Pédophilie : comment trouver les mots justes pour mettre en garde son enfant ?

Pédophilie : comment trouver les mots justes pour mettre en garde son enfant ?
Famille

PRÉVENTION - On le sait, parler de sexualité avec son enfant n'est pas chose facile. Alors quand il s'agit d'évoquer la notion de pédophilie, ça l'est évidemment encore moins. Pourtant, il est indispensable d'aborder le sujet avec lui, dès le plus jeune âge. Mais comment ne pas l'effrayer ? Le psychologue Samuel Comblez nous livre ses conseils.

L'affaire de pédophilie autour de l'écrivain Gabriel Matzneff, au cœur de l'actualité ces dernières semaines, ne manque pas de rappeler que les enfants sont des personnes vulnérables. Et qu'en matière de prévention contre les abus sexuels, les parents jouent un rôle essentiel. Il est donc indispensable de leur faire comprendre que certaines personnes peuvent représenter un danger. Leur apprendre aussi à respecter leur corps et à oser dire "non".

"Une évidence", pour le psychologue Samuel Comblez, également directeur des opérations de l’association de protection de l’enfance sur internet e-Enfance. "Et une nécessité quand on voit le pourcentage de jeunes qui malheureusement se font abuser", dit-il. Sauf qu'il n'est pas facile d'aborder un tel sujet avec son enfant sans craindre de lui faire peur. On lui a donc demandé de nous donner quelques clés...

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LCI : Comment trouver les mots justes pour parler de pédophilie à son enfant ? 

Samuel Comblez - D'abord, il est important de choisir la bonne terminologie. On ne parle pas, par exemple, de prédateur ou de monstre, car ça risque de lui donner l'impression que le monde des adultes n'est fait que de bêtes sauvages, avides de sexe qui, à tous les coins de rue, peuvent lui sauter dessus et le violer. Ce qui n'est évidemment pas le reflet de la réalité ; on utilise simplement le terme de pédophile, même s'il n'est pas aisé d'expliquer ce que c'est. Car il n'y a pas de signes distinctifs, donc on ne peut pas dire que tel ou tel individu en est un. En revanche, on peut lui signifier que parfois, des adultes font des choses hors la loi, en insistant bien sur cette notion d'interdit. Et que si un jour, quelqu'un lui propose quelque chose qui lui semble bizarre ou inquiétant, il doit refuser et venir en parler immédiatement à ses parents. Après, il faut lui donner quelques détails, sans être trop cru évidemment.

Comment s'y prend-on ?

Il faut lui dire qu'un pédophile est un homme OU une femme - il important de souligner que les femmes sont aussi concernées, car un enfant s'en méfie moins - qui a des fantasmes, c'est-à-dire des envies qu'il ou elle n'arrive pas à refréner. Si c'est nécessaire, appuyez-vous sur une image pour expliquer cette notion, en disant par exemple qu'on peut avoir le fantasme de voler, comme Superman (c'est un super héros, donc ça parle à l'imaginaire d'un enfant), et donc d'ouvrir la fenêtre pour se jeter dans le vide, mais on ne le fait pas parce que c'est dangereux. En gros, c'est une envie qui nous pousserait à le faire, mais on ne peut pas. Ce n'est pas un mal d'y penser, ça fait plaisir, mais on n'a pas le droit de passer à l'acte. Et malheureusement, ce que fait un pédophile, c'est qu'en plus de rêver de petits garçons ou de petites filles, il agit, c'est-à dire qu'il est capable de poser les mains sur ton corps, sur tes parties génitales, et çà ce n'est pas autorisé.

D'autant que les pédophiles commencent souvent à appâter leur proie avec des gestes anodins...

Exactement. Donc on n'hésite pas à lui dire que tant qu'il est un enfant, les seules personnes à pouvoir poser les mains sur lui sont ses parents et le médecin. Sinon, tout geste déplacé n'est pas normal. 

Comment dire que la maîtresse, le prof de sport, l'oncle sont potentiellement dangereux ? C'est plus simple de dire que ces personnes peuvent être malades et qu'on ne le sait pas. - Samuel Comblez, psychologue

Sauf que c'est compliqué pour un enfant de savoir ce que veut dire un geste déplacé. Est-ce une main sur une épaule ? Une caresse dans les cheveux ? 

Voire un jeu dans une colonie de vacances au cours de laquelle on frôle, sans le faire exprès, les seins d'une jeune fille. C'est sûr que la frontière est ténue. Du coup, il faut plutôt insister sur le côté un peu bizarre de tel ou tel comportement. Et quoi qu'on dise, les enfants peuvent évaluer les choses qui mettent mal à l'aise ou qui ne sont pas habituelles. Par exemple, un regard appuyé quand il est dans un vestiaire et qu'il se change. Là, il ne faut pas qu'il hésite à en parler. Par ailleurs, il faut lui dire que si un adulte lui demande de garder un secret, de ne pas révéler à ses parents un geste déplacé, on peut considérer que c'est un passage à l'acte pédophile. Sauf une surprise pour un cadeau, l'enfant doit pouvoir ne rien cacher à ses parents. 

