Peut mieux faire : les quatre lacunes de l'élève "France" dans le classement PISA

Peut mieux faire : les quatre lacunes de l'élève "France" dans le classement PISA
Famille

BULLETIN SCOLAIRE - Les résultats du dernier palmarès PISA de l'OCDE, qui évalue tous les trois ans le niveau des élèves de 15 ans dans 79 pays, ont été dévoilés ce mardi. Pas de grosses surprises pour la France, qui se classe légèrement au-dessus de la moyenne. En revanche, elle détient toujours le triste bonnet d'âne en terme d'égalités des chances.

La très attendue enquête PISA, qui sonde tous les trois ans le niveau de compétences des élèves de 15 ans de 79 pays, en compréhension écrite, en mathématiques et en sciences, a rendu son verdict ce mardi matin, avec la Chine et Singapour qui caracolent toujours en tête. Alors que la France se situait dans la moyenne de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) en 2015, les élèves ont obtenu 493 points en compréhension de l’écrit - le domaine majeur évalué dans cette édition 2018 –, ce qui la place désormais légèrement au-dessus de la moyenne (487 points). Les pays les plus performants dans ce domaine étant le Canada, l’Estonie, la Finlande et l’Irlande, qui affichent un score moyen d'environ 520 points.

En compréhension de l’écrit, la France se classe ainsi entre le 20e et le 26e rang des pays participant au PISA, et entre le 15e et 21e rang des pays de l’OCDE, au même niveau que l'Allemagne, la Belgique, le Portugal, la République tchèque et la Slovénie. Nos élèves ont également obtenu des résultats légèrement supérieurs à la moyenne de l'OCDE en mathématiques (495 points) et en sciences (493 points). Mais sur quatre points, l'Hexagone fait figure de mauvais élève.

Voir aussi

Des inégalités liées au milieu socio-économique

Les résultats sont en effet plus inquiétants quand on rentre dans le détail des chiffres : comme déjà observé lors des éditions précédentes, la France souffre d'une incapacité chronique à aider les élèves défavorisés, beaucoup plus pénalisés dans leurs résultats qu'ailleurs. Voyez plutôt : l'écart entre les élèves issus de milieu socio-économique favorisé et les élèves défavorisés est de 107 points en compréhension de l’écrit. Une différence nettement supérieure à celle observée en moyenne dans les pays de l'OCDE (écart moyen : 89 points). 

Par ailleurs, même si la concentration des élèves les plus performants dans certains lycées est similaire à la moyenne de l'OCDE, en France, en comparaison avec les autres pays, les élèves les plus faibles sont eux aussi plus souvent regroupés dans les mêmes établissements. Résultat, ceux des lycées professionnels ont obtenu des résultats inférieurs de 100 points en compréhension de l’écrit par rapport à ceux des lycées généraux et technologiques.

Enfin, de nombreux élèves de 15 ans, et en particulier ceux issus de milieux défavorisés, ont des ambitions moins élevées que ce à quoi on pourrait s'attendre compte tenu de leurs résultats scolaires. En France, parmi les élèves ayant de bons résultats dans PISA, un sur cinq ne prévoit pas de faire des études supérieures quand il vient d’un milieu défavorisé, alors que cette proportion est très faible quand il vient d’un milieu favorisé. "Notre système d'éducation n'a pas agi assez vite sur les leviers qui permettent de réduire les inégalités en investissant sur les enseignants, les petites classes ou les établissements défavorisés", analyse Eric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE.

Voir aussi

De forts stéréotypes de genre

Autre constat pointé du doigt par le rapport PISA 2018 : alors que les filles obtiennent des résultats nettement supérieurs à ceux des garçons en compréhension de l’écrit - plus 25 points en France -, elles expriment plus souvent que les garçons un manque de confiance en elles. Dans l'Hexagone, elles sont trois sur quatre à avoir déclaré que lorsqu'elles échouent, elles ont peur de ne pas avoir assez de talent, ou doutent de leurs plans pour l'avenir. Seulement un garçon sur deux est dans ce cas.

Par ailleurs, parmi les élèves les plus performants en mathématiques ou en sciences, un garçon sur trois en France souhaite travailler comme ingénieur ou comme scientifique à l'âge de 30 ans, alors que seulement une fille sur six se projette dans ce type de professions, et ceci même quand elle est performante dans ces matières. Enfin, seulement 6 % des garçons, mais presque aucune fille en France, souhaitent travailler dans des professions liées aux technologies de l'information et de la communication (TIC).

Lire aussi

Des problèmes de discipline...

La France se distingue également par des problèmes de discipline qui perturbent l'enseignement. Les élèves sont plus souvent préoccupés par ces difficultés que dans la plupart des autres pays de l’OCDE. Ainsi, un sur deux a déclaré qu'il y avait du bruit et du chahut dans la plupart ou la totalité des cours – à comparer avec un élève sur trois en moyenne dans les pays de l’OCDE.  "C'était déjà le cas lors des précédents enquêtes mais le problème ne s'est pas réglé", souligne Eric Charbonnier. 

 Comment expliquer une telle spécificité française ? "Les enseignants en France sont très bien formés dans leur discipline, mais par rapport à d'autres pays, tout l'aspect pédagogique de gestion de classe fait beaucoup moins partie de leur formation", indique Pauline Givord, analyste à l'OCDE.

Voir aussi

... et des enseignants qui n'apportent pas leur soutien

Enfin, la France est l'un des pays où les élèves ressentent le moins de soutien de la part de leurs profs pour progresser dans les apprentissages. Ainsi, seuls 57 % d'entre eux déclarent que leurs enseignants semblent s’intéresser aux progrès de chaque élève (moyenne OCDE : 70 %). Et plus d'un élève sur trois déclare penser que son professeur "n’apporte jamais ou seulement parfois de l’aide supplémentaire en cours lorsque les élèves en ont besoin" (moyenne OCDE : un sur quatre). Une proportion presque identique déclare penser que leurs professeurs ne les aident que rarement dans leur apprentissage (moyenne OCDE : un sur quatre). 

"Il faut être vigilant car le système français n'est pas valorisant, on ne met pas en avant les réussites, on pointe toujours ce qui ne marche pas, ce qui entraîne de la perte de confiance en soi", réagit Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU (le premier syndicat du primaire). Selon elle, "cela traduit bien la pauvreté de la formation initiale et continue pour aiguiller comme il le faudrait les enseignants".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter