Cannes 2017 - "Happy End" : Michael Haneke signe une satire drôlement désespérée

Cannes 2017 - "Happy End" : Michael Haneke signe une satire drôlement désespérée

ON ADORE - La passe de trois pour Michael Haneke après ses Palmes d’or pour "Le Ruban blanc" et "Amour" ? Dans "Happy End", le cinéaste autrichien surprend encore avec un humour à froid qui fait mouche.

Happy End est une brillante satire sociale sur la société française. Sujet déjà traité par le cinéaste sur un mode allégorique avec Code Inconnu (1998) et sous l’angle du suspense avec Caché (2005), il opte cette fois pour un angle…. humoristique et léger, ce qui n’exclut pas la noirceur, l’ironie et l’émotion. De quoi lui attirer les faveurs d’un plus large public encore. Et l’inscrire dans la lignée des grands cinéastes étrangers qui n’ont peut-être jamais mieux ausculté la société française dans tous ses aspects : Polanski, Bunuel, Losey ou plus récemment Verhoeven.

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Le pitch

Calais, 2016. Quelques jours dans la vie d’une famille bourgeoise, les Laurent, prétexte à une radiographie de la société française. Un grand-père qui tente de se suicider, un chantier qui s’effondre, une nièce qui intègre la famille, des fiançailles à préparer, un fils héritier rebelle aux compromis… Anne, dirigeante d’une importante entreprise de BTP, colmate les brèches à qui mieux mieux.

Les plus

Une mise en scène dans laquelle les fondamentaux du cinéaste se trouvent concentrés : son art du plan séquence, qui fait la part belle aux acteurs et aux environnements sonores, notamment extérieurs ; sa faculté à distiller parcimonieusement l’information, ce qui rend constamment actif l’œil du spectateur. Fidèle à ses constantes, Haneke multiplie les sources d’images (Snapchat, Youtube, messageries instantanées) et les figures (plans-séquences, gros plans, ellipses).

Enfin, des notes d’humour, souvent grinçant, et d’humanité, viennent bouleverser un programme hanekien que l’on croyait réglé comme du papier à musique. Comportements intergénérationnels, rapports à la mort et au travail, transformation des relations sous le poids du numérique, relations de classes et liens avec immigrés et migrants, un précipité des travers de la société française, sous un angle satirique, grinçant et désespéré.

D’autant que le point de vue du film est souvent porté par une ado en manque d’amour – une constante de cette 70ème édition – qui atténue la misanthropie du cinéaste. Et surtout, ne manquez pas le dernier plan du film, qui résume à lui seul toute l’ambition formelle du cinéaste. Une satire drôlement désespérée !

Si les prestations jubilatoires d’une Isabelle Huppert en femme active version light de Elle et de Jean-Louis Trintignant, qui semble là jouer une séquelle de Amour, sont les marquantes, il faut mentionner celle de Mathieu Kassovitz, en gendre idéal bien ambigu, et d’un nouveau venu étonnant, l’Allemand Franz Rogowski, dans le rôle du fils rebelle de bonne famille.

Les moins

Oui, on pourra toujours reprocher au cinéaste de traiter les mêmes thèmes, de reprendre les mêmes acteurs, d’abuser des mêmes effets stylistiques. N’est-ce pas là le propre des grands réalisateurs que d’effectuer inlassablement des variations sur le même thème ? Surtout quand ils sont parvenus à leur sommet artistique.

La punchline

Jean-Louis Trintignant à son coiffeur, joué par Dominique Besnehard : "Si vous me procurez un pistolet et des munitions, vous ne le regretterez pas." 

Des chances au palmarès ?

Grand habitué de Cannes, très souvent primé - Prix de la mise en scène pour Caché (2005), Grand prix du Jury pour La Pianiste (2001), avec double prix d’interprétation pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel – le cinéaste autrichien ne devrait pas passer inaperçu cette année. Si Happy End ne provoque pas le même impact que Funny Games ou Amour, la vivacité de sa mise en scène et la qualité de son scénario ne devraient pas laisser de marbre le jury. Autre atout : Isabelle Huppert, qui pourrait prétendre à un prix d’interprétation cannois, après ceux qu’elle a obtenus pour Violette Nozière (1978) et La Pianiste (2001). Ou, pourquoi pas, Jean-Louis Trintignant, pour sa 12ème participation à la compétition, et après son Prix d’interprétation obtenu en 1969 pour Z.

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