Cannes 2014 - "The Search", le film que Poutine n’ira pas voir en 2014

FESTIVAL DE CANNES
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A CHAUD – Le réalisateur français Michel Hazanavicius dévoilait mercredi matin à Cannes "The Search", son premier long-métrage depuis l’oscarisé "The Artist". Un drame sur le conflit en Tchétchénie qui ne sortira sans doute jamais en Russie…

Fini de rire. Après trois comédies à succès, OSS 117 et sa suite, puis le triomphal The Artist, Michel Hazanavicius change totalement de registre avec The Search, un drame inspiré du classique américain de 1948 réalisé par Fred Zinneman, baptisé en VF Les Anges Marqués. Un film qui racontait comment un soldat américain prenait sous son aile un jeune Tchèque, rescapé des camps de concentration, tandis que la mère de ce dernier le cherchait dans l’Allemagne de l'après-guerre. Plus de soixante après, le cinéaste français transpose l’intrigue en 1999, au cœur de la guerre Tchétchénie.

Depuis la fenêtre de la maison familiale, le petit Hadji, 9 ans, voit ses parents être exécutés par l’armée russe, dont l’un des hommes filme la scène. Tandis que la sœur du garçon est embarquée, l’enfant décide de s’enfuir avec son petit frère, encore bébé. Pendant ce temps, Carole, une Française qui travaille pour la commission des droits de l’homme de l’Union Européenne, tente de convaincre ses supérieurs de la catastrophe humanitaire en cours. Parallèlement, on suit l’arrestation de Klia, n adolescent russe, enrôlé presque par hasard dans l’armée, et sa lente transformation en bête de guerre…

Très loin du divertissement

Si Michel Hazanavicius avait un premier à défi à relever avec The Search, c’était de nous convaincre qu’il peut faire autre chose que des comédies, aussi sophistiquées soient-elles. Disons le tout de suite, il est relevé haut la main. Sa caméra est sobre, ses lumières crues, le montage sans fioritures. On est loin, très loin du divertissement haut de gamme que nous proposait jusqu’ici le complice de Jean Dujardin. C’est la force, un peu aussi la faiblesse de The Search : le sujet est grave, lourd, sa violence insondable. Presque trop pour "faire du cinéma". Heureusement le réalisateur a bien choisi son angle : la jeunesse sacrifiée.

A travers le portrait du petit Hadji et de Kolia, le film explore les ravages de la guerre sur deux êtres vierges de sa violence. Pour le premier, cela se traduit par son incapacité à communiquer, pour le second par une forme d’arrogance naïve vis-à-vis de l’institution militaire. L’un et l’autre vont devoir surmonter leur déracinement en apprivoisant les codes de leur nouvel environnement. Michel Hazanavicius les filme avec juste ce qu’il faut d’affect, sans jamais verser dans le mélo. Ce qui n’empêchera pas certains de spectateurs de verser leur petite larme.

Un film qui tombe à pic

Si The Search risque de faire débat, dans les heures et les jours qui viennent, c’est plutôt en raison de son regard historique, certains diront son militantisme. D’un côté les victimes tchétchènes, de l’autre les bourreaux russes. Et pas d’entre deux. Une chose est sûre : The Search ne risque pas d’être diffusé dans les cinémas russes, encore moins dans une salle privée du Kremlin. Car si le portrait de Boris Eltsine est accroché aux murs dun camp où Kolia est formé, l'ombre de Vladimir Poutine, Premier ministre à l’époque – son nom est cité une fois – pèse sur tout le film.

A l’heure où les violences en Ukraine questionnent la capacité de l’Union européenne à parler d’une même voix face au maître de Moscou, le discours de Carole devant une assemblée quasi-vide, à Bruxelles, est l’un des instants les plus réussis du film. Alors qu’elle décrit les horreurs de la guerre, un élu européen entre dans l’hémicycle, en retard. S’assoit à côté d’un collègue avec lequel il discute pendant que la jeune femme perd peu à peu ses moyens. Une indifférence bureaucratique que The Search dénonce, là aussi sans forcer le trait. Dommage que les électeurs européens ne voient pas le film avant d’aller voter…
 

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