Sida : comment en parler avec son ado alors que la vigilance baisse chez les jeunes ?

Famille

PRÉVENTION - Alors que le festival Solidays ouvre ses portes vendredi à Paris pour 3 jours de concerts mais aussi pour parler de lutte contre le VIH, les adolescents semblent de moins en moins sensibilisés à cette question. Comment aborder le sujet en tant que parent ? Nous avons demandé conseil au directeur des programmes de Solidarité Sida, qui organise l'événement.

25 ans après le baiser de la comédienne Clémentine Célarié sur la bouche d'un séropositif pour montrer que le virus du sida ne se transmet pas ainsi, les idées reçues ont la vie dure. Elles ont même progressé ces dernières années chez les 15-24 ans. Voyez plutôt, selon un sondage Ifop publié l'année dernière, 21% des jeunes pensent encore que l'on peut être contaminé de cette façon là (+6 points depuis 2015) ! Et 19% des sondés pensent que la pilule du lendemain peut empêcher la transmission du VIH (+9 points). 

Ce manque d'information sur des notions qui semblaient acquises depuis longtemps inquiète forcément les associations, à l'image de Solidarité Sida qui organise ce week-end (de vendredi 21 à dimanche 23 juin) à l'hippodrome de Longchamp, à Paris, la 21ème édition de Solidays. L'association alerte sur la "banalisation" de l'épidémie, notamment chez les adolescents. "Comme nous l'avons écrit sur l'affiche du festival, nous sommes là pour réveiller les esprits, avance le fondateur Luc Barruet. Concrètement, notre travail consiste à faire en sorte que les jeunes qui repartent de Longchamp aient appris des choses sur leur intimité, leurs pratiques sexuelles et leur rapport aux autres, et qu’ils aient rencontré des gens inspirants qui leur donnent envie d’être plus sensibles et plus concernés", explique-t-il.

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Se faire dépister : le nerf de la guerre

Un engagement plus que nécessaire au vu des chiffres officiels qui font encore froid dans le dos : ainsi, chaque année en France, 6.000 personnes découvrent leur séropositivité au VIH, dont plus d'un quart (27%) à un stade avancé de l'infection. Et c'est particulièrement vrai dans les zones denses, notamment en Ile-de-France, première région contaminée par le VIH en France, rappelle Solidarité Sida. "Quant aux 15-24 ans, ils représentent toujours 12 à 13% de ces nouveaux diagnostics, et ce chiffre ne baisse pas. En parallèle, on est confronté à une explosion des IST [Infections Sexuellement Transmissibles, ndlr], en particulier chlamydia, gonorrhée et syphilis, qui ont triplé chez les jeunes entre 2012 et 2016, notamment par manque de prévention", détaille Florent Maréchal, directeur des programmes de Solidarité Sida. 

Par ailleurs, on estime que 25.000 personnes  ne savent pas qu'elles sont porteuses du virus, "d'où l'importance du dépistage, insiste Florent Maréchal. En effet, plus on va diagnostiquer tôt, mieux on va traiter, même si on ne guérit toujours pas du sida. Néanmoins, les trithérapies permettent d'avoir quasiment la même espérance de vie mais pour cela, je le répète, il faut être dépisté tôt. Il faut savoir que le délai moyen en France entre la contamination et la mise sous traitement est de 3 ans et demi, ce qui montre que le dépistage est encore beaucoup trop tardif", souligne-t-il. 

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On peut commencer à parler du VIH et du sida dès l'âge de 14/15 ans. Même si l'âge du premier rapport sexuel tourne toujours autour de 17/18 ans.- Florent Maréchal, directeur des programmes de Solidarité Sida

Face à cette baisse de la vigilance, les parents ont forcément un rôle à jouer. Mais comment parler du VIH, du sida et plus globalement de sexualité avec son adolescent, à l'heure où les réseaux sociaux peuvent avoir une influence dévastatrice ? "D'abord, on peut commencer à évoquer ces thématiques dès l'âge de 14/15 ans. Même si l'âge du premier rapport sexuel n'a pas changé et tourne toujours autour de 17/18 ans. Car la découverte de son corps  et de certaines expérimentations débute avant. Par ailleurs, on peut tenir le même discours que l'on ait un garçon ou une fille mais attention à employer les bons termes", conseille le directeur des programmes de Solidarité Sida Florent Maréchal.

