Le Dispositif "2S2C" à la peine : l'exemple de Montrouge qui veut "une solution pour tous les parents"

Le Dispositif "2S2C" à la peine : l'exemple de Montrouge qui veut "une solution pour tous les parents"
Famille

SUR LE TEMPS SCOLAIRE - Alors que le ministère de l'Education compte sur le dispositif "2S2C" (Sport, santé, culture, civisme) pour accueillir un maximum d’élèves à l'école, seules 1000 communes auraient l'intention de le mettre en place. Le maire de Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, nous explique pourquoi et comment il a souhaité le mettre en place.

Astronomie, cuisine, art urbain, initiation à la citoyenneté… Dès le début de la semaine, tous les élèves des écoles primaires de Montrouge ont pu reprendre le chemin de l'école. Certains ont bénéficié des activités Sport Culture Santé Civisme, dites "2S2C". Un dispositif temporaire annoncé par Jean-Michel Blanquer le 21 avril afin d'assurer la continuité pédagogique, et permettre un accueil complémentaire des enfants.

En début de semaine, une centaine de communes sur 36.000 avaient signé une convention pour leur mise en place, ce vendredi le ministre de l'Education affirme qu'un millier serait signées. Certaines communes déplorent "n'avoir eu que trop peu de temps pour installer un tel dispositif", qualifié de "très aléatoire", selon Agnès Le Brun, porte-parole de l'Association des maires de France (AMF), en charge de l'éducation. Ainsi, dans le territoire Vallée Sud-Grand Paris, sur 11 communes, seulement deux, Clamart et Montrouge, s'en sont emparées. Et alors que Clamart n'accueille que 30 à 40% des élèves, Montrouge fait figure d'exemple en accueillant 70% des élèves en élémentaire, soit 2 sur 3. Pour savoir comment cela a pu être possible, nous avons interrogé son maire Etienne Lengereau (UDI).

300 personnes mobilisées

LCI - Comment avez-vous pu mettre en oeuvre le programme sport, culture, santé, civisme dans votre ville ? 

Etienne Lengereau - Depuis le début du déconfinement, on a pris le parti de proposer aux parents des solutions pour qu'ils puissent retourner travailler et que leurs enfants retrouvent du lien social. Vu que nous ne pouvons recevoir que 15 élèves par classe, on a mobilisé toute la ville, les animateurs, les associations, des prestataires divers et variés pour essayer d'inventer une école bis afin de réussir à accueillir le plus grand nombre. 

Ensuite, on a procédé comme toutes les communes, en sondant les parents : dans la semaine du 14 au 29 mai, 37% d'entre eux ont répondu favorablement pour un retour à l'école. Et lorsqu'on les a de nouveau questionnés fin mai pour savoir quel mode de garde ils voulaient pour leurs enfants en juin, le chiffre a grimpé à 70%. Face à cette forte demande, nous avons décidé de mettre en oeuvre  le dispositif "2S2C", voulu par le gouvernement. En mettant les bouchées doubles, on a réussi en dix jours à trouver tous les intervenants.

Comment avez vous réussi ce tour de force ?

Cette crise nous a obligés à être hyper-réactifs et à trouver des solutions très rapidement. Nous avons a transformé en trois jours le théâtre de la ville en espace de télétravail, et quotidiennement il y a entre 50 et 60 personnes. Pour l'école, c'est pareil, on s'est tous mis en quatre pour y arriver. Et ce matin (mardi 2 juin), c'était un plaisir de voir les élèves heureux de participer à ces activités. Tout n'est pas parfait, bien sûr, mais au moins l'offre existe et les enfants peuvent en profiter jusqu'à la fin de l'année scolaire. Pour mettre en place tout ça en un temps record, on a mobilisé plus de 300 personnes.

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Un projet éducatif élaboré

Que proposez-vous comme activités ?

On a essayé de faire quelque chose qui ne soit pas de la garderie, mais plutôt un projet éducatif qui soit un peu élaboré. C'est très éclectique : ainsi nous proposons du sport, de la culture, des cours de citoyenneté, de l'astronomie, de l'agriculture urbaine, du bien-manger avec des cours de cuisine, de l'art urbain... L'idée c'est que les groupes d'élèves tournent entre le matin et l'après-midi, et que chacun puisse toucher à tout un tas de disciplines nouvelles.

Concrètement, les cours se répartissent de quelle manière ?

Les cours sont répartis de la façon suivante sur la semaine : il y a un un tiers des élèves qui viennent à temps plein, avec deux jours d'enseignement et deux jours d'activités découverte. Un tiers d'élèves qui viennent à mi-temps avec deux jours de cours classiques et un dernier tiers qui restent en distanciel, vu que beaucoup de parents continuent à être en télétravail. C'est un vrai programme à la carte sur la base du volontariat. Et d'un point de vue sanitaire, on a trouvé des locaux au sein de l'école, mais nous avons aussi ouvert des gymnases et les jardins partagés contigus aux établissement, pour éviter les déplacements et accueillir tous les enfants sur une même journée. Ensuite tout est millimétré, avec un parcours fléché spécifique pour chaque groupe d'élèves et des plateaux repas servis froids à midi. 

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Améliorer le temps périscolaire

Pourquoi, à votre avis, un certain nombre de parents ont-ils fait le choix de privilégier seulement l'enseignement classique ? Ces activités périscolaires sont-elles une nouvelle fois décriées comme lors du débat sur les rythmes scolaires ?

Nous avons monté ce dispositif avec plusieurs associations, et effectivement certains parents ont trouvé à redire estimant que ce dispositif s'apparentera à des séances de macramé ou à de la garderie. Mais je ne suis pas d'accord. On a vraiment essayé de faire beaucoup mieux. C'était d'ailleurs une des demandes de l'Education nationale, que ce temps éducatif ne soit pas un temps uniquement récréatif. C'est pour ça que ce dispositif est encadré par une Convention et un suivi pédagogique. Les profs ont validé nos projets et un bilan sera rendu début juillet.

L'aide de l'Etat a-t-elle été suffisante ?

Pour ce dispositif "2S2C", l'Etat propose 110€ par jour et par atelier de 15 enfants maximum. Ce n'est pas énorme mais on va se débrouiller avec. Ça correspond à l'équivalent d'un Smic, donc pour les associations, ça peut fonctionner. Mais pour les intervenants qui viennent avec du matériel, comme pour les cours d'astronomie ou de cuisine, il va falloir les dédommager.

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Certains syndicats d'enseignants craignent eux que ce dispositif deviennent à terme "l'école de demain" avec des animateurs payés par les communes pour faire du sport ou des activités artistiques ou culturelles en lieu et place des cours actuels. Qu'en pensez-vous ?

Je ne crois pas. En revanche, la question du périscolaire est essentielle et peut-être que ce que l'on met en place aujourd'hui peut induire une amélioration de ce temps, souvent considéré comme un projet au rabais. Donc même si ce dispositif n'a pas vocation à durer, si on peut à l'avenir faire participer des associations ou des professionnels de la ville pour l'enrichir, cela aurait du sens. Ce n'est pas déshabiller le temps scolaire mais plutôt améliorer le temps périscolaire qui est beaucoup plus long durant l'année, puisqu'il inclut la pause méridienne, le soir après les cours, le mercredi et les vacances. 

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