Cannes 2017 - L’amant double" de François Ozon, la critique : coup de bluff ou électrochoc ?

NOTRE AVIS - Cinéaste éclectique, François Ozon s'attaque au thriller érotique - et psychanalytique - avec "L'Amant double", en compétition pour la Palme d'or. Porté par le duo Marine Vacth-Jeremie Rénier, le film est-il à la hauteur de ses modèles ?

Quatrième et dernier film français en compétition. Malgré un rythme soutenu d’un film par an, ce n’est que la 3ème fois que François Ozon accède à la compétition officielle, après Swimming Pool (2003) et Jeune et Jolie en 2013. Deux acteurs familiers de l’univers du cinéaste – Jérémie Rénier (vu dans Les Amants criminels et Potiche) et Marina Vacth (la révélation de Jeune et jolie) – et une nouvelle venue, Jacqueline Bisset, forment le casting de ce thriller érotique.

Le pitch

Alors qu’elle entame une psychanalyse, une jeune femme fragile et dépressive s’éprend de son psy. Quelques mois plus tard, alors qu’ils s’installent en semble, elle découvre que son compagnon lui a caché l’existence d’un frère jumeau…

Les points forts

Avec François Ozon, on est toujours sûr de ne jamais rester dans le confort de son film précédent : après le romantisme suranné de Frantz, voici un thriller érotique et sulfureux, qui puise aux sources de Cronenberg, Polanski et De Palma – autant dire, changement radical d’univers. Et qui lui permet d’aborder avec une certaine efficacité le terrain encore peu fréquenté en France du film de genre. Côté casting, la toujours jeune et jolie Marine Vacth se montre très convaincante dans le rôle de cette héroïne hitchcockienne dépressive qui ne voit que l’âme en double. Mention à Jérémie Rénier qui dans un double rôle livre la performance la plus mémorable de sa carrière, en jouant sur deux registres différents. Quant à Jacqueline Bisset, elle impose en quelques minutes la classe et le magnétisme qu’on lui connaît depuis La Nuit américaine. Enfin, la musique de Philippe Rombi épouse les différents tempos de l’action, tout en maintenant une tension constante entre les personnages, entre le fantasme et la réalité.

 

Les points faibles

Comme souvent chez François Ozon, la mise en scène ne brille pas toujours par sa subtilité, sa finesse et son mystère, à l’instar de la séquence d’ouverture : un raccord cru et audacieux sur le sexe de Marine Vacth, puis sur son œil – comme une citation littérale du classique de la littérature érotique, L’histoire de l’œil, de Georges Bataille. Ensuite, trop d’effets scandent sa mise en scène : split-screens, plongées sur escaliers en colimaçons, raccords et faux raccords, témoignent de la virtuosité d’un cinéaste souvent ivre de ses effets. Au point de tomber parfois dans la gratuité. Et de lasser le spectateur. D’autant que François Ozon ne parvient pas à effacer l’ombre écrasante du film de David Cronenberg Faux Semblants qui plane sur L’Amant double.

La punchline

"Mentir pour séduire est une pratique courante chez les jolies femmes, surtout quand elles sont frigides"

Des chances au palmarès ?

Malgré ses effets un peu trop appuyés, un Prix de la mise en scène conviendrait parfaitement à ce thriller érotique, qui se joue des faux semblants. Et Jérémie Rénier livre la prestation la plus mémorable de sa carrière – visa pour un Prix d’interprétation ?

Ce qu'en dit la Croisette...

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