Revenir chez ses parents quand on a un enfant : Stéphanie, 33 ans, raconte la galère des "Tanguy" nouvelle génération

Famille

INTERGÉNÉRATIONNEL - Dans "Tanguy, le retour", Etienne Chatiliez dépeint le phénomène de ces adultes qui, après une rupture ou un licenciement, retournent vivre chez leurs parents. Une situation qui peut vite devenir source de tensions, comme en témoigne Stéphanie, 33 ans, contrainte de réintégrer le nid familial, avec sa fille sous le bras... dix ans après en être partie.

18 ans après avoir brillamment décrit la génération Tanguy, voilà qu'Etienne Chatiliez s'attaque au phénomène des enfants boomerang dans "Tanguy, le retour", au cinéma ce mercredi. Contrairement aux premiers, ceux-là ont réussi à quitter le cocon familial mais ont été contraints d'y revenir, parfois avec leur propre famille sous le bras, le temps de se reconstruire.

Selon une étude réalisée par la fondation Abbé Pierre en décembre 2015, 925.000 personnes ont dû retourner chez leurs parents après une expérience autonome de plus de trois mois, et de plus d’un an pour les deux tiers d’entre eux. L’expérience a même duré plus de cinq ans pour quelque 160.000 personnes. D'après l'Insee, chez les 30-39 ans, leur retour est le plus souvent lié à une rupture familiale (31 % des cas), à un licenciement ou un changement de lieu de travail (24 %), et pour 17% d'entre eux à des problèmes d'argent.

Sauf que retrouver le nid familial après avoir goûté à l'indépendance est loin d'être une sinécure, surtout quand plusieurs générations doivent cohabiter sous le même toit. Pas facile en effet de récupérer sa chambre et son lit d’ado et d’être soumis aux règles de la maison, notamment quand celles-ci ne correspondent pas forcément à ce qu'on souhaite inculquer à son enfant.

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"C'était ça ou la rue"

Stéphanie fait partie de cette génération-là. A 33 ans, elle n'avait pas imaginé devoir un jour retourner vivre en Aquitaine chez papa-maman, et pourtant elle n'a pas eu le choix. Quand elle a quitté il y a sept mois son compagnon, un pervers narcissique violent, "c'était ça ou la rue". "Je suis retournée chez mes parents pour deux raisons : être en sécurité et pouvoir souffler un peu, car mon conjoint s'opposait à notre séparation et me harcelait. Ensuite pour des questions financières, car il a fait des crédits pour lesquels je suis co-emprunteur, et je ne pouvais donc pas payer un loyer et rembourser les mensualités", nous raconte la jeune femme. 

Heureusement, sa famille est soudée et l'accueille à bras ouverts, trop inquiète de la voir en souffrance. "Ils ont accepté sans hésiter mais cela a aussi chamboulé leur vie : ils ne sont plus seuls tous les deux et se retrouvent de nouveau en famille au quotidien, explique Stéphanie. Et comme je suis arrivée avec ma fille, âgée de 4 ans et demi, il a fallu faire de la place pour lui créer une chambre, mais aussi pour ranger tous mes meubles".

Et ce retour en arrière, forcément assimilé à un échec, peut vite faire des étincelles. "C'est difficile de devoir partager une maison, une salle de bain, un frigo..., soupire Stéphanie. Et puis, les générations s'entrechoquent un peu. Mes parents ne savent plus trop quelle place leur est dédiée et oublient parfois qu'ils ne sont que les grands-parents de ma fille. Par exemple, à la fin du repas, si elle n'a pas fini son assiette, je ne trouve pas cela très grave, alors que eux vont très vite se fâcher. Par ailleurs, si à table elle se retrouve avec les cheveux devant les yeux, mon père va s'offusquer et me dire que je laisse ma fille manger avec ses cheveux dans la bouche..." 

C'est compliqué de devoir leur dire quand je sors ou à quelle heure je rentre. Et si je ne rentre pas, alors là c'est le pompon.- Stéphanie, depuis 7 mois chez ses parents

Et que dire des frictions autour de la consommation d'écrans ? "Mes parents sont évidemment beaucoup plus pointilleux que moi à ce sujet. Résultat, ils trouvent que ma fille regarde trop la télé ou la tablette, alors qu'à mon âge, je jouais dehors dans le jardin. Du coup, je prends ça comme des reproches. Cela remet mon éducation en question", regrette la jeune femme. Autre désagrément, Stéphanie a dû mettre entre parenthèses sa vie de femme. Quant aux amis, plus question de les inviter. Impossible en effet de dire à ses parents : "je dois monopoliser la cuisine, la salle à manger parce que je reçois... chez vous !" 

"C'est compliqué aussi de devoir leur dire quand je sors ou à quelle heure je rentre. Et si je ne rentre pas, alors là c'est le pompon, ironise-t-elle. Par ailleurs, s'il m'arrive de faire une rencontre, comment avouer qu'à 33 ans, je vis chez mes parents ? Ce n'est pas forcément bien perçu. En fait, je me retrouve dans une situation où il faut toujours se justifier". 

Mais loin de perdre espoir, Stéphanie se donne un an pour rebondir. Ce qui lui semble encore bien long, mais ses parents s'en accommodent parfaitement. Car bien loin du film "Tanguy, le retour", ceux-là ne cherchent absolument pas à la mettre dehors. "Ils me disent que je ne les gêne pas. Au contraire, ma mère lave mon linge et me prépare les repas que j'emporte le midi à mon travail. Elle a tendance à m'infantiliser un peu, mais elle cherche surtout à me rendre la vie plus douce car elle sait que ce n'est pas facile pour moi".

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