Cannes 2016 - "Apprentice" : quand la peine de mort est vue par le bourreau

CRITIQUE – Six ans après avoir présenté son premier long métrage "Sandcastle" à la Semaine de la Critique, le cinéaste singapourien Boo Junfeng signe son retour à Cannes en compétition Un Certain Regard avec "Apprentice". Ce drame, en salles dès le 1er juin, nous plonge de façon implacable dans le couloir de la mort.

Dancer in the Dark, La Dernière Marche, La Ligne Verte… Au gré des années et des continents, on ne compte plus le nombre de films qui ont investi le couloir de la mort pour glacer le spectateur ou l’émouvoir aux larmes. En revanche, parmi toutes les œuvres carcérales ayant jalonné l’histoire du cinéma, rares sont celles qui ont adopté le point de vue exclusif du bourreau. Avec Apprentice, le réalisateur singapourien Boo Junfeng , remarqué en 2010 à la Semaine de la Critique pour Sandcastle, propose ainsi à son public d’épouser le regard de celui qui inflige le trépas aux tôlards.  

Cliniquement incarné par Fir Rahman, dont c’est le premier rôle à l’écran, Aiman débarque dans une prison de haute sécurité l’esprit perdu. Malgré la présence d’une sœur qui le materne dans l’appartement chichement meublé qu’ils partagent, le bonhomme est froid, las, impénétrable. Bientôt, Rahim, bourreau en chef de son lieu de travail, le prend sous son aile. « Apprivoise la corde », lui conseille-t-il, sans préambule. Apprivoise cette corde dont le nœud, une fois la manivelle activée, brise les souffles et les vies avec une violence sèche. Voilà… L’histoire aurait pu s’arrêter là et se résumer au simple apprentissage d’un métier (pas) comme un autre.

Spatialisation de la mort

Mais c’est sans compter un scénariste qui a eu la bonne idée d’apporter de l’ambiguïté à l’entreprise à travers le lien unissant Aiman et Rahman. Le second est en effet celui qui a exécuté le père du premier. Ce paramètre fort dérangeant apporte dès lors une épaisseur considérable à la quête psychologico-identitaire du protagoniste. Lequel, d’une certaine manière, se pose en point de rencontre entre le bien et le mal, aimantant à lui seul toutes les opinions hétérogènes concernant la peine capitale. Cette dualité, qui s’infiltre et malmène nos perceptions, crée de l’inconfort en flux tendu.

Ici, l’évolution du personnage passe par un épatant cheminement sensoriel. Grâce à un travail passionnant sur le son et à la façon dont Boo Junfeng utilise l’espace avec sa caméra, le spectateur aura vite fait de se retrouver lui-même prisonnier d’un maillage ténu entre l’intimité domestique du héros et celle, plus insoutenable, des mises à mort. Cet entrelacs qui est sien, induisant en substance une idée de fatalité, s’apparente aux cellules et aux couloirs alentour. Car, in fine, cette prison fantomatique, où tout n’est que pure mécanique mortifère, se révèle bel et bien aussi retorse que les dilemmes qui cravachent Aiman. 

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