CANNES 2014 - "Run", d'une Côte d'Ivoire à l'autre

Festival de Cannes

UN CERTAIN REGARD – Le film de l'Ivoirien Philippe Lacôte veut dresser un état des lieux de la Côte d'Ivoire blessée par une décennie de conflits. Son personnage, Run, traverse différents aspects de sa société actuelle, grave et poétique.

Thierry Frémeaux, le délégué du Festival, a raison de rappeler qu'au lieu d'évoquer le cinéma africain, on pourrait faire l'effort de parler du cinéma malien, sénégalais... Après la belle surprise mauritanienne de Timbuktu, en compétition, voici un premier film ivoirien sélectionné à Un Certain Regard, tout frais sorti de sa salle de montage. C'était la première fois que l'équipe du film, présente dans la salle, a pu le regarder en entier.

Un faiseur de pluie devenu assassin

Run est le surnom que s'est donné lui-même un jeune homme au regard fiévreux. Il vient d'assassiner le Premier Ministre (fictif) de son pays, la Côte d'Ivoire. Il prend la fuite, comme il l'a fait toute sa vie, passant d'une existence à l'autre, revue en flash-backs. Enfant, il était l'apprenti d'un sorcier, et voulait devenir faiseur de pluie. Son refus de décapiter son maître pour enfin faire tomber la pluie en a décidé autrement. Run est recueilli par un incroyable personnage, la plantureuse Gladys, mangeuse professionnelle, avant de trouver refuge chez les Jeunes Patriotes menés par un dictateur en puissance, qui deviendra... Premier ministre. La boucle est bouclée.

Pour ne pas oublier l'âme du pays

Il est beaucoup question de fuite, mais plus encore de lenteur, paradoxalement. Philippe Lacôte a orné son film de séquences oniriques, des effets surnaturels qui se fondent avec tant d'aisance dans l'image que l'on ne s'en étonne jamais. Le réalisateur prend aussi son temps pour s'installer dans une chambre, dans une rue ou une boîte de nuit, vestiges de la douceur de vivre dans l'Abidjan des années 70, bien avant cette dernière décennie de conflits que Lacôte a filmée dans Chroniques de guerre en Côte d'Ivoire. Run est bien un film politique qui n'a pas oublié d'être une fiction artistique. On pardonne donc au jeu inégal des acteurs, où apparaît le grand Isaach de Bankolé, aussi intense que l'interprète principal, Abdoul Karim Konaté.

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