Pourquoi les enfants ne racontent-ils jamais leur journée d'école à leurs parents ?

Famille

SILENCE RADIO - Tous les parents ont envie de savoir si leur enfant s'épanouit à l'école. Mais face aux questions du soir, il est courant que ce dernier reste désespérément mutique. Est-ce normal s'il ne raconte RIEN de ses journées ? Un pédopsychiatre éclaire les parents anxieux (et les rassure).

"Tu t'es fait des copains ?", "T'as mangé quoi à la cantine ?" "... Votre enfant vient de faire sa rentrée en primaire et, de manière aussi bienveillante que maladroite, vous cherchez ABSOLUMENT à savoir si tout se passe pour le mieux. Mais à ces questions du soir pleines de sollicitude, les réponses s'avèrent essentiellement évasives... Inutile de paniquer si votre enfant ne raconte pas dans le détail à quel point le céleris-rémoulade de la cantine était délicieux. Selon le pédopsychiatre Nicolas Georgieff, sollicité par LCI, il est même assez "normal" qu'il ne vous divulgue rien, ou si peu, sur le fonctionnement de sa journée à l'école : "Les premières années de maternelle, les enfants sont assez transparents, aimant raconter ce qu'ils font en classe. Puis, en grandissant, ils se ferment, distinguent leur monde (sentimental, amical...) et celui de la famille." D'où des réponses très lapidaires pour ne pas s'étendre sur le sujet. 

"Il faut que les parents gardent en tête que pour leurs enfants, les relations affectives avec les autres se jouent à l'école. Ils ont besoin que ce monde-là s'exprime, s'épanouisse en partie hors du monde des adultes", poursuit le pédopsychiatre. "Cela correspond à leur voie d'autonomisation, qui intervient à l'âge de sept-huit ans, avec de vrais enjeux de vie sociale. Et les parents doivent saisir cette rupture développementale, ce droit d'un espace privé". 

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Deux formes de réserve chez l'enfant

Bombarder son enfant de questions les soirs des premiers jours d'école se révèle ainsi contre-productif pour tout le monde : "La règle est simple", assure Nicolas Georgieff. "Plus les enfants sentent la présence intrusive de leurs parents, plus ils vont se replier ; moins ils sentent cette pression, plus ils auront tendance à partager. C'est alors aux parents d'accepter de ne pas tout savoir." 

Certes, mais il ne faut pas pour autant jeter la pierre aux pères et mères soucieux de savoir si tout se passe bien. Car le mutisme peut aussi dissimuler une vraie meurtrissure : "Derrière un silence, tout peut se passer, y compris des faits graves, durs à dire. Dans des situations de harcèlement scolaire, les enfants le cachent obstinément aux parents, le plus souvent les derniers à être au courant. D'après de nombreuses études, ce sont les autres camarades qui décèlent les premiers les envies suicidaires d'un enfant. Le message qu'il faudrait faire passer, ce serait de dire aux témoins de pulsions autodestructrices d'un des leurs d'en parler aux adultes - la tendance étant à la rétention chez les jeunes." 

La meilleure des réponses, c'est de savoir si, le matin, l'enfant est tout simplement heureux d'aller à l'école- Nicolas Georgieff, pédopsychiatre

C'est pourquoi il importe de distinguer deux formes de réserve chez l'enfant : une "réserve normale, propre au développement, consistant à cette nécessité de séparer l'espace familial et l'espace social, et animée par un besoin viscéral de se différencier", et une "réserve par peur d'une sanction de la part de l'enseignant, de rétorsion de la part de ses pairs, de menaces d'un adulte abuseur". "Les parents doivent avant tout être attentifs à faire la distinction entre un enfant qui va bien, qui n'a pas peur, qui est épanoui, et un enfant qui se tait parce qu'il est terrorisé. Dans le second cas, c'est la loi du silence, l'omerta. C'est par peur qu'on se tait, comme dans la mafia où on ne dit rien par peur des ennuis. C'est tout autre chose que d'avoir envie de garder des choses pour soi. Et cette différence-là, n'importe quel adulte compétent la ressent." 

D'autant que le contexte et le comportement de l'enfant priment sur toutes les réponses aux questions vespérales des parents : "La meilleure des réponses, c'est de savoir si, le matin, l'enfant est tout simplement heureux d'aller à l'école", conclut le pédopsychiatre. 

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