Aucun film Netflix au Festival de Cannes ? Une exception française bien partie pour durer

Festival de Cannes
BUSINESS - Entre Cannes et Netflix, l’histoire d’amour a tourné court. Deux ans après un accueil en grandes pompes sur les marches, la plateforme de streaming américaine ne présentera aucun film en mai prochain sur la Croisette, comme l’ont confirmé jeudi Thierry Frémaux et Pierre Lescure.

Pour la deuxième année consécutive, il n’y aura pas de film Netflix sur la Croisette. Après avoir accueilli "Okja" et "The Meyerowitz Stories" en compétition en 2017, la direction du Festival de Cannes avait modifié son règlement l’an dernier, exigeant que les films en lice pour la Palme d’or bénéficient d’une exploitation en salles, avant d’être disponibles sur une plateforme de streaming payante. Une décision prise sous la pression des exploitants de salles français qui siègent au conseil d’administration de l’événement, farouches opposants à ce nouvel entrant qui menacerait leur équilibre économique.


"J’ai failli perdre mon poste. C’était très violent", confiait l’an dernier le délégué général Thierry Frémaux à Screen Daily. Concrètement les exploitants – et donc le Festival de Cannes – exigeaient que Netflix respecte la chronologie française des médias, unique au monde, qui fixe un délai de 36 mois entre la sortie d'un film en salles et sa mise à disposition sur une plateforme payante. Une règle intenable pour Netflix d’un point de vue économique, son modèle étant bâti sur l’exclusivité de ses contenus en ligne.

Le vrai problème de Netflix, c’est de préparer l’opinion des actionnaires à l’arrivée d’autres géantsPierre Lescure, président du Festival de Cannes

L’an dernier, ce bras de fer avait poussé Netflix à retirer de la sélection officielle l’ensemble des films soumis à Thierry Frémaux, dont le fameux "Roma" du Mexicain Alfonso Cuaron, futur Lion d’or à Venise et Oscar du meilleur film étranger. Un an plus tard, rien n’a changé. Ce jeudi 18 avril, lors de la conférence de presse annonçant la sélection 2019, aucun film Netflix ne figurait ni en compétition, ni hors compétition.


"Nous nous sommes encore vus avant-hier avec Netflix", a toutefois révélé Thierry Frémaux, sans préciser le contenu de la discussion. Mais on imagine que sans évolution radicale de la chronologie des médias en vigueur sur le territoire français, rien ne changera dans un futur proche, faisant de Cannes le seul festival majeur au monde où Netflix n’a pas ses entrées. Et visiblement, les dirigeants de la plateforme ont d’autres chats à fouetter… 

"Le vrai problème de Netflix, c’est de préparer l’opinion des actionnaires  à l’arrivée d’autres géants", a expliqué de son côté Pierre Lescure, le président du Festival qui faisait référence au lancement imminent de Disney+, un futur sérieux concurrent sur le marché du streaming par abonnement, qui fidélise sans cesse de nouveaux cinéphiles.


Ce qui ne veut pas dire que la société de Ted Sarandos ne sera pas présente sur la Croisette. Ses émissaires devraient en effet être très actifs dans les travées du Marché du film. L’an dernier, Netflix avait ainsi acheté les droits pour l’Amérique du Nord et l’Amérique latine de "Girl", le premier film du Belge Lukas Dhont, récompensé par la Caméra d’or, et de "Heureux comme Lazzaro", le film de l'Italienne Alice Rohrwacher, récompensée par le prix du scénario.

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