Syndrome du nid vide, raconté dans "Mon bébé" : comment se préparer au départ de ses enfants ?

Famille
"MES CHERS PARENTS, JE PARS..." - Comme dans le film "Mon bébé" de Lisa Azuelos, qui sort en salle mercredi 13 mars, il est parfois bien difficile d'affronter le jour où la petite dernière quitte la maison. On appelle cela le "syndrome du nid vide", une sorte de baby blues à retardement. Comment faire pour appréhender cette période délicate ? On a posé la question à la psychologue Béatrice Copper-Royer...

Tristesse, sentiment d'inutilité, sensation d'abandon... Vous êtes peut-être atteint du "syndrome du nid vide". Sous cette appellation se cache un état proche du baby-blues qui touche 35% des parents quand les enfants quittent le cocon familial. Une déprime qu’a traversée la réalisatrice Lisa Azuelos et dont elle a fait la matière de son nouveau film, "Mon bébé", en salles le 13 mars. 


"Quand les enfants s'en vont, les parents disent souvent, notamment les mères, qu'il n'y a plus de bruit dans la maison, plus de repas à préparer... Il y a des tas de repères qui changent et qui font qu'on est désorienté", explique à LCI la psychologue Béatrice Copper-Royer, auteure du livre Le Jour où les enfants s’en vont (Editions Albin Michel). Un sentiment plus ou moins long et intense en fonction des personnes, "mais qui ne doit pas durer plus de six mois", insiste la thérapeute. "Après on verse dans le pathologique alors que c'est une émotion somme toute normale. C'est une page qui se tourne, une étape qu'il faut passer au même titre que l'entrée à la maternelle ou l'obtention du bac". 

Les mères davantage touchées par ce syndrome

Toutefois, certains seront mieux armés que d'autres pour affronter cette période délicate. "La façon dont on vit le départ de ses enfants a beaucoup à voir avec la façon dont on vit d'une manière générale les séparations. Il peut y avoir dans les histoires de chacun des ruptures compliquées, un deuil précoce, la séparation de ses parents, tout ça va faire écho à cette épreuve et la faire résonner avec plus d'intensité", décrypte la psychologue. 


Et cela peut sembler injuste mais c'est une réalité : les mères sont majoritairement touchées par ce syndrome, car bien souvent le départ de ses enfants coïncide avec d’autres bouleversements : "Il arrive à un moment où on est plus vulnérable. C'est en général lors de la crise du milieu de vie, autour de la cinquantaine, au moment de la ménopause, quand on vit depuis longtemps avec le père de ses enfants, qu'on a plus trop de choses à se dire, ces derniers ayant masqué la distance qui s'est installée, poursuit la thérapeute. C'est aussi un moment où on peut être moins bien dans son job. Toutes ces circonstances annexes n'arrangent rien. Alors quand les enfants partent, c'est un peu la cerise sur le gâteau". 

A un moment, il faut les lâcher et accepter de ne pas tout savoir. Ce sont devenus de grandes personnes qui sont capables de s'organiser sans qu'en permanence on se fasse du souci pour eux.Béatrice Copper-Royer, psychologue

Et les pères dans tout ça ? "Ils ont plus le sentiment du devoir accompli. Ils sont même plutôt soulagés, et se disent : 'j'ai fait le job', ce qui les rend plutôt heureux", avance Béatrice Copper-Royer. Ce coup de mou post-départ ne doit pas être pour autant une fatalité. Pour notre psychologue, anticiper l'envol de son enfant permet sinon de l’éviter, tout au moins de l’atténuer. "Profitez par exemple du moment où il part en colo ou chez des copains pour commencer à vous faire à l'idée qu'il peut se débrouiller sans vous. Il faut se dire que ce sont de petites étapes qui préparent au plus grand départ", conseille-t-elle. "A un moment, il faut les lâcher et accepter de ne pas tout savoir. Ce sont devenus de grandes personnes qui sont capables de s'organiser sans qu'en permanence on se fasse du souci pour eux". 


Facile à dire mais comment faire quand on est pétrit d'angoisse à l'idée qu'il lui arrive quelque chose ? "C'est une étape peut être plus difficile à passer qu'avant, reconnaît la thérapeute. Parce qu'on est beaucoup dans le contrôle et puis il y a aussi une angoisse sécuritaire très forte. Or il faut accepter que des choses nous échappent. On  n'est pas fait pour contrôler la vie de ses enfants tout le temps". 

La tentation est grande pourtant de dégainer son portable à la moindre occasion pour prendre de leurs nouvelles. Quand on ne décide pas carrément de passer les voir, s'ils ne sont pas partis trop loin. "Halte-là", prévient notre expert. "Le portable peut être une bonne béquille au début mais il ne faut surtout pas l'utiliser tous les jours. C'est le moment de leur faire confiance, d'ailleurs vous n'avez pas vraiment le choix". 


Nul besoin également de fleurir votre langage de phrases du type : "Tu m'abandonnes" ou "Je ne sais pas ce que je vais faire sans toi !". "Les culpabiliser n'est pas le meilleur cadeau qu'on puisse leur faire", insiste Béatrice Copper-Royer. "Il faut au contraire leur montrer qu'on se réjouit de leur indépendance. Cela les encourage. Et c'est notamment vrai pour le petit dernier de la famille, l'enfant unique, ou ceux qui sont élevés par un parent solo, car ils ont souvent plus de scrupules à partir. Dans ces cas là, plus on leur montrera que leur départ n'est qu'une logique de la vie, mieux ce sera".

Retour à la vie à deux

Par ailleurs, soyons francs, le départ de ses enfants, même s'il suscite de la tristesse, ne peut pas se résumer à un pèlerinage quotidien dans la chambre fossilisée de son rejeton. Il faut aussi pointer du doigt ce que l'on gagne à être délesté de la charge parentale : "on peut se dire qu'on a rendu ses enfants autonomes et que c'est le but de l'éducation, qu'on a plus de temps pour soi, qu'on peut avoir des projets qu'on ne pouvait pas avoir avant, égrène la psychologue. C'est aussi envisager des rapports avec des enfants devenus adultes qui sont hyper-intéressants, évacués de la charge des responsabilités qui ne sont pas toujours marrantes".


Lorsque le nid se vide, c’est aussi un moment de vérité pour le couple. Un face-à-face qui peut parfois s'avérer explosif et déboucher sur une rupture. Ainsi, en dix ans, le nombre de divorces de sexagénaires, et plus, a augmenté de 75 %, selon les chiffres du ministère de la Justice. "C'est clair que les enfants forment un écran formidable et quand ils ne sont plus là, on peut parfois malheureusement faire le constat qu'on n'est plus tout à fait sur la même longueur d'onde". Résultat, notre expert le clame haut et fort : "Le meilleur conseil que l'on puisse donner aux parents de jeunes enfants, c'est de ne pas tout investir sur eux. Il faut continuer à avoir une vie de couple, voir ses amis... Les enfants ne peuvent pas tout remplir. Il faut toujours avoir en tête qu'il y a d'autres liens à cultiver". A bon entendeur...

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