmosphère est encore très pesante"
Famille

TÉMOIGNAGE - Après six semaines de confinement, la Chine commence peu à peu à gagner sa bataille contre le Covid-19. Anne-France Larquemin, qui fait partie des 30.000 Français expatriés dans ce pays, nous raconte le quotidien de sa famille durant ces heures difficiles et la manière dont la "chape de plomb" se soulève peu à peu.

"Une chape de plomb"... Voilà comment Anne-France Larquemin, la présidente de l'Union des Français de l'Etranger (UFE) de Shanghai, décrit le sentiment qui s'est abattu sur la population de la plus grande ville de Chine lorsque, le 24 janvier dernier, les autorités ont instauré des mesures drastiques pour tenter de combattre l'épidémie de coronavirus.

"Du jour au lendemain, il n'était plus question de mettre le nez dehors. Comme le fait la France aujourd'hui, nous n'avions plus le droit de nous déplacer, sauf pour motif de santé ou pour aller faire ses courses, explique-t-elle à LCI. Des mesures qui commencent peu à peu à porter leurs fruits : le nombre de nouvelles contaminations se rapproche chaque jour de zéro dans le pays (seulement 4 cas déclarés mardi), et les commerces, fermés pendant près de deux mois, rouvrent progressivement leurs portes. Toutefois, "le port du masque reste de mise, même pour aller balader le chien, et la prise de température est incontournable à l'entrée de la moindre supérette", indique Anne-France Larquemin.

Installée, avec son mari et ses deux enfants, des jumeaux âgés de 18 ans, à une vingtaine de kilomètres du centre-ville, non loin du lycée français, elle nous raconte son quotidien, lors des heures les plus difficiles, "lorsqu'il a bien fallu prendre son mal en patience", et nous livre ses recettes de "survie".

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Anne-France Larquemin - La vie reprend doucement : les bureaux ont pu rouvrir il y a trois semaines, ainsi que certains commerces avec des autorisations. Les parcs ont rouvert ce week-end, et les malls (les grands centres commerciaux, ndlr) il y a quelques jours, mais avec des horaires aménagés pour que la fréquentation soit étalée tout au long de la journée. Même chose dans les transports en commun où on incite les gens à ne pas les prendre à la même heure, pour éviter que trop de monde se trouve regroupé dans un même espace.

Du coup, on a pu rebouger un petit peu, mais on reste contrôlé à chaque coin de rue. Par ailleurs, on a une sorte de tracker sur notre smartphone, un QR code qui doit être vert, ce qui prouve qu'on n'a pas bougé de la région de Shanghai, et qu'on ne revient donc pas d'une zone à risques. C'est une sorte de laisser-passer. Car ce qui angoisse les autorités, ce sont les gens qui avaient quitté le pays pour échapper au confinement et qui reviennent avec le risque de ramener le virus. Ainsi, depuis hier, tous les passagers des vols venant de l'étranger sont triés en fonction de leur provenance et sont dépistés. Selon la réponse du test, ils partent soit en quarantaine chez eux, soit dans un lieu médicalisé.

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Vos enfants ont-ils repris le chemin du lycée ?

Les écoles ont fermé pour les vacances du Nouvel An chinois et n'ont jamais été rouvertes depuis. Pour l'instant, les autorités nous disent qu'il faut que pendant une durée de deux fois quinze jours, il n'y ait aucun cas au niveau local pour qu'elles puissent envisager leur réouverture, et ce sera dans un premier temps seulement les universités et les lycées. C'est évidemment très compliqué de travailler à distance sur une aussi longue période. Mon fils est en 1ère et a beaucoup de mal à étudier seul. Quant à ma fille, elle est en terminale, travaille bien, mais stresse beaucoup pour le Bac. 

Comment avez-vous vécu ces six semaines de confinement ?

Lorsque la Chine s'est mise sous cloche, le temps s'est arrêté. Il n'y a pas vraiment eu de scène de panique avec des files d'attente devant les commerces, car ici beaucoup d'achats se font à distance via internet. Il y a eu deux ou trois moments où on a vu que les magasins n'étaient pas aussi bien achalandés, mais globalement il n'y a jamais eu de rupture de stock. Comme on est un peu en dehors de la ville, on faisait nos courses une fois par semaine, et ça allait. De toute façon, on n'avait pas vraiment envie de sortir parce qu'on n'était pas au courant de tout ce qui se passait. 

