Comment aider son enfant à choisir la bonne activité extra-scolaire ?

Famille

CASSE-TÊTE - C'est l'un des rituels de la rentrée pour les parents : le choix de l'activité extra-scolaire de leur enfant. Un pédopsychiatre apporte ses conseils aux indécis soucieux de bien faire.

L'interrogation hante les parents à chaque rentrée des classes : quelle activité extra-scolaire proposer à leur enfant ? A partir de quel âge lui faire prendre des cours de natation ? Faut-il choisir un sport individuel ou un sport collectif ? Plutôt aquaponey ou échecs ? A quel coût ? Et les parents ont bien de la peine à résoudre cet embrouillamini. La réponse est pourtant simple : il ne faut surtout pas se prendre la tête. 

Pour le pédopsychiatre Nicolas Georgieff, "cette histoire d’activité extra-scolaire reste avant tout une affaire très investie dans l’imaginaire parental, plus que chez les enfants" : "Elle repose souvent sur une idée très répandue selon laquelle 'il faut faire tel ou tel sport à un enfant parce qu’il en a besoin, parce que ça va lui faire du bien, parce que ça va corriger ses défauts'. Comme un contre-poids à ce qui semble lui manquer. En d’autres termes, si l'enfant est phobique et pas social, le parent aura tendance à privilégier pour lui une activité artistique jouant sur l’expressivité comme le théâtre. S’il est faible et qu’il n’a pas confiance en lui, il va opter pour le judo. S’il est violent et brutal, il va choisir les arts martiaux pour canaliser la violence… Le parent envisage alors dans un premier temps l’activité extra-scolaire avec des vertus imaginaires qui seraient réparatrices des défauts de l’enfant."

Il faut questionner son enfant, paraître le plus ouvert possible, en gardant en tête que plus on propose des activités, moins on contraint. - Nicolas Georgieff, pédopsychiatre

A-t-on forcément faux en raisonnant de la sorte ? "Pas forcément, mais les parents confèrent à ce choix d'activité extra-scolaire un grand pouvoir visant à pallier les faiblesses d’un enfant, ou alors à exploiter ses qualités afin d'en faire un génie. Ce genre de problématique tourne autour de la question de l’enfant idéal, phénomène que l’on voit beaucoup chez l’enfant unique arrivé très tardivement au sein d'un couple, qui se retrouve avec un emploi du temps de ministre parce qu’on veut tout lui faire pratiquer (grosso modo, "il-est-tellement-doué-qu’il-doit-tout-faire"). Le fantasme de l'enfant complet en quelque sorte."

Lire aussi

Volonté de transmission

S’ajoutent, au moment de faire ces choix pour son enfant, ce que le pédopsychiatre appelle les "effets de mode" : "Les enfants n’avaient pas les mêmes activités dans les années 60, 70, 80… C’est d’ailleurs intéressant de voir quelle activité a le vent en poupe en 2019 (le foot)." Entrent également en jeu les rêves non atteints des parents : "Nombreux sont les enfants qui reprennent le flambeau là où leurs parents ont eux-même échoué. Les rêves d’équitation, de solfège, de tennis... Rien de plus normal au fond que l’enfant soit le désir de prolongement des parents. Cette logique de transmission peut le construire, le nourrir. Prenez l’exemple du violoncelliste Renaud Capucon, à qui les parents n’ont pas laissé de choix – le violon ayant dans sa famille traversé les générations. Par chance, il y a trouvé son compte. Mais combien sont dans le même cas ?"

En revanche, si cette transmission ne fonctionne pas, mieux vaut arrêter tout de suite : "C’est comme une greffe. Quand elle fonctionne, l’enfant s’approprie l'activité des parents, mais quand elle ne prend pas, s’acharner va être néfaste pour lui". De même, ne pas fixer d'objectif pour son enfant est contre-productif : "Si on est trop en attente de ses initiatives spontanées, il ne se passe rien. C’est toute la question de la contrainte et de la liberté. Il faut qu’il y ait une juste mesure  : si on ne contraint pas l’enfant, on risque de ne pas développer ses possibilités, et toute discipline nécessite de la contrainte."

L’activité n’est pas réellement la question clé, c’est ce qu’elle va provoquer dans la vie de l’enfant- Nicolas Georgieff, pédopsychiatre

Quel conseil, alors, prodiguer aux parents encore hésitants en ce début de rentrée ? "Il faut garder en tête que l’enfant va naturellement se saisir de l'activité qui lui convient. Mais c’est difficile pour certains parents de comprendre cette vérité : dans le fond, l’enfant reste différent de ses parents, autonome, parfois secret. Il faut alors questionner son enfant, paraître le plus ouvert possible, en gardant en tête que plus on propose des activités, moins on contraint. Plus on lui laisse une possibilité de choisir, mieux c’est". Mais, poursuit le pédopsychiatre, "au-delà de tout, il ne faut pas oublier que le plus important n’est pas tant la qualité du sport que tout ce qui va se passer autour. Dans le langage psy, on appelle cela une 'médiation'. Soit une activité-prétexte pour sortir de la maison, prendre l’air, rencontrer d’autres enfants, des adultes... Autrement dit, l’activité n’est pas réellement la question clé, ce qui compte, c’est ce qu’elle va provoquer dans la vie de l’enfant. Des moniteurs, des éducateurs peuvent avoir un réel talent et transmettre beaucoup aux enfants, bien au-delà de l’activité qui n’est que médiation."

Et quid d’un Billy Elliott, ce film de Stephen Daldry narrant l’histoire de ce garçon de onze ans en 1984, habitant une ville minière du comté de Durham, qui préfère se consacrer à la danse plutôt qu'à la boxe, en secret de son père, et qui finit danseur renommé ? "C'est un cas aussi rare que passionnant. L’enfant qui développe une passion, choisie très loin du milieu familial ou parental, se révèle souvent un surdoué, un HP (un enfant à haut potentiel) dont on sait qu’il va aller loin. Il fera son chemin tout seul, voire même contre la volonté parentale, souvent pour s’émanciper d’un milieu offrant peu de possibilités. C’est la volonté de l’enfant depuis tout petit, loin de l’impulsion des parents qui, le plus souvent, finissent par le suivre, l'encourager." Le pédopsychiatre prend l'exemple du footballeur Lionel Messi, "qui utilise le ballon comme un peintre son pinceau. Son art fut un tel émerveillement pour ses parents qu'ils l'ont suivi, soutenu, encouragé dans sa voie. Quand un enfant a un talent, force est de constater que cela se voit. Encore faut-il, pour le parent, admettre que les enfants ne sont pas tous des Mozart en puissance." 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter