Parents, comment réagir si votre enfant a été victime d'abus sexuels

Parents, comment réagir si votre enfant a été victime d'abus sexuels

PSYCHO - "Près d’un enfant sur cinq est victime d’abus sexuels" : cette estimation, donnée en 2010 lors d'une campagne organisée par le Conseil de l'Europe, fait froid dans le dos. En tant que parent, que faire lorsque l'on réalise, désemparé, que son enfant en est, ou en a été victime ?

Dans Les Chatouilles, en salles ce mercredi 14 novembre, le spectateur est confronté à la froide réalité des statistiques : l'Insee estime à 154.000 (124.000 filles et 30.000 garçons) le nombre de mineurs violés ou victimes d'attouchements chaque année dans l'Hexagone. Près d'un enfant sur cinq est victime d'abus sexuel, et la plupart de ces abus sont commis par une personne que la victime connaît. On le voit dans Les Chatouilles, la famille de la jeune victime a confiance en l'ami de la famille et ne se doute pas une seconde de ses agissements, laissant l'enfant seul face à son monstre. De quoi rappeler que par nature, les enfants sont particulièrement vulnérables aux types d’abus en raison de leur impuissance en tant qu’enfants, et de leur dépendance vis-à-vis des adultes. Et que c'est donc aux parents, aux adultes, de les défendre de toute prédation sexuelle. 

Aussi, dans un premier temps, si le parent est assailli d'un doute, comment questionner son enfant ? Tout repose sur la communication, l’écoute car "les petits ne peuvent pas raconter et il y a toujours des signes, toujours des gens qui savent ou se doutent", estime auprès de LCI Homayra Sellier, fondatrice de l'ONG Innocence en danger. Pour Leonor Bruny, psychologue clinicienne, "il faut parler avec son enfant, lui dire que vous avez remarqué un changement de comportement, ne pas hésiter à lui demander s’il se passe quelque chose et que s’il a peur de dire, lui affirmer que vous n’avez pas peur d'entendre, que cela restera entre l’enfant et vous.  L’adulte ne peut que rassurer l’enfant et l’aider à dire ce qu’il ne peut pas dire." Dans un premier temps donc, essayer d’apprivoiser la confiance de l’enfant. 

Autre conseil précieux que nous donne la psychologue, ne surtout pas dramatiser ce qui s’est passé : "La réaction de l’enfant, la façon dont il va digérer l’événement, va être très dépendante de la réaction de l’adulte sur cet événement, assure-t-elle à LCI. Si la mère a un comportement hystérique sur ce qui s’est passé, l’enfant va intégrer que d’une part ce qui s’est passé est très grave pour lui alors qu’il ne l’avait pas ressenti comme ça, et d’autre part, que c’est très grave pour sa mère qui, par sa faute, devient hystérique." Ce qui, dans d'autres situations, peut même amener au déni familial, une "double peine" que raconte justement Les Chatouilles...

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Ne pas minimiser ni sur-réagir

Que faire alors, lorsque l'enfant confesse avoir été victime d'un pédophile ? Comment bien réagir et ne pas augmenter la souffrance de l’enfant ? Selon la psychologue, "suivre le cheminement intérieur de l'enfant, ne surtout pas le brusquer, juste lui tendre des perches pour éventuellement l'aider à se confier, en évitant de le faire de façon trop intrusive" : "si l’enfant ne s’inquiète pas plus, ca n’est pas la peine d’en rajouter, nous assure-t-elle. Hier, une patiente me confiait que son père la faisait jouer avec son sexe en l’appelant 'le petit amour' et m’assurait ne pas avoir été traumatisée par cette histoire, elle redoutait bien plus les crises de folie de son père lorsque celui-ci faisait du chantage au suicide. C’est la preuve qu’on ne sait pas ce qui se passe dans la tête de l’enfant. Bien sûr, il ne faut pas minimiser mais il ne faut pas sur-réagir ni lui dicter ce qu’il doit ressentir. Dans d’autres cas, un phénomène de dissociation se produit : quand on vit un traumatisme intense, le cerveau disjoncte, on ne ressent plus rien. La majorité de mes patientes ne considère pas leur traumatisme comme grave car elles avaient l’impression d’être dans un film. La personne est alors hors de son corps." 

Latifa Bennari, fondatrice de l'association L'Ange Bleu qui vient en aide aux victimes ainsi qu'aux pédophiles abstinents, s'élève, elle, contre tout discours victimaire contre-productif : "Il faut croire, toujours, qu’il est possible à cette personne de s’en sortir, assure-t-elle. Certes, on n’est jamais certain qu’elle y réussira ; par contre, si on doute de cette possibilité, on peut être sûr que l’aide échouera. En tout cas, je m’élève en faux contre toute idée de fatalité. Tant qu’une personne demeure en vie, c’est que, précisément, sa vie n’est pas détruite, quelle que soit l’intensité de sa souffrance."

  

Des cas extrêmement complexes, donc. Et si l’enfant ne veut pas parler à ses parents ? "Il faut l’amener à parler à une personne de confiance à qui il pourra se confier et dire les choses, à une association (comme L'ange bleu) ou à un thérapeute qui saura apprivoiser la confiance de l’enfant. Peut-être que l’enfant se livrera. Mais tant que l'enfant ne parle pas, le signalement demeure impossible, faute d’auteur désigné."

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