Cannes 2016 : Comment "L’économie du couple" a fait de Maître Gims un héros de cinéma

Cannes 2016 : Comment "L’économie du couple" a fait de Maître Gims un héros de cinéma

COUP DE CŒUR – Joachim Lafosse signe un magnifique film sur l’amour perdu avec Bérénice Béjo et Cédric Kahn. Mais aussi avec Maître Gims, invité surprise de la plus jolie séquence du long-métrage, projeté à la Quinzaine des Réalisateurs.

En 2014, Xavier Dolan nous faisait aimer Céline Dion en faisant réinterpréter "On ne change pas" au trio d’acteurs de Mommy. Deux ans plus tard, c’est au tour de Joachim Lafosse de bousculer nos certitudes et d’ouvrir nos horizons musicaux. Après avoir demandé à Emilie Dequenne de chanter "Femmes, je vous aime" dans une scène d’A perdre la raison, le réalisateur belge nous cueille avec le "Bella" de Maître Gims. Improbable et pourtant.

Le tube préféré des kids est la bande son de la séquence la plus touchante de L’économie du couple. Deux fillettes viennent y chercher leurs parents pour effectuer une petite danse familiale dans le salon. Seulement voilà : papa et maman ne s’aiment plus. Mais, faute de moyens pour monsieur et en raison de l’obstination de madame à ne pas lui céder des parts de la maison, ils sont contraints de cohabiter.

Leur quotidien, auquel certains ménages précaires sont réellement confrontés, n’est alors plus que prises de becs, négociations, rancoeurs et colères. Jusqu’à cette scène de danse et d’apaisement, limpide, et terrassante dans sa résolution. A travers elle, c’est tout le passé de ce couple qui ressurgit, tout ce qu’ils ont été et qu’ils ne seront plus. La mère est trop excédée par les promesses non tenues et le laxisme du père, lui par sa rigueur et les reproches permanents.

Bérénice Béjo et Cédric Kahn au sommet

Tout en finesse, en petits gestes, en regards significatifs, Joachim Lafosse scanne ce couple à la loupe dans leur rapport à l’éducation, à l’argent, à l’amour, à l’amitié (sublime scène de malaise lors d’un dîner entre amis) ou au quotidien. C’est simple, bouleversant, universel. Et subtil : aucun des personnages n’est plus coupable ou détestable que l’autre. Bérénice Béjo apporte douceur et fragilité à cette femme qui, pourtant, n’est a priori que colère quand Cédric Kahn suscite tour à tour empathie totale et antipathie profonde. Du grand cinéma.

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