Adèle Exarchopoulos : "Abdellatif Kechiche n'aime que la vérité"

Adèle Exarchopoulos : "Abdellatif Kechiche n'aime que la vérité"

FESTIVAL DE CANNES
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INTERVIEW - A 19 ans, l'actrice livre une performance sidérante dans La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche. Vive et frondeuse, on lui donne le prix d'interprétation féminine sans attendre la fin de la compétition.

Est-ce vrai qu'Abdellatif Kechiche vous a fait mariner avant de vous donner le rôle ?
Oui. Il m'a fait mariner mais c'est normal, je pense qu'il me testait. On prenait des cafés, parfois il me parlait, parfois non... Je le voulais vraiment, ce rôle, parce que j'aime le travail d'Abdel, son côté famille, la manière dont il rend justice aux femmes d'une part et à ses actrices d'autre part.

Quels sont les états émotionnels que vous avez traversés ?
Tous ceux qu'on voit dans le film, plus ou moins. Parce qu'Abdel n'aime pas la fabrication, il n'aime que la vérité. Du coup, les scènes de sexe qui sont censées amener la jouissance me déstabilisaient au début. C'était spécial, j'ai vécu plein d'états différents en portant un rôle comme ça. J'étais triste quand j'ai largué Jérémie Laheure, qui joue mon mec dans le film... J'ai ressenti l'épuisement, la joie, la tristesse, la déception... Je me suis beaucoup battue pour qu'on fasse ce film au mieux.

Le fait que votre vrai prénom donne son titre au film brouille encore plus la limite entre réalité et fiction...
Oui, ça brouille les pistes parce qu'on ne sait jamais comment les gens vont l'interpréter. Ce qui s'est passé est tout con, en fait. J'ai eu trois prénoms différents les trois premières semaines de tournage, au début c'était Clémentine, puis Jocelyne. Et un jour, comme Abdel filmait tout le temps, même entre les prises, les acteurs ont oublié qu'on tournait et m'ont appelé Adèle. Il m'a donc demandé si ça me dérangeait qu'on continue à m'appeler comme ça. Abdellatif s'inspire beaucoup de tes forces, de tes faiblesses, de ta vie, de ton caractère, il sait très bien où il va aller après avec ça, et que ça va être différent et loin de toi au final.

Y'a-t-il eu des moments de doute, ou de frayeur ?
Beaucoup, oui. Parce que quand tu donnes comme ça autant de toi-même sans forcément savoir où ça va aller, tu as beau faire confiance, tu te demandes si ça ne va pas trop loin. Comment les gens vont le prendre, est-ce que ça va être mal interprété, pourquoi je fais ça ? Au final, il y a toujours un second souffle, et c'est grâce à tous les acteurs incroyables avec qui j'ai eu la chance de tourner. C'est ça, l'art de Kechiche, c'est qu'il révèle des graines brutes, il n'y a pas un seul acteur qui soit mauvaise une seconde. Même s'ils font des apparitions furtives, ils ont chacun leur intérêt, leur importance, tout le monde est bon. Quant à Léa Seydoux, je ne l'ai jamais vue jouer comme ça, je la trouve incroyable dans la scène de la séparation.

Appréhendez-vous la projection officielle ?
Ma mère n'a pas pu venir, mes petits frères... c'est mieux qu'ils ne viennent pas, mon père et ma grand-mère que j'adore seront là. J'espère qu'ils ne seront jamais mal à l'aise, c'est ça qui me fait le plus peur. J'espère surtout qu'ils seront fiers de moi, parce qu'ils me laissent vivre tout ça et que j'ai énormément de chance d'avoir une famille comme la mienne.

Vous n'avez que 19 ans, trouverez-vous des rôles aussi forts dans la suite de votre carrière ?
J'espère. Je pense, oui. Je reçois des scénarios qui sont incroyables. Après, est-ce que quelqu'un me dirigera et m'emmènera là où m'a emmené Abdel ? J'ai peur que non.

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