N'en déplaise à Eric Zemmour, 1 prénom sur 2 parmi les plus donnés en France est issu de la diversité (et il n'y a plus aucune Corinne)

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STATISTIQUES - Quatre jours après la passe d'armes entre le polémiste Eric Zemmour et la chroniqueuse Hapsatou Sy sur l'origine des prénoms portés en France, le livre "La cote Larousse des prénoms 2019", sorti ce mercredi, met en lumière une réalité bien française, chiffres à l'appui : parmi les 100 prénoms les plus plébiscités, la moitié sont issus de la diversité chez les garçons et un tiers chez les filles.

Il avait déjà commenté en 2016 le choix du prénom Zohra de la fille de l'ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati, voilà qu'Eric Zemmour s'en est pris dimanche 16 septembre à celui de la chroniqueuse Hapsatou Sy, pas assez français à son goût. Au cours d'un débat (coupé au montage) sur l'origine des prénoms portés en France, dans l'émission Les Terriens du dimanche sur C8, le polémiste a déclamé : "Normalement, chez moi, en tout cas depuis une loi de Bonaparte qui a malheureusement été abolie en 1993 par les socialistes, on doit donner des prénoms dans ce qu’on appelle le calendrier, c’est-à-dire les saints chrétiens". 

"Mais je m'appelle Hapsatou, moi ! ", a alors répliqué Hapsatou Sy. Riposte immédiate d’Eric Zemmour : "Hé bien votre mère a eu tort (...) Corinne, ça vous irait très bien". Et lorsque la chroniqueuse lui a lancé qu'il s'agissait d'une "injure à la France", Eric Zemmour a embrayé : "C'est votre prénom qui est une insulte à la France. Parce que la France n'est pas une terre vierge, c'est une terre avec une histoire, un passé, et les prénoms incarnent l'histoire de la France." Dont acte.

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Quand les parents donnent un prénom à leur enfant, ils veulent désormais qu'il soit universel, qu'il lui permette de voyager.- Laure Karpiel

Alors que vient de sortir "La cote Larousse des prénoms 2019" de Laure Karpiel, force est de constater que "l'histoire de la France incarnée par les prénoms" qu'évoque Eric Zemmour s'inspire beaucoup de la diversité. Ainsi, parmi le Top 100 des prénoms les plus plébiscités chez les garçons, on retrouve, par exemple,  Imran (n°57). "Présent depuis 2007, ce prénom, qui désigne dans le Coran, le nom de la famille des ancêtres de Moïse, a surtout progressé en 2012 et est à son point culminant cette année", indique à LCI Laure Karpiel. Il est suivi de près par Ibrahim (n°59), l'équivalent de Abraham dans la tradition musulmane. En tête, Mohammed (n°23) se porte toujours très bien (2500 attributions), tout comme Yanis (n°33) et Rayan (n°35).

Du côté des filles, l'effet Carla Bruni joue à plein avec Giulia (n°53), qui a atteint son pic l'année dernière avec près de 1200 naissances. Nour (n°66) ne cesse de progresser également. "Il a été donné 934 fois cette année et passera probablement le cap des 1000 attributions d'ici un an ou deux", prédit Laure Karpiel. "Ce prénom mixte est issu de l'arabe Nur qui signifie 'lumière'", poursuit l'auteur. Belle cote aussi pour Inaya (n°31), qui se stabilise cette année à 1680 attributions. Ou encore Ines (n°14), prénom chic quand il est écrit sans accent, d'origine espagnol avec accent ou encore d'origine arabe avec un Y à la place du I.

"En fait, plus le prénom remplit toutes les cases, plus il est donné. On est dans une France européenne et multiculturelle, les parents en sont conscients. Quand ils donnent un prénom à leur enfant, ils veulent désormais qu'il soit universel, qu'il lui permette de voyager", nous explique Laure Karpiel.

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Et Corinne, un prénom "chrétien" ?

"Il n'y en a plus du tout des Corinne, c'est un prénom qui était à la mode dans les années 50, et puis il n'a cessé de décliner. Il y en avait 12.000 en 1967 et 4 en 2014, et puis il n'a plus été donné. "A l'origine, ce prénom n'a rien de 'chrétien' ni de français d'ailleurs. Il est issu du prénom latin Corinna, emprunté au grec Korinna, diminutif de Korê, qui veut dire 'jeune fille'", décrypte l'auteur.

Car n'en déplaise à Eric Zemmour, la fameuse "loi de Bonaparte" du 1er avril 1803 ne mentionne à aucun moment qu'il faille donner un "prénom chrétien" à son enfant. Voici ce que disait son article 1 : "A compter de la publication de la présente loi, les noms en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l'histoire ancienne, pourront seuls être reçus, comme prénoms sur les registres de l'état civil destinés à constater la naissance des enfants; et il est interdit aux officiels publics d'en admettre aucun autre dans leurs actes".

Cette loi parle bien "des différents calendriers", et pour cause : le calendrier en vigueur à l'époque n'était pas catholique, mais révolutionnaire avec des prénoms tels que : Philogon ou Tydrique pour les garçons et Rusicule ou Vénéfride pour les filles. Elle a effectivement été abolie en 1993 afin de donner une plus large liberté dans le choix des prénoms, fixant simplement "l’intérêt de l’enfant" comme limite.

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