Cannes 2014 - Jean Imbert : "A Cannes, je voulais faire une cuisine conviviale"

FESTIVAL DE CANNES
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INTERVIEW - Ce lundi 19 mai, alors que la tempête faisait rage sur la Croisette entre pluie et bourrasques de vent, nous avions rendez-vous avec Jean Imbert, sur le bateau de la Villa Schweppes. Après un trajet en navette depuis le port et un déjeuner convivial, le cuisinier le plus cool du PAF, nous as parlé de sa cuisine, ses inspirations et sa manière de travailler.

N'est-ce pas trop compliqué de travailler sur un bateau qui tangue tout le temps ?
Moi ça va (rires). J'ai senti que ça bougeait dès cette nuit. Etant breton, les tempêtes ça me va aussi. Je sais que mes équipes sont debout depuis 7h du matin donc ça commence à bouger un peu.
Mais durant cinq jours, c'est du plaisir d'être dans ces conditions.

On imagine quand même que c'est un challenge de cuisiner sur un tel bateau ?
Oui, bien sûr. Je suis arrivé sur le bateau avec ces produits, dans une cuisine qu'on ne connaît pas, il a fallu s'adapter. On m'aurait proposé un sous-marin ou un hélicoptère, j'aurais aussi accepté.

Comment s'est passée la conception du menu spécial Cannes ? 
Je suis resté sur la même idée qu'à Paris, à savoir faire des produits de saison. Des choses simples avec de bons produits basés sur le goût. J'avais envie que les gens soient calmes et dans une bulle lorsqu'ils viennent manger ici, qu'ils se sentent en vacances en Amérique du Sud.

Si à Cannes, les gens sont calmes lorsqu'ils viennent manger ici, sont-ils moins pénibles ? 
Les gens chiants, on les jette par-dessus bord (rires). A Cannes, il y a ceux qui travaillent et qui sont contents de passer 1h30 au calme, à bien manger. Et ceux qui ne travaillent pas, ils sont toujours contents.

"Je voulais quelque chose de convivial"

Qu'est ce qui vous a inspiré ?
Les produits, c'est de l'art. Pour ce menu, je voulais quelque chose de convivial. Je vais au moins une fois par semaine rencontrer un producteur : ce sont des personnes incroyables. Ils plantent de l'échalote toute la journée en Bretagne ou celui qui parle aux fraises, ce sont des psychopathes. Mais ce sont des milliers de personnes qui les font et c'est pour ça que j'aime faire ce métier. Ce sont les produits avant la cuisine. L'art m'inspire également. Certains artistes m'apportent une façon de penser et de concevoir différente. Ils ne sont pas dans la paillette, ils sont concentrés sur un projet. C'est très inspirant, cette façon de vivre.

C'est la première fois que vous cuisinez sur le Festival de Cannes ? 
Depuis que j'ai 18 ans je fais des dîners ponctuellement à l'occasion du Festival mais c'est la première fois que je viens avec une équipe pour cuisiner.

Une expérience à refaire ? 
Oui. J'adore le ciné. J'ai beaucoup d'amis dans le ciné. En général, ce sont eux qui viennent à mon restaurant. Là, c'est moi qui descends les voir. C'est comme un échange. On me reproche souvent d'être ami avec des gens connus mais ils peuvent aimer venir chez moi, tout comme j'aime aller les voir à une avant-première ou en concert.

Le bateau est dans la baie de Cannes, loin de l'agitation. Ressent-on l'atmosphère du festival, malgré tout ?
C'est différent. Hier j'étais sur la Croisette, ça n'a rien à voir. Ici, on est dans notre monde, il y a une certaine ambiance. On n’est pas sur un restau de plage. C'est intéressant de voir qu'on peut faire une jolie table avec de belles assiettes, ce que l'on ne peut pas forcément faire sur une plage. Ici, on a le temps. C'est comme un restaurant avec une terrasse.

"Une grand-mère qui fête ses 99 ans ou de Niro, c'est la même pression"

On a vu Pharrell Williams, Robert de Niro venir à votre restaurant, comment cela fonctionne-t-il ? C'est du bouche-à-oreille ?
Les noms paraissent prestigieux mais les rapports sont très simples. J'insiste. Ce sont des gens qui savent qu'ils ne seront pas embêtés chez moi, d'ailleurs, lorsque De Niro vient chez moi, il vient sans garde du corps. J'ai ce type de rapport très simple avec eux parce que mon restaurant est à mon image, c'est moi. Mon restaurant c'est ma petite famille, mon appartement. La cuisine c'est quelque chose de très personnel et je veux que cela reste comme ça. On donne une partie de soi dans une assiette.

A-t-on la pression lorsqu'on cuisine pour De Niro ?
La première fois oui, j'ai eu peur. Après c'est passé. Mais j'ai autant la pression avec lui qu'avec une personne qui a fait 300 km en voiture pour venir manger chez moi. La semaine dernière, j'avais des gens de Nouvelle-Calédonie, j'ai même une grand-mère qui a fêté ses 99 ans à l'Acajou avec sa famille. Ça m'a mis la pression : j'avais peur qu'à la fin elle me dise qu'elle n'avait pas envie de revenir pour ses 100 ans. Le restaurant c'est la pression deux fois par jour.

Quel est le meilleur plat que vous ayez mangé ?
Ça sera un souvenir d'enfance. Un repas du dimanche avec toute ma famille, chez ma grand-mère. Elle cuisinait une banquette et une tomate farcie. La cuisine c'est le partage. On pourra manger le meilleur plat du monde mais si on le mange tout seul chez soi en regardant la télévision, il ne sera pas pareil que si on le mange avec ses meilleurs amis. Pour moi, le meilleur plat va avec la cuisine, l'atmosphère, l'ambiance. Pour moi, le meilleur plat c'est d'être avec les gens qu'on aime.

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