Cannes 2014 – "Party Girl", ou les folies d'une gamine de soixante ans

FESTIVAL DE CANNES
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UN CERTAIN REGARD - "Party Girl" succède à "The Bling Ring" de Sofia Coppola pour l'ouverture de la section Un Certain Regard. Un beau cadeau pour ce premier film d'inspiration autobiographique, signé par un trio de trentenaires français et situé dans leur Lorraine natale.

Un trio de réalisateurs, c'est plutôt rare. Il faut bien se connaître, effacer son ego. C'est le cas de Claire Burger, Marie Amachoukeli et Samuel Theis, amis d'enfance, soudés derrière la caméra. On se souvient du moyen-métrage Forbach qui, même s'il est signé Claire Burger, mettait déjà en scène Samuel Theis et la famille de ce dernier. Présenté à Cannes en 2008, il avait lancé des talents prometteurs. Le Festival n'oublie pas ses découvertes, et c'est tout naturellement qu'il soutient leur premier long-métrage où l'on retrouve l'ADN de Forbach.

Une vie passée à faire la fête

Le fait que les personnages de Party Girl existent réellement, qu'ils "jouent", si l'on peut dire, leur propre rôle, est indissociable du film. L'héroïne, Angélique Litzenburger à l'écran comme à la ville, est la mère de Samuel Theis. Elle vit en Lorraine, près de la frontière franco-allemande. Lourdement maquillée, vêtue de skaï motif léopard, c'est une gamine délurée de soixante ans qui fait la fête jusque tard dans la nuit au cabaret où elle pousse les clients à boire. Angélique fume à la chaîne, rit, danse. Ça plaît à Michel, un ancien client qui aimerait la sortir de cette vie de patachon. Alors, quand il la demande en mariage, elle fume, rit... et dit oui.

Des déclarations maladroites et touchantes

Le début du film déstabilise. Comme les dialogues n'ont pas été écrits, nos héros ont parfois l'air patauds en improvisant un scénario écrit, lui, avec précision. Et puis, ces fringues vulgaires, ces décors kitsch, est-ce que ce n'est pas un peu trop ? Non, quand on sait que l'environnement est tout aussi réel. Passée la surprise esthétique, on s'attache à Angélique, à Michel, à leur tendresse maladroite. L'histoire peut alors prendre son envol : celle de la peur de la solitude, de l'amour qui ne se commande pas, des doutes, des vieux démons, des liens filiaux. Quand les enfants d'Angélique lui balbutient qu'ils l'aiment, le soir de la noce, ça serre bien plus le cœur que les déclarations larmoyantes de Nicole Kidman dans Grace de Monaco. Ne comparons pas ce qui est comparable, puisque Party Girl est un film réussi, pas Grace de Monaco.
 

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