Cannes 2017 - Avec "Une femme douce", Sergei Loznitsa tenait sa Palme d’or quand soudain…

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FRUSTRANT – Cinéaste chouchouté de longue date par le Festival de Cannes, l’Ukrainien Sergei Loznitsa adapte Dostoïveski avec "Une femme douce". Une fresque contemporaine qui impressionne avant de chuter lourdement dans la dernière ligne droite.

Le cinéaste ukrainien Sergei Loznista devient un habitué de la Croisette : en compétition pour My Joy (2010) et Dans la brume (2012), le voici de retour pour une libre adaptation de Dostoïevski, déjà transposée au cinéma par Robert Bresson en 1969 avec Dominique Sanda. Ni remake, ni fresque politique, Une femme douce s’imposait comme un des temps forts du festival, avant de s’effondrer mystérieusement dans son dernier tiers…

Le pitch

Une femme, qui vit dans une région reculée de l’Est de l’Europe, reçoit par retour de courrier les colis qu’elle expédie à son mari incarcéré en prison. Elle part à sa recherche, prétexte à une odyssée kafkaïenne dans les pays de l’Est contemporain. 

Les points forts

Fresque naturaliste sur la Russie contemporaine, Une femme douce s’impose dès son ouverture comme une splendeur visuelle. Rarement elle n’avait été filmée avec une telle lumière, sur une alternance de couleurs chaudes et humaines, comme pour compenser l’horreur économique dans laquelle est plongée la région traversée par l’héroïne. Il faut rendre hommage au travail du chef op roumain Oleg Mutu.

Ensuite, Sergei Loznista évite toute lourdeur dans sa peinture des pays de l’Est : on y rit, on y boit, on y mange, on y fait la fête… Et on prend les choses avec humour ! Beaucoup de dialogues en témoignent. Egalement documentariste, le réalisateur ne s’interdit pas de livrer une charge sans demi-mesures contre la Russie, notamment à travers un bouleversant plan séquence dans une maison de défense des droits de l’homme. Ou sur la place des femmes dans la société.

Enfin l’actrice principale, Vasilina Makovtseva, livre une impeccable prestation, entre détermination et impassibilité. Elle rappelle aussi bien Sandrine Bonnaire dans Sans Toit ni loi que Marion Cotillard dans Deux jours, une nuit

Les points faibles

On tenait là peut-être la Palme de cette édition, quand soudain… Aux deux tiers du film, après une approche naturaliste, le film bascule dans un onirisme déroutant. Sans spoiler la résolution, ce rêve constitue une manière de rester fidèle à l’esprit de Dostoievski. Thématique et esthétiquement en rupture avec l’approche naturaliste de la quête, cette trop longue séquence s’intègre très mal à l’ensemble. Entre cauchemar et fantaisie, la scène finale, qui se voudrait proche de Fellini, perd en route le spectateur. Tentative ratée, énigmatique, qui suscite l’interrogation, et qui a néanmoins le mérite de marquer l’esprit des spectateurs.

Des chances au palmarès ?

Prototype du film d’auteur affectionné par les festivaliers comme les jurés, nul doute que Une femme douce, malgré ses défauts, devrait figurer au palmarès : pour sa mise en scène, et pourquoi pas, un Prix d’interprétation pour son actrice principale, Vasilina Makovtseva.

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