Cannes 2016 - "Fais de beaux rêves" : quand Marco Bellocchio fait les adieux à la Mama

Cannes 2016 - "Fais de beaux rêves" : quand Marco Bellocchio fait les adieux à la Mama

CRITIQUE - Jeudi soir, dans une salle comble où la ferveur était de mise, l’Italien Marco Bellocchio a ouvert la Quinzaine des Réalisateurs cannoise avec la présentation de "Fais de beaux rêves". Soit le récit décousu mais poignant d’un (grand) enfant qui n’arrive pas à faire le deuil de sa mère.

Fais de beaux rêves… Au-delà d’être le titre du 22ème long métrage du cinéaste Marco Bellocchio, cette douce phrase fait surtout office d’adieux déchirants. Ceux d’une mère qui murmure à l’oreille de son fils, le bordant une dernière fois dans la chaleureuse pénombre d’une chambre. Instant anodin, sublime même, qui scelle un rapport filial fusionnel quelques minutes avant que la grande faucheuse ne le défasse, en prenant la maladie pour sbire. Nous sommes en 1969. Pour le petit Massimo, cette année marque d’une pierre blanche le premier jour du reste d’une vie où il lui faudra se battre à mains nues contre l’injustice.

Comment accepter, à 9 ans, la disparition de la matrice de son existence ? Comment se reconstruire, de l’adolescence à l’âge adulte, et recoller les morceaux ou les recomposer, par-delà la foi, pour en faire un tableau plus ouvert, plus respirable ? En portant à l’écran le best-seller homonyme du journaliste et écrivain Massimo Gramellini, Bellocchio persiste dans la thématique de la famille et plante sa caméra, en profondeur, dans la plaie non cicatrisable d’un enfant. Dès l’entame, il nous saisit à la gorge, stimulant nos glandes lacrymales le temps d’une scène en apparence banale mais qui signifie, dans une magnifique évidence, la viscéralité de l’amour : un salon, une maman, un enfant, une danse entamée à deux… et plus rien ne compte.

Inégal mais touchant

On vous prévient : difficile de réprimer ses larmes devant les vingt premières minutes de ce drame intime. L’incompréhension du petit Massimo face à la mort cisaille en effet le coeur et l’écran, augurant d’un processus de guérison aussi long que fastidieux. Hélas, à partir du moment où l’enfant grandit, le virage abrupt prend à contre-pied, déroute, et corrompt les promesses. Sans lui demander forcément de verser dans le pathos, Bellocchio égare progressivement l’émotion dans un entrelacs d’allers-retours temporels où souvenirs, sensations et impressions communiquent dans une langue qui ne trouve jamais vraiment l’universalité qu’on espérait d’elle. 

Adulte, Massimo, qu’incarne Valerio Mastandrea, va tâtonner, chercher l’amour, la vérité, auprès des hommes, des femmes (Bérénice Bejo sera-t-elle sa panacée ?). Une errance fuligineuse que le maestro italien achoppe à matérialiser clairement, limpidement, malgré quelques éclats tragiques -le héros brisé qui regarde la buée assaillir le miroir, preuve qu’il respire encore. Ces inégalités n’entament néanmoins rien à la sincérité désarmante de ce déchirant relèvement que certains ont traversé et qui en terrorise bien d’autre. Reste surtout une conclusion aussi puissante que l’entame : scène de cache-cache, dans le couloir de la maison et du temps, entre mère et fils. Une façon comme une autre de nous rappeler de débusquer sa mère, où qu’elle soit, pour la prendre dans ses bras. Pendant qu’il est encore temps. 

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