"Amour fou" provoque un ennui fou

Festival de Cannes

UN CERTAIN REGARD – L'Autrichienne Jessica Hausner raconte les derniers instants d'Heinrich Von Kleist, dans l'Allemagne corsetée du début du XIXe siècle. Une direction d'acteurs inexistante et des personnages fadasses plongent le spectateur dans la consternation, puis dans le sommeil.

Dans la littérature classique allemande, les problèmes existentiels se règlent à coups de pistolet. Dans la vraie vie aussi, puisque le dramaturge Heinrich Von Kleist s'est suicidé à l'âge de 34 ans. Amour fou s'inspire des derniers jours du pauvre Heinrich, poète empoté qui cherche désespérément une donzelle assez gentille pour bien vouloir mourir avec lui.

Un couple nunuche qui s'ennuie et nous ennuie

Le titre doit être une faute de frappe puisque rien, absolument rien, n'évoque l'amour dans ce film. Certes, on est en 1811, les jabots, les corsets et la pudibonderie de la société d'alors n'invitent pas aux fiévreuses embrassades. Marie ne veut pas mourir avec Heinrich : il se détourne donc vers Henriette, une femme mariée aussi nunuche que lui. Ils décident, un peu au pif, qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Et comme ils n'ont rien d'autre à faire, ils pourraient se suicider ensemble, tiens. Les acteurs sont plantés là, lippe molle et bras ballants, ils chantent, mangent et conversent avec la plus grande indifférence. Si cette froideur volontaire est le parti-pris de la réalisatrice, qui avait signé Lourdes en 2009, elle vide malheureusement le film de toute substance, de toute incarnation.

On repense alors à Bright Star de Jane Campion, qui montrait les trois dernières années du poète Keats et sa passion avec Fanny : les jabots trop serrés ne les empêchaient pas de brûler, eux. Même avec le meilleure des volontés, on bâille bien vite devant ce téléfilm creux dont on se désintéresse dès la première minute.

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