En revanche, ce qui a été difficile c'est l'arrêt du chauffage en plein mois de janvier. Lors de l'épisode du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère, ndlr) en 2002, les autorités s'étaient rendues compte que le virus passait dans les canalisations. Du coup les Chinois ont peur que ce soit un vecteur de contamination également pour le coronavirus. Il n'a d'ailleurs à ce jour  toujours pas été remis dans les habitations. 

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S'occuper au maximum

Comment tient-on au jour le jour ?

Comme le confinement est tombé au début des vacances du Nouvel An chinois, on avait des projets d'aménagement de notre maison qu'on a du coup largement pu réaliser. Après, on a fait toutes les choses qu'on n'avait jamais le temps de faire : ranger, trier, lire... On a fait ça en famille, en étant le plus positif possible. De toute façon quand on n'a pas le choix, on se dit qu'il faut que ça passe, et on prend son mal en patience. Quand il faisait beau, on mangeait dans notre jardin, on allait balader le chien à deux. On a essayé de s'occuper au maximum pour ne pas trouver le temps trop long.

Bien sûr, il y a eu des moments plus tendus. Mon fils a, par exemple, parfois mal vécu mes sorties pour aller faire les courses, me disant : "Je ne veux pas que tu sortes". Je lui ai expliqué qu'il ne fallait pas avoir peur des autres, qu'il fallait juste se protéger, et non se regarder comme des ennemis. Et surtout, il faut suivre à la lettre les recommandations, car comme il y a beaucoup de porteurs sains, ce virus peut vite être hors de contrôle.

Avez-vous créé un réseau entre expatriés pour vous remonter le moral ?

Comme on n'est pas tous égaux face au stress, on a effectivement décidé d'ouvrir des groupes de parole sur WeChat, un réseau social officiel et autorisé en Chine, puisqu'on n'a pas accès aux autres.  Le Dr Guillaume Zagury, médecin spécialisé en santé publique, qui travaille pour l'Union des Français de l'étranger, a ainsi rédigé chaque jour une analyse complète et très factuelle de la situation, ce qui a permis de calmer l’anxiété de la communauté. 

Des forums se sont également constitués, ce qui a permis à chacun de s'exprimer. D'autant qu'il y avait parfois des situations compliquées, avec des maris ou des femmes qui étaient sur un autre continent. On a également répondu aux nombreuses questions d'ordre médicale car au début on ne savait pas du tout de quoi il s'agissait ; il n'y avait aucun discours officiel. On se disait juste que cela devait être très grave pour que les autorités mettent le pays dans cette situation.

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Aujourd'hui, votre quotidien a-t-il été profondément modifié ?

Depuis quelques jours seulement, on commence à revoir des gens dans les rues, et pas seulement pour faire les courses. Mais c'est loin d'être comme avant. L'atmosphère est encore très pesante. D'habitude dans les rues, il y avait du bruit, du monde, les gens se marchaient presque dessus, et là on en est encore loin. Il y a très peu de personnes dehors et tout le monde garde ses distances. Je ne sais pas comment les autorités ont présenté les choses à la population mais les Chinois continuent de vivre dans la psychose. Ils ont mis beaucoup de temps à vouloir ressortir. 

De notre côté, mon mari, qui dirige une compagnie de logistique, est retourné travailler depuis trois semaines en mettant en place un protocole validé par les autorités pour rouvrir ses bureaux. En fait, il a divisé son staff en deux équipes et les fait commencer et finir à des heures différentes pour qu'il y ait moins de monde dans les locaux et pour étaler les déplacements du matin et du soir. Il y a toujours des prises de température à l'entrée, tandis que les employés avec enfants sont encore en télétravail.

Pendant ce temps à l'association, on attend les autorisations pour savoir si on peut à nouveau se réunir à plus de 10 personnes. Et on a timidement recommencé les repas entre amis, mais jamais à plus de 4 ou 6.

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