Sexualité, mort, Dieu... Que répondre aux questions embarrassantes de son enfant ?

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SUJETS DÉLICATS - Que répondre à un enfant qui nous parle de la mort ou de Dieu ? Un jour ou l'autre, tous les parents sont confrontés à ce genre de questionnement. Mais à courts de mots ou simplement gênés, ils ne savent souvent pas comment y faire face. La psychologue Florence Millot nous donne quelques clés dans son livre : "Comment parler à ses enfants ?"

"Dis papa, est-ce que Dieu existe ?", "Maman, pourquoi les filles n'ont pas de zizi ?" Difficile de trouver les mots justes quand notre enfant nous pose ce genre de questions, surtout quand elles fusent au mauvais moment, alors qu’on court sur le chemin de l’école ou qu’on jongle avec la préparation du repas du soir. Résultat, nous ne savons jamais quoi lui répondre, partagés entre l'envie de dire - mais en se demandant alors ce qu'il est en mesure de comprendre - et la crainte d'en dire trop. 

"Pourtant, le questionnement s’inscrit dans une démarche éducative, il développe l’intelligence de l’enfant", avance la psychologue Florence Millot dans son livre : "Comment parler à ses enfants ?" (Editions Albin Michel). Alors, comment s'y prend-on ? Se gardant bien de fournir une méthode unique, la thérapeute insiste sur l'intérêt "d'écouter son intuition de parent pour trouver les réponses qui nous semblent justes". 

"Il ne s'agit pas de dire toute la vérité mais plutôt celle qui est importante pour lui, nous explique-t-elle. Il faut aider l'enfant à construire sa propre représentation de la mort, de Dieu ou de tout autre chose. Parce qu'à partir du moment où c'est lui qui invente sa réponse dans sa tête, où il va créer ses propres images, il va se sentir sécurisé". A l'inverse, recommande Florence Millot, "on oublie les réponses lues sur Internet ou dans des magazines, ou provenant de conseils d'amis qui ne connaissent ni la situation, ni la sensibilité de notre progéniture. Car sinon, on se coupe complètement de son enfant". 

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On va où après la mort ?

La mort est un bon exemple de ce que l'on peut dire ou pas. Ainsi, "on ne va pas expliquer à un enfant qu'après la mort, on met le corps dans un trou, puis on le recouvre et c'est fini. C'est trop cru pour lui", prévient Florence Millot. Faut-il pour autant enrober la réalité ? "C'est important de dire qu'on ne sait pas où on va après la mort, en n'ayant pas peur d'appeler un chat, un chat. Du coup, on n'hésite pas à utiliser le mot 'mort' dans ses explications. Après, il ne faut pas hésiter à y mettre un peu de poésie, en lui disant que c'est un peu comme si on devenait invisible. On peut aussi ajouter des phrases du type : 'C'est comme un long voyage' ou 'On part dans le ciel'. Ce qui permet à l'enfant de se faire sa propre vision. Il faut en fait construire la réponse avec lui. N'oublions pas qu'un enfant apprend par métaphore. D'ailleurs, c'est pour ça qu'on lui lit des contes ou des poésies".

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Dieu existe-t-il ?

Voilà une autre question existentielle, voire philosophique que les enfants se posent. "Le problème c'est que personne n'a la réponse. Mais finalement, ce n'est pas grave car l'idée n'est pas de donner à l'enfant une vérité toute faite, mais plutôt de l'aider à trouver la sienne, insiste notre psychologue. Lui dire par exemple que certaines personnes croient en son existence et d'autres pas. Puis lui demander ce qui lui ferait du bien : aimerait-il qu'il existe ou non ? Est-ce important pour lui ? Cela lui fait-il du bien d'y penser ? Il faut en fait l'aider à savoir ce qu'il ressent à l'intérieur pour qu'il se fasse sa propre réflexion sur le sujet, ses propres images dans sa tête. Comment se le représente-t-il ? Le voit-il comme un animal, une fleur... ? Il faut lui laisser la liberté d'y croire ou pas, car finalement c'est une démarche très intime. Peu importe que ses parents pensent éventuellement le contraire", dit-elle.

Ça veut dire quoi : "faire l'amour" ?

"Encore une fois, on demande l'avis de son enfant : 'ça veut dire quoi pour toi ?'. Car en général, il connaît la réponse mais a  envie de tester son parent. Ensuite, on le laisse parler et s'il a besoin d'un complément, on peut lui dire : 'faire l'amour, c'est être ensemble et avoir beaucoup de plaisir parce qu'on s'aime'. Pas besoin de donner plus de détails. Et si l'enfant insiste et se montre très curieux, ne pas hésiter à lui demander pourquoi. Lui en a-t-on déjà parlé ? C'est important de le savoir parce que parfois ce sont des copains qui se moquent de lui en en parlant dans la cour de récréation", avance la thérapeute.

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Pourquoi tu fumes alors que tu dis que ce n'est pas bien ?

"Les enfants ont le chic pour mettre le doigt sur ce qui fait mal et c'est tant mieux, ironise la thérapeute. Aussi, lorsque nous sommes incohérents, ils le perçoivent et ressentent la nécessité de nous interroger pour mieux comprendre le sens et la valeur de ce qu'on dit. Ce qui est important, c'est de lui signifier qu'on veut les meilleures choses pour lui, pour le protéger, pour qu'il soit bien. Mais parfois, en tant qu'adulte, même si on essaie de faire au mieux, on n'y arrive pas toujours. On peut également féliciter son enfant pour ce rappel à l'ordre, ce qui permet de donner de la cohérence à ce qu'on est en train de dire à l'enfant", explique-t-elle.

Pourquoi les filles n'ont pas de zizi ?

"Si cette question peut parfois nous faire sourire, elle est très sérieuse pour les enfants. Du coup, on ne la balaie pas d'un revers de main, prévient Florence Millot. Il faut insister sur le fait que cette différence entre les garçons et les filles est fondamentale car c'est grâce à elle qu'on peut faire des bébés. Le garçon pourra en effet amener la petite graine dans le ventre de la fille grâce à son zizi. Une différence fondamentale pour créer la vie. On n'oublie pas, par ailleurs, de dire que même si le sexe de la fille ne se voit pas, il est tout aussi important que celui du garçon".

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Pourquoi la dame est grosse ?

"A partir de 3 ans, quand l'enfant commence à découvrir le monde qui l'entoure, il va se poser une multitude de questions sur tout et sur rien, sans aucune distinction. Cela fait partie de son cheminement. Le problème, c'est qu'il n'y met aucun filtre. Dès que ça traverse son esprit, il sollicite son entourage. Inutile donc de le gronder car ce n'est jamais méchant. Il faut au contraire lui signifier qu'il y des choses qui se disent et d'autres que l'on doit garder dans sa tête, en expliquant que la dame en question est peut être triste d'être grosse, souligne Florence Millot. Après, on peut également solliciter l'enfant en lui disant par exemple : "Et toi, tu es comment ? Petit ? Mince ? Roux ?", et on essaie de donner du sens à sa réflexion en lui montrant que tout le monde est différent, mais qu'on ne doit pas porter de jugement", conclut-elle.

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