• Parler de manière positive

"Ainsi, il faut changer le discours qu'on leur tient, trop souvent moralisateur, culpabilisant, ou anxiogène. Un discours qui  s’accompagne d’injonctions : 'ça, il faut le faire', 'ça, il ne faut pas le faire', or chez l’adolescent en quête de transgression, ce message ne passe pas. Ensuite, la sexualité est un état de bien-être physique et moral. Il  est donc essentiel d'en parler de manière positive et d'aborder après tous les risques et la façon de s'en prémunir", avance-t-il. 

• Créer un espace de confiance

"On ne va pas se mentir, c'est souvent un sujet tabou dans les familles, de part et d'autre. C'est aussi difficile pour les parents que pour les enfants d'en parler. Il est donc important de créer un espace de confiance -ce qui est valable pour toutes sortes de thématiques d'ailleurs- et de sentir qu'au moment où eux le décident, où ils ont envie de poser une question, la porte est ouverte", indique-t-il.

Dialoguer

Pour notre spécialiste, le réflexe des parents consiste trop souvent à glisser un préservatif dans les affaires de son ado. Ce qui n'est pas forcément la meilleure des choses : "Car ça ne va pas forcément faciliter le dialogue entre l'adolescent et le parent. Il ne faut pas s'empêcher de le faire pour autant mais tout en donnant ce préservatif, il faut dialoguer. Dire par exemple : 'j'ai été moi aussi adolescent, si tu souhaites en parler, je suis là". Ou encore : 'je comprends que cela puisse être difficile mais sache que je suis tout à fait prêt si tu as une question à y répondre'. Et pour l'ado, le simple fait de savoir qu'il peut en parler est hyper important". 

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• Se renseigner

"Mais si vous sentez une trop grande gêne chez votre ado, n'insistez-pas. Ce sera peut-être plus simple pour lui de s'adresser à des personnes dont c'est le métier. Il faut donc absolument identifier dans la ville où vous habitez quels sont les lieux de prévention : associations, centre de dépistage, planning familial... et lui indiquer qu'il peut y aller, même s'il est mineur, prévient Florent Maréchal. Il faut rendre le jeune acteur de sa stratégie de prévention. N'oublions pas qu'on parle de sa santé sexuelle, et donc de son corps et de sa vie affective. Il faut se renseigner aussi sur les outils de prévention. Votre ado entendra un jour parler d'autotest, et il faudra que vous soyez en capacité de lui expliquer de quoi ils'agit. Sinon vous prenez le risque de louper une occasion de discuter du sujet avec votre enfant". 

Rester vigilant

"Pour autant, il ne s'agit pas de tout déléguer. En tant que parent, il faut garder une certaine vigilance vis à vis de son ado, conseille-t-il. Par exemple, ma recrudescence des cas de cyberharcèlement est typiquement le genre de sujet que le parent doit absolument aborder. On sait aussi qu'à travers le numérique les jeunes peuvent avoir accès à des films pornos et donc, même s'ils ne sont pas actifs, ils ont déjà une vision de la sexualité. Il faut insister notamment sur les notions de consentement. Apprendre à sa fille à savoir dire non. Dire au garçon qu'on ne peut pas imposer quelque chose. Et faire fi du chantage affectif que le garçon sera tenté d'instaurer en disant par exemple : 'si tu ne veux pas c'est que tu ne m'aimes pas'. C'est typiquement, le genre de discours qu'il faut déconstruire auprès de sa fille". 

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Quand le dialogue passe mal avec les parents

Mais si malgré tous ces conseils, le dialogue ne passe vraiment pas, sachez que différentes actions sont menées pour informer les adolescents, à l'image des "après-midis du zapping" lancés depuis 2003 par Solidarité Sida. Une initiative qui permet de réunir pendant tout un après-midi dans une salle de spectacle, donc hors du cadre scolaire, entre 200 et 350 lycéens et d'aborder toutes les questions de santé sexuelle, au travers d'extraits de télévision, de quizz interactifs et de rencontres avec des spécialistes de la prévention : un trio gagnant que l’association utilise pour allier l’utile et l’agréable et sensibiliser les jeunes aux enjeux liés au sida et à la sexualité. 

"A chaque fois, on remarque que plus de la moitié des jeunes ressortent en disant qu'ils ont appris des choses, notamment sur les IST. C'est dire le chemin qu'il y a encore à parcourir", souligne Florent Maréchal. 

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