"Un jour sans cantine" : l'action choc de parents d'élèves parisiens contre les menus servis à l'école

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COUP DE PRESSION - Un an après avoir lancé une pétition en ligne pour dénoncer la qualité médiocre des repas servis à la cantine, un collectif de parents d'élèves du 18ème arrondissement de Paris a décidé de passer à la vitesse supérieure en retirant un maximum d'enfants de la restauration collective le 15 février. En réponse à cette exaspération, le maire lance ce mercredi une grande consultation citoyenne.

Des plats baignant dans la sauce, des viandes peu ragoûtantes, une bouillie marron indéfinissable en lieu et place du joli intitulé qui annonçait un petit salé aux lentilles "façon grand-mère"... Les parents d'élèves du 18ème arrondissement de Paris, rassemblés sous le collectif "Les enfants du 18 mangent ça", ne décolèrent pas contre la qualité des menus servis dans leurs écoles.

Ils la dénoncent depuis plus d'un an, photos-chocs à l'appui. Après trois mois d’enquête (visites de cantines, de la cuisine centrale, participation à des commissions restauration et menu), ils ont même lancé une pétition en ligne intitulée : "La santé des enfants du 18ème sacrifiée au profit de l’industrie agroalimentaire ?", qui a recueilli plus de 7.000 signatures, pour demander aux élus de changer l'offre de restauration. Ce constat amer a également été dressé dans "un livre noir des cantines scolaires" (Leduc.s Editions), paru en septembre dernier.

Malgré cela, rien ne bouge : la Sogeres, le prestataire qui officie dans les cantines de l'arrondissement depuis 13 ans, a même été reconduit pour un mandat de 5 ans. Du coup, ces parents en colère ont décidé d'attaquer au porte-monnaie en retirant le 15 février un maximum d'enfants de la restauration collective. "Bien sûr, en prévenant suffisamment à l'avance pour ne pas être facturé", précise à LCI Sandra Franrenet, l'auteure du fameux "livre noir" et membre du collectif. De son côté, la caisse des écoles, qui gère les cantines de l'arrondissement, se défend comme elle peut : "Cela fait longtemps qu’on entend l’exaspération des parents. Leurs revendications, pour certaines, sont légitimes, mais on ne peut pas tous les jours préparer toutes les composantes d'un menu, comme du fait-maison, quand on sert 14.000 couverts", rétorque la responsable, sollicitée par LCI.

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Essayez de réchauffer une viande grillée accompagnée de riz blanc, le tout cuisiné trois ou quatre jours plus tôt : votre steak ressemblera à coup sûr à de la semelle !- Sandra Franrenet, auteur du Livre noir des cantines scolaires.

D'où le constat effrayant de Sandra Franrenet : "Dans le 18ème, la nourriture n'est pas cuisinée sur place mais acheminée dans le réfectoire depuis une cuisine centrale dont l’état de vétusté, la petitesse, les faibles équipements ne permettent pas de cuisiner de façon optimale ces 14.000 repas quotidiens", explique-t-elle. "Résultat, chaque midi, les enfants de l'arrondissement ingurgitent une multitude de produits déjà transformés, d’origine industrielle, contenant sucres, additifs, sel, conservateurs, colorants. Des plats cuisinés 3 à 4 jours à l'avance, refroidis puis réchauffés, puisque la mairie du 18ème est l'une des seuls (avec le 9ème et le 20ème) à avoir opté pour la liaison froide", dénonce-t-elle. "Allez-y, faites l'expérience chez vous : essayez de réchauffer une viande grillée accompagnée de riz blanc, le tout cuisiné trois ou quatre jours plus tôt : votre steak ressemblera à coup sûr à de la semelle !"

"Je ne vais pas vous dire que c’est complètement faux quand on sert autant de repas", admet la responsable de la caisse des écoles. "Pour faire de la liaison chaude, il faudrait qu'ils soient tous servis en très peu de temps. Ce modèle là n'est possible que pour de petites cuisines centrales qui ne dépassent pas les 1.500 repas. Quant aux repas cuisinés à l'avance, c’est très simple, il y en trois préparés à J-2, et comme le samedi et le dimanche, il n’y a pas de personnel travaillant dans la cuisine centrale, deux repas sont fabriqués à J-4. Les lundis et mardis sont donc les jours où vous allez retrouver des plats en sauce (bourguignons, blanquettes…) parce que c’est ce qui se conserve le mieux. Mais, il n’y a pas de volonté de rajouter de la sauce, c’est juste que vous ne retrouverez jamais un bifteck le lundi à la cantine", reconnaît-elle de bonne grâce.

Une grande consultation citoyenne

Pour autant, le énième coup de pression des parents d'élèves n'est pas passé inaperçu auprès de la mairie qui - est-ce un hasard ? - a décidé de lancer ce mercredi 6 février une grande consultation citoyenne sur l’avenir de la restauration scolaire dans le 18ème arrondissement. "L’idée, c’est de proposer une réflexion et différents groupes de travail sur trois grandes thématiques abordées notamment par le collectif 'Les enfants du 18 mangent ça' : la qualité des repas, le mode de gestion et l’après-plastique", poursuit la responsable de la caisse des écoles. 

"En fonction des résultats de cette consultation, on essaiera de faire bouger les choses : s’il s’agit de changements dans l’assiette, on pourra être réactifs pour la rentrée prochaine, modifier des avenants dans le contrat. Mais si 80% des parents veulent revenir à la cuisine de préparation sur place, cela ne pourra pas être fait avant plusieurs années. Les écoles du 18ème, sont anciennes, il faudrait pousser les murs, ce qui demande des investissements assez lourds", se justifie-t-elle.

De son côté, un peu désespéré mais pas totalement découragé, le collectif "Les enfants du 18 mangent ça" table encore sur un dernier recours s'il n'est pas entendu, les prochaines élections municipales en 2020. "Qu’on habite en haut de la butte à Montmartre ou Porte de la Chapelle, la cantine est un sujet de préoccupation majeure des parents, mais nous sommes aussi… des électeurs. C’est peut-être quelque chose que les élus n’ont pas compris", conclut Sandra Franrenet.

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