Cannes 2016 : "Juste la fin du monde" est-il vraiment le "meilleur film" de Xavier Dolan ?

Cannes 2016 : "Juste la fin du monde" est-il vraiment le "meilleur film" de Xavier Dolan ?
Festival de Cannes

DEBAT - Certains adorent, d’autres sont mitigés et quelques rares détestent. Si "Juste la fin du monde", en lice pour la Palme d’or 2016, n’a pas autant fédéré que "Mommy", Xavier Dolan le considère tout de même comme son film le plus complet. Le cinéaste québécois (on ne précisera pas son âge, il hait ça) a expliqué pourquoi. Si chez metronews on entend ses arguments, on n’est pas tout à fait d’accord. Explications.

Jeudi, 19h. Les journalistes se pressent aux portes de la salle Debussy pour découvrir Juste la fin du monde. Sans être démentielle, l’attente est quand même palpable. "J’espère que…", "J’imagine tellement que…", "Je suis sûr que les comédiens seront…" Les phrases commencent ainsi, quelle que soit la langue dans laquelle elles voyagent d’oreilles en oreilles.

C’est que, deux ans après la lame de fond émotionnelle qu’avait soulevée Mommy, Xavier Dolan devait se confronter à cette redoutable impatience générale à la mesure de son talent. Qu’il soit boudé ou adulé, nul ne lui reprochera en effet, depuis le début de son idylle cannoise avec J’ai tué ma mère, d’avoir inventé sa propre grammaire cinématographique.

En 2014, Mommy avait mis tout le monde d'accord

Oui… Xavier Dolan est un auteur, un vrai, qui essaye de se réinventer à chaque projet sans jamais corrompre ses principes cinématographiques : servir l’histoire et les personnages (la direction d’acteurs étant l’un de ses dadas). Avant de mettre d’accord toute la planète cinéma avec Mommy, rappelons que ses détracteurs avaient coutume de lui reprocher des effets de mise en scène clinquants, voire chichiteux.

Sans s’en formaliser ni les rejeter, le québécois a digéré les remarques, ajusté son regard et essayé, au dil des ans, de gratter jusqu’à la moelle de son art. Adapté de la pièce homonyme de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde pourrait en tout cas constituer une étape charnière de ce cheminement. Il semble aussi être son film le plus personnel, rencontre entre l’épure aride d’un Tom à la Ferme et la flamboyance latine d’un Mommy. C’est en tout cas celui que l’intéressé estime être le meilleur.

Anti-Mommy en puissance

"Je ne le préfère pas pour des raisons sentimentales", a-t-il précisé ce matin face à un parterre de journalistes attentifs, après qu’un d’eux lui a rappelé l’accueil globalement mitigé de la critique. Déroutant est probablement le qualificatif qui a été le plus employé pour signifier son après-midi familial qui va à vau-l’eau. Certes… Mieux vaut un public un peu déstabilisé (dans ses espérances) qu'un déglingage en règle échafaudé par ceux qui l’avaient porté aux nues.

Verdict ? Une salle médusée (pour le meilleur et le pire), interdite et emmurée autant que le héros du récit, Louis, jeune dramaturge homosexuel venu annoncer sa mort à ses proches. En attendant que le long-métrage prenne le temps de décanter dans les esprits, un autre reporter a demandé à Dolan ce qui le rend aussi satisfait de son labeur. 

"On est à Cannes. Tous les films divisent"

"Parce que c’est le plus complet. Il y a des films plus choquants, plus bouleversants mais plus imparfaits, plus inégaux… (…) Je connais ceux que j’ai faits et les erreurs que j’ai commises. Ce qui est intéressant, c’est de ne pas les reproduire", estime le cinéaste, qui se considère ainsi comme un éternel élève de l’art qu’il a épousé.

"On est à Cannes. Tous les films divisent", poursuit-il quand est évoquée la perplexité ressentie par certains. "C’est arrivé dans le passé pour Laurence Anyways, J’ai tué ma mère ou Les amours imaginaires. Je ne suis pas nécessairement inquiet. Il y a de très bonnes critiques qui sont parues. (…) Peut-être qu’il faut un peu de temps pour que Juste la fin du monde se pose dans la vie et que les gens ne le regardent pas simplement mais l’entendent aussi."

Sans jouer les professeurs de Louis Lumière, on ne saurait dire si Juste la fin du monde est techniquement le long métrage le plus abouti de Dolan. Il est clair que sa réalisation est d’un lyrisme sec et incroyable et qu’il est parvenu à poser un regard impressionnant sur des comédiens -Cotillard, Cassel, Seydoux…- jamais exploités de la sorte auparavant.

Néanmoins, le poids du dispositif prend parfois le pas sur le propos, les dialogues et les silences, empêchant le spectateur d’accéder à la substantifique moelle du texte originel. Alors voilà : à ce jour, malgré toute notre tendresse pour J’ai tué ma mère, Mommy demeure notre sommet dolanien absolu où le mariage du fond et de la forme confine à la magie pure. 

"Je ne me demande pas comment me démarquer"

Pour autant, pas question non plus de faire totalement la fine bouche devant Juste la fin du monde, déceptif d’un point de vue émotionnel mais non moins fascinant dans sa forme et ses parti-pris. Espérons que Dolan ne devienne pas schizophrène, qu’il ne lise pas trop les tweets de ces dernières heures et qu’il reste maître de son navire et de ses décisions.

"J’ai toujours essayé au mieux de mes capacités de servir le scénario. Je ne me demande pas comment me démarquer mais simplement comment le film pourrait marcher pour que l’histoire progresse. Mon intérêt va vers le personnage et l’acteur. Je viens d’un environnement culturel très populaire. J’ai une culture limitée en terme de cinéma exigeant. Plus j’avance plus je fais les films que moi j’aimerais voir au cinéma." Point final. 

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