Cannes 2014 – le jury s'explique sur ses choix

Festival de Cannes

PALMARES – Jane Campion et les neuf membres de son jury ont expliqué leurs choix, qui ont déjoué tous les pronostics, en conférence de presse. Morceaux choisis

En entrant dans la salle de presse, le jury du 67e Festival de Cannes a été accueilli par de maigres applaudissements. Un triomphe leur aurait été réservé s'ils avaient couronné Mommy, dont la cote d'amour du public était aussi haute que l'ennui généré par Winter Sleep, même si ce dernier a quelques admirateurs. Expliquez-vous, messieurs-dames les jurés.

Sur l'expérience collective du jury :
Nicolas Winding Refn : c'était extraordinaire de diversité, on a vu plusieurs façons de faire des films, certains classiques, d'autres radicaux, d'autres questionnant sur le futur du cinéma... Il y a eu des interprétations, de la cinématographie, qui laissent deviner ce que le cinéma va devenir.

Gael Garcia Bernal : J'ai été ouvert à toutes les possibilités, et je me suis senti de plus en plus heureux en regardant les films, comme un spectateur lambda. Ça m'a rappelé quand j'allais à la Cinémathèque de Mexico, c'était pareil : je découvrais des films, des mondes, des auteurs, une réalité, des choses qui me semblaient très loin de moi mais en les voyant sur grand écran, je réalisais à quel point on pouvait en devenir proche.

Sur le choix d'avoir réuni Xavier Dolan et Jean-Luc Godard pour le prix du jury :
Jane Campion : Cette décision vient de nous tous. J'ai adoré Mommy, c'était tellement moderne et brillant, son réalisateur est tellement jeune... Le film de Godard, je l'ai trouvé renversant, si moderne, c'est celui d'un homme libre ! Nous avons tous été marqués par Godard ici, A bout de souffle a changé notre vision du cinéma.

Sur l'influence que peut avoir la réputation ou le sexe d'un réalisateur :
Jane Campion : je ne me suis jamais demandé quel était le genre d'un film. Tous ont été mis sur un pied d'égalité, peu importe que le film soit réalisé par un homme ou une femme, on était concernés par les films. Le vote est resté anonyme, d'ailleurs, on ne sait pas qui a voté pour quel film. C'est la majorité qui l'a emporté.

Sur la façon de juger des uns et des autres :
Leila Hatami : Il n'y a rien de mieux que de voir tous les films en compétition, et en plus d'être jurée ! J'étais dans un jury professionnel, dans le sens de gens qui connaissent très bien le cinéma, et qui en ont une approche pas personnelle du tout, ils le jugent d'abord avec des critères cinématographiques.

Gael Garcia Bernal : Tous les films ont un contexte politique, sexuel, spirituel, tous les spectres de l'humanité. Je dirais que les aspects politiques n'ont pas été isolés, mais on n'y pensait pas, seulement au film lui-même.

Sur le choix d'avoir décerné la Palme d'or à Winter Sleep :
Jane Campion : Je n'avais aucune restriction concernant des films qui auraient déjà gagné une Palme ou d'autres récompenses. Ce que j'ai aimé sur Winter Sleep ? J'ai été effrayée au début par sa longueur ! Je me disais que j'aurais besoin de pauses pipi... Mais je me suis assise et le film a un si beau rythme que je suis entrée dedans, c'était si maîtrisé. Je l'ai vu comme une pièce de Tchekhov, avec des personnages qui se torturent l'un l'autre avec tant d'intelligence, je me suis projetée moi-même dedans, je l'ai trouvé sophistiqué, toutes ces raisons ont fait que c'est ce film qui a gagné.
 

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