Cannes 2015 - Vincent Lindon dans "La Loi du Marché" : "Ce film, c’est comme l’amour : inexplicable"

Cannes 2015 - Vincent Lindon dans "La Loi du Marché" : "Ce film, c’est comme l’amour : inexplicable"

FESTIVAL DE CANNES
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COMPÉTITION – Dans “La Loi du marché”, il joue un chômeur face au système et retrouve Stéphane Brizé, le réalisateur de “Mademoiselle Chambon” et de “Quelques heures de printemps”. Franc et passionné, il nous raconte cette expérience en marge, à découvrir en salles dès demain.

La Loi du marché a été tourné en équipe réduite, en 19 jours, avec des acteurs non professionnels. Est-ce cette proposition de cinéma différente qui vous a plu ?
Ce film, c’est comme l’amour : inexplicable. Je m’y suis jeté comme un pilote dans une course. Avec insouciance et ferveur. Devenir Thierry était une nécessité. Et cette impulsion s’est retrouvée dans la forme : tout était évident, rapide, simple. Le plus fort, c’est que le film est intact à l’arrivée. Il y a les mêmes coups de foudre, les mêmes impressions, les mêmes douleurs qu’à la lecture. Ça ne m’est jamais arrivé, un truc pareil.

Vous avez été payé en participation. Est-ce une volonté de cohérence avec le propos social du film ?
Ça aurait été invivable autrement. Je ne pourrais pas me présenter devant vous, vous dire combien j’ai aimé être Thierry, tout en m’adonnant à la gabegie. Toute l’équipe du film a été payée au salaire auquel elle pouvait prétendre sur n’importe quel film. Ce n’était pas à eux de faire des efforts mais au réalisateur, au producteur et à l’acteur.

À quel point le scénario était-il écrit ?
Il n’y a aucune improvisation réelle. On savait en gros ce qu’on allait dire au début de chaque scène. Stéphane nous laissait ensuite prendre notre temps pour être au plus près de ce qu’on imaginait être la réalité sociale de Thierry et des autres.

Et comment était-ce de jouer avec des débutants ?
Pas une fois, je ne me suis dit qu’ils jouaient pour la première fois. Pour moi, ces gens ne sont pas des "non-professionnels" comme beaucoup le diront. Un débutant peut être très pro et un soi-disant pro peut être un amateur. Je n’ai jamais fait la différence entre eux et moi : on était dans le même bateau, à égalité. On n’a d’ailleurs jamais parlé de cinéma ensemble. Comme si on voulait éviter ce sujet "amateur-professionnel" qui n’avait pas lieu d’être.

Considérez-vous ce film comme politique ?
Bien sûr. Stéphane ne porte jamais de jugement mais, devant ce film, le spectateur se pose des questions, se met dans les bottes de Thierry, ouvre les yeux sur ce qui l’entoure. Et s’il se questionne, il fait son travail de citoyen. Il est donc politisé, et le film avec.

Et vous, quelles questions vous êtes-vous posées en découvrant ce scénario ?
J’ai essayé de me mettre à sa place. Je crois que je réagirais différemment car je suis plus sanguin. Lui est d’un calme olympien malgré une réalité difficile : j’admire son contrôle, sa dignité, sa façon de souffrir en silence et même d’essayer de faire bonne figure. Je n’ai pas toujours cette distinction.

Le film questionne la place de l’individu dans le système. Avez-vous déjà questionné la vôtre dans le cinéma ?
Certains défauts et névroses, comme l’égocentrisme, se sont démultipliés depuis que je suis acteur. Mais si ce métier ne me correspondait pas, j’aurais arrêté. Jouer les gens, me mettre à leur place, j’adore ça. C’est raccord avec ce que je suis dans la vie : je gère les problèmes des autres, je prends en charge, je rassure.

On dit que vous n’aimez pas trop les prix. Heureux d’être à Cannes malgré tout ?
Je vais être très sincère : quand j’ai appris pour la compétition, j’ai hurlé de joie. J’étais comme un fou, inarrêtable. Pas tant pour moi ni même pour Stéphane mais pour le film, les gens qui l’ont fait et qu’il représente. Ce film est quasiment devenu un être vivant, une entité organique, pour moi. C’est un souvenir sublime, une fierté incroyable.

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