Enfin, il ne faut pas hésiter à dire à son enfant qu'un pédophile est avant tout une personne malade. Et quand on est malade, on l'est malgré soi. Car il est important de souligner que la pédophilie n'est pas une troisième forme de sexualité. Ce n'est pas un choix. Ce sont des pulsions. Et on ne sait pas pourquoi certaines personnes le sont et d'autres pas. Du coup, il n'existe pas de médicament. La seule chose qu'on puisse faire, c'est se préserver de ces personnes là. 

A partir de quel âge peut-on aborder le sujet ?

Il faut le faire le plus tôt possible. Pour une raison simple : la pédophilie se manifeste dans plus de 50% des cas dans un cadre intra-familial. Sans être anxiogène, cela ajoute une difficulté supplémentaire, car il faut arriver à faire comprendre à un jeune enfant que les méchants sont parfois gentils et le mettre en garde contre des personnes qu'il aime et en qui il devrait avoir confiance. C'est là où il faut insister sur cette notion de pulsions qu'on ne peut pas refréner. Car sinon, comment dire que la maîtresse, le prof de sport, l'oncle sont potentiellement dangereux ? C'est plus simple de dire que ces personnes peuvent être malades et qu'on ne le sait pas. Cela permet aussi à l'enfant d'éviter de ressentir un sentiment de honte s'il se retrouve dans une situation ambiguë. Ce qui aboutit souvent, quand cela se passe dans le cadre familial, à ce qu'il préfère protéger son agresseur plutôt que lui-même. 

A partir de 4 ans, on peut donc commencer à sensibiliser les enfants. D'abord parce qu'à cet âge, on manie un peu plus le vocabulaire, et puis on peut retenir un certain nombre d'idées, et s'approprier les consignes qui sont données. Par ailleurs, c'est aussi l'âge à partir duquel on a une montée en puissance des cas de pédophilie, avec un pic à 6 ans. 

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Mais bien sûr, il ne faut pas se contenter d'en parler dès l'entrée de l'école primaire. A tous les âges, il faut ensuite faire des piqûres de rappel, car ce n'est pas parce que votre enfant est plus grand qu'il est capable de se protéger. Ainsi, à l'adolescence, il est essentiel d'en reparler vers 12/13 ans, et jusqu'à 16 ans au moins, un âge où on est encore fragile et facilement sous emprise. Il est important également de souligner que, quoi qu'on dise, les filles sont plus concernées par ce fléau que les garçons.

A l'adolescence se rajoute le problème des réseaux sociaux qui peuvent être des moyens d'accès pour les pédophiles. Que peuvent faire les parents ?

A 16 ans, on se met effectivement beaucoup en avant sur le Net, on a envie de se montrer. Du coup, il est important de transmettre le message qu'il faut continuer à être prudent et faire attention à ce qu'on dévoile. Cela fait partie de la sensibilisation obligatoire de la part d'un parent. 

Par ailleurs, au sein de l'association e-Enfance, on sait que les pédophiles utilisent des images qu'ils trouvent sur internet, notamment sur Youtube, comme des supports d'excitation. Des vidéos qui semblent anodines pour le commun des mortels, comme un enfant qui lèche une cuillère de chocolat ou qui court en maillot de bain sur une plage. Et je pense qu'aucun parent n'a envie de savoir que son enfant constitue un support d'excitation pour un pédophile, d'où la prudence à avoir quand on diffuse des vidéos de ses enfants. Il faut toujours se demander si c'est vraiment utile qu'elles soient mises sur un réseau social. Et si on le fait, il faut connaître les risques. C'est aussi une façon de protéger ses enfants que de ne pas faire ce qu'on veut de son image.

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L’affaire Gabriel Matzneff, écrivain accusé de pédocriminalité

Un comportement qui change

Comment réagir en cas de soupçons de pédophilie ? Quels sont les signes à surveiller ?

Il n'y a pas de signes spécifiques, mais quand un enfant ne va pas bien, il réagit toujours de la même manière : il ne mange pas et ne dort plus comme avant, son comportement change. Un enfant calme devient violent, un enfant agité devient effacé... Tout cela doit être interrogé en mettant les pieds dans le plat et en demandant ce qui ne va pas. Est-ce que quelqu'un t'a fait du mal ? Ou t'a approché d'une manière qui t'a gêné ?

Ensuite, si on a un soupçon, on protège l'enfant en le mettant à l'écart de la personne concernée. Et surtout, il ne faut pas banaliser la parole de l'enfant, en lui disant, par exemple : 'c'est pas grave, c'était sûrement un jeu'. En revanche, je ne suis pas pour l'idée d'uniquement porter plainte quand cela se passe dans le cadre familial. 

Suite à de nombreuses réactions sur Twitter, Samuel Comblez a tenu à préciser ses propos : Je ne veux pas dire qu'il ne faut pas le faire, au contraire, mais je crois qu'il ne faut pas se contenter de ça. Il faut que l'enfant soit accompagné dans le cadre d'un dépôt de plainte afin qu'il n'ait pas à porter sur ses épaules la responsabilité d'avoir mis un membre de sa famille en prison, ce qui n'est pas évident. Il est donc important de mettre en place des soins pour l'agresseur, en parallèle du dépôt de plainte, pour que l'enfant puisse se dire que sa parole a permis de soigner en plus de punir. 

 Par ailleurs, et ce n'est pas très rassurant, il faut savoir que quand il y a un cas de pédophilie dans une famille, il y a rarement une seule victime. Donc, il ne faut pas hésiter à interroger les autres enfants du cercle familial. 

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