Comment savoir si mon enfant est hypersensible ?

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ATYPIQUE - Votre enfant est timide, rougit à la moindre réflexion, peut parfois se montrer colérique ou susceptible... Et s’il était hypersensible ? Cette forte émotivité peut être difficile à vivre pour lui… et totalement incompréhensible pour vous. Comment la reconnaître et l'aider à vivre avec ? On a demandé conseil au psychanalyste Saverio Tomasella, auteur du livre "J'aide mon enfant hypersensible à s'épanouir".

"Tous les enfants naissent sensibles, c'est le propre de l'être humain", affirme Saverio Tomasella. Oui mais voilà, certains - surtout après 7 ans - vont réussir à s'adapter aux injonctions de la société (course à la performance, poids de l'individualisme...), quand d'autres n'y arriveront pas. Est-ce là que le bât blesse ? "Pas vraiment", répond le psychanalyste :"une fois adultes, ils deviendront plus créatifs et développeront une fibre artistique certaine".

En attendant, il va falloir détecter cette hypersensibilité et essayer d'accompagner au mieux ces enfants à fleur de peau, en les écoutant, en les encourageant et en les comprenant. Car sans ce regard bienveillant, un enfant très sensible peut rapidement souffrir, s'étioler et perdre confiance en lui. Le psychanalyste Saverio Tomasella, auteur de deux livres sur le sujet : "J'aide mon enfant hypersensible à s'épanouir" et "Comme un enfant", à paraître le 30 avril aux Editions Leduc.s, nous aide à y voir plus clair.

Qu'est-ce que l'hypersensibilité ?

"Hypersensible… Ce qualificatif sonne encore trop fréquemment comme un couperet et la désignation d’un vilain défaut. L’enfant qualifié d’hypersensible n’est-il pas forcément timide, rougissant, écorché vif, colérique, susceptible, et plus encore ?, interroge Saverio Tomasella, joint par LCI. Dans la réalité, les enfants très sensibles le sont simplement plus que la majorité des individus", précise-t-il. Ces enfants "atypiques", comme aime les nommer notre psychanalyste, vivent leurs émotions de façon plus intenses et plus variées, qu'elles soient agréables ou pénibles, et se caractérisent par leur empathie, leur intuition, leur créativité, leur originalité, leurs émotions fortes ou encore leur sens du détail.

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Fort de ce constat, il est important de savoir détecter l'hypersensibilité de son enfant afin de la valoriser et de l'encourager. Car, "le grand risque serait de la considérer comme une maladie et, de vouloir gommer toutes ses caractéristiques comme autant de symptômes à faire disparaître", prévient le thérapeute. 

De la naissance à 6 ans : "Tous les enfants sont très sensibles jusqu'à 7 ans au moins. Donc il ne faut pas s'en inquiéter et vouloir que ce soit déjà un petit adulte, poursuit Saverio Tomasella. Différentes études scientifiques montrent ainsi que le cerveau rationnel des tout petits se développe beaucoup plus lentement que leur cerveau émotionnel, qui est là dès la naissance. Donc, jusqu'à l'âge de 7 ans , voire 10 ans, les enfants ne peuvent pas mettre à distance leurs émotions. Ainsi, si votre enfant est grognon parce qu'il est fatigué, inutile de le gronder. Au contraire, on le réconforte, on le console, et on le prend dans ses bras. Car en laissant son enfant tranquille, on lui donne la possibilité d'assimiler tout ce qu'il ressent".

De 6 à 10 ans : Si la très grande sensibilité du tout-petit ne fait aucun doute du fait notamment de la relative "immaturité" de son cerveau en formation, l’hypersensibilité de l’enfant qui grandit va peu à peu se confirmer. Et des signes récurrents peuvent vous alerter : "Il va être moins sociable, aura du mal à contenir ses émotions. Il peut aussi avoir peur d'être avec les autres, qu'on se moque de lui ou se montrer agité, anxieux. Il pourra également manifester une tristesse, ou une difficulté à apprendre à l'école, détaille le psychanalyste. Dans ces cas-là, il faut se mettre encore plus à l'écoute de son enfant.  Et si c'est nécessaire, on peut consulter un spécialiste qui vous rassurera sur le fait que votre enfant n'est pas malade, et qui permettra à ce dernier de mieux exprimer ce qu'il ressent. Parfois, 2 à 3 séances suffisent". 

De 10 à 15 ans : C'est la période du grand bouleversement : résultat, tous les adolescents redeviennent hypersensibles, nous dit Saverio Tomasella. "Chez certains, ce passage ne va durer que 2 ou 3 ans, car ils ont une famille stable, de très bons amis, ou parce qu'ils font une activité extra-scolaire qu'ils adorent... Alors que pour d'autres, ça peut durer plus longtemps. Là encore, on ne peut pas le leur reprocher, ça fait partie de cette période de la vie. En revanche, il faut être particulièrement vigilant face à leur mal-être éventuel, et les aider à accepter leur sensibilité et à l'apprivoiser", explique-t-il.

Comment soutenir et aider un enfant hypersensible ?

Une fois que l'on a déterminé que son enfant est plus sensible que la moyenne, il est important de lui apprendre à se familiariser avec elle. Pour cela, plusieurs activités ludiques peuvent l'aider : ainsi, "de nombreux enfants ultrasensibles libèrent leurs tensions en pratiquant un sport, seuls ou en équipe. Les enfants sensibles sont également très heureux de chanter et font volontiers partie de chorales ou de chœurs. Le chant les apaise tout en développant leur souffle et en les aidant à s’affirmer. Certains enfants apprécient aussi le théâtre ou le clown. Ils aiment se glisser dans la peau d’un personnage imaginaire, ou cultiver leur sens de l’humour et de la dérision. D’autres sont passionnés par le mime. Nombreux sont ceux, garçons et filles, qui aiment également danser, égrène Saverio Tomasella. Les pratiques qui favorisent l’équilibre (skate, ski, patins à roulettes, hip-hop...) aident aussi les enfants hautement sensibles à mieux vivre leur quotidien et à surmonter les difficultés". 

Au final, comme le souligne notre thérapeute, "la meilleure chose que les parents puissent faire, c'est de féliciter, encourager, soutenir l'enfant dans sa sensibilité. Car le fait de valider ses émotions va lui permettre de se sentir légitime et de ne pas les vivre comme une anomalie. "Ce qui nous pèse, c'est ce qui est désigné comme un problème, conclut Saverio Tomasella. Alors un conseil, il faut à tout prix dédramatiser et dire aux parents : 'prenez votre temps et apprivoisez la sensibilité de votre enfant'". 

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