Abel Ferrara ("Welcome to New York") : "Que DSK ne vienne pas se plaindre"

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INTERVIEW – C’était le buzz du week-end sur la Croisette. Au lendemain de la présentation de "Welcome to New York", et sa sortie en VOD, le réalisateur américain Abel Ferrara s’est confié à metronews avec le franc parler qui caractériste l’auteur de "Bad Lieutenant" et "King of New York".

L’affaire du Sofitel vous a-t-elle fasciné autant vous Américain que nous Français ?
On ne saura jamais ce qui s’est réellement passé au Sofitel. Cette histoire a trotté dans la tête des gens pendant des jours, moi y compris, sans que je m’explique bien pourquoi. Enfin si. Vous avez un type qui s’apprête à devenir président de son pays et qui du jour au lendemain se retrouve incarceré à Rikers Island. Si vous pitchiez cette histoire à un producteur, en disant qu’elle sort de votre imagination, personne n’y croirait.

Avez-vous imaginé plusieurs versions de l’histoire, et de l’agression de la femme de chambre ?
Encore une fois personne n’était avec eux dans la chambre. J’ai fait mon boulot, j’ai fait des recherches mais ce n’est pas ce qui m’intéressait le plus. Et puis franchement, mec : je n’allais pas filmer mes recherches. Je réalise des fictions, pas des documentaires ! Mon job, c’était de réunir ces comédiens et de donner vie à cette histoire. Je précise que je n'ai pas réalisé "The Dominique Strauss-Kahn Story" mais un film qui s'adresse aussi à des gens qui ne connaissent pas Dominique Strauss-Kahn. Et à ceux qui le découvriront dans mille ans !

Avant le générique, on voit Depardieu expliquer à des journalistes combien il déteste les hommes politiques. C’est aussi votre cas ?
Je ne suis pas comme Gérard, je n’ai pas l’opportunité des rencontrer ces gens-là. Lui, il traine avec des rois, il est l’ami de Poutine, de Fidel. Moi mes seuls potes sont les types au café en bas de chez moi. Après, si vous voulez vraiment mon avis, les politiques font partie du monde. Le monde est politique. Et il faut vivre avec.

"Ca fait 20 ans que les gens regardent les films sur Internet"

Le film sort directement en VOD. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
Les choses sont ce qu’elles sont, mec ! Ca fait 20 ans que les gens regardent les films sur Internet et de nos jours on a besoin de maximiser le retour sur investissement. C’est le business de Vincent Marval, le producteur, pas le mien. Ce qui compte pour moi, c’est que les gens regardent le film, sur un téléphone, dans un placard ou sur un écran qui fait la taille d’un gratte-ciel.

Avez-vous été au courant des pressions qui pesaient sur la fabrication du film, ou pour empêcher qu’il se fasse ?
Bien sûr que j’en ai entendu parler. Quand on fait un film sur de vrai gens, qui ont du pouvoir de surcroit, on peut imaginer qu’ils n’ont pas envie qu’on fasse de leur vie un film produit par Vincent, joué par Gérard et réalisé par moi. Je peux comprendre. Mais bon : ce mec est allé en taule, et dans mon pays ça signifie une certaine perte de liberté. Et d’exposition médiatique. Avant même d’être incarcéré, sa vie était partout sur Internet. Il voulait être président, mec ! Qu’il ne vienne pas se plaindre. Il est plus malin que ça…
 

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