"Qu'un sang impur abreuve nos sillons" : comment parler à son enfant des paroles crues de la Marseillaise ?

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ÉDUCATION - La Marseillaise de retour à l'école ? Même si elle n'en a jamais vraiment quitté les bancs - puisqu'elle fait partie du programme d'Education civique -, voilà qu'un amendement voté lundi soir dans le cadre du projet de loi "sur l'école de la confiance" prévoit que les paroles du refrain de l'hymne national soient, dès le premier degré, affichées dans les salles de classe. Un couplet dont la violence est régulièrement discutée...

C'est un vieux serpent de mer qui revient régulièrement sur le devant de la scène : l'apprentissage de la Marseillaise à l'école. Nombre de ministres de l'Education nationale se sont frottés à ce sujet, soulevant à chaque fois un vent d'opprobre. Jean-Michel Blanquer ne fait pas défaut. 

Il s'est montré favorable, lundi soir, à une disposition adoptée par les députés - l'amendement doit toutefois être rediscuté à la demande de la gauche - qui prévoit, en même temps que les drapeaux français et européen, que les paroles du refrain de l'hymne national soient obligatoirement affichées dans les salles de classe. Et ce, dès le premier degré, c'est-à-dire l’école maternelle. 

Aussitôt, les réactions ne se sont pas faites attendre : dès ce mardi matin, de nombreux internautes ont dénoncé sur Twitter l'affichage de ce texte, appelant "à verser un sang impur", ce qui cadre mal avec les valeurs humanistes que l'école doit prôner.

Pas besoin d'afficher les paroles de La Marseillaise (...) Les valeurs de la République sont bien enseignées à l'école.- Jérome Lambert, secrétaire départemental du SNUIpp-FSU Paris

Alors, les parents doivent-ils eux aussi s'inquiéter de l'affichage de ces paroles ? "Ce n'est qu'un effet de manche", lance Jérome Lambert, le secrétaire départemental du syndicat SNUIpp-FSU Paris, joint par LCI. "Nul besoin d'afficher les paroles de La Marseillaise, notamment dans des classes de maternelle où les enfants ne savent même pas lire ! Cela peut - peut-être - rassurer une certaine frange de l'opinion publique qui pense que l'école française ne transmettrait pas assez l'amour de la République à travers l'ensemble de ses symboles. Or, les parents doivent savoir que c'est loin d'être la réalité. Dans les classes, La Marseillaise est prévue dans les programmes d'Education civique, dès le CE1. Elle est travaillée avec les élèves, la tonalité violente du refrain leur est expliquée. certains professeurs demandent même à leurs élèves d'apprendre ce texte. Encore une fois, les valeurs de la République sont bien enseignées à l'école, mais en toute intelligence", s'agace-t-il.

"Expliquer, remettre dans le contexte"

Pour le psychologue Jean-Luc Aubert, spécialiste de l'enfant, "les parents peuvent également jouer un rôle en rappelant notamment le contexte historique dans lequel s'est créé ce chant révolutionnaire. Ce texte date de 1792, nous sommes alors en pleine Révolution, et la France est menacée par les monarchies voisines. A cette époque, l’idée de faire couler le sang des ennemis n’a donc rien de surprenant, dans la mesure où ceux-ci affichent exactement la même intention à notre égard", explique-t-il à LCI. Sans oublier que des historiens ont également privilégié une autre interprétation, selon laquelle le "sang impur" désignait les français républicains affrontant la noblesse...

"L'intention pédagogique est bien sûr de donner aux élèves un sentiment d'appartenance à une patrie, à une nation. Toutefois,  les parents doivent faire la distinction entre l'appartenance saine et malsaine, c'est-à-dire qu'on peut être tout à fait fier et content d'appartenir à un pays, à une famille, à une religion... mais cela ne doit pas se faire contre les autres. C'est toute la différence entre le patriotisme et le nationalisme. Dans le premier cas, on est avec les autres, alors que dans le second, on est tout seul", conclut-il.

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