Cannes 2017 – "Les Proies" : Sofia Coppola lost in adaptation

DECEPTION – Cinéaste impressionniste, Sofia Coppola s’attaque au film de genre avec "Les Proies". En dépit d’un casting all-stars, ce thriller psychologique sur fond de guerre de Sécession manque de chair et de nerf pour convaincre.

Sofia Coppola revient à Cannes avec l’un des plus beaux castings de la quinzaine. Jugez plutôt : Colin Farrell, Nicole Kidman, Elle Fanning, son héroïne de Somewhere et Kirsten Dunst, sa Marie-Antoinette dans le film du même nom, 11 ans déjà après une présentation sur la Croisette qui avait suscité, sinon des sifflets, une indifférence polie.

 

Entre les deux, elle a présenté The Bling Ring, en ouverture d’Un certain regard, en 2013. Surtout elle semble avoir perdu aux yeux de nombreux cinéphiles l’admiration que lui avait valu ses deux premiers films inspirés, The Virgin Suicides et Lost in Translation.

 

D’où l’idée, peut-être, de surprendre et de relancer sa carrière avec un vrai-faux film de genre, sous la bannière d’un grand studio, Universal en l’occurence. Les Proies (The Beguiled en VO) est une nouvelle adaptation du roman de Thomas P. Cullinan, déjà porté à l’écran en 1971 par Don Siegel avec Clint Eastwood. 

 

Dans la version 2017, Colin Farrell succède à Dirty Harry dans la peau de John McBurney, un soldat blessé durant la guerre de Sécession qui trouve refuge dans un pensionnat de jeunes filles, dirigé par l'inquiétante Martha Farnsworth. Nicole Kidman succède à Geraldine Page et retrouve ici son partenaire de Mise à mort du cerf sacré pour un résultat hélas plus convenu...

En vidéo

Cannes 2017 - Photocall du film "Les Proies"

Les points forts

Qu’elle filme la banlieue de Detroit dans les seventies, le Versailles de Louis XVI, ou ici la Virginie du milieu du XIXe siècle, Sofia Coppola a le chic pour soigner ses reconstitutions historiques. Des décors aux costumes, de la forêt luxuriante à l’intimité du pensionnat, on s’y croirait. Si c’était suffisant pour faire un grand film, ça se saurait…

Les points faibles

Cinéaste de l’attente – de l’ennui ? - Sofia Coppola n’est franchement pas à l’aise dès lors qu’il convient de faire avancer son récit sur les rails du thriller. A la seconde où Colin Farrell franchit la porte du pensionnat, on a tout compris du drame qui va se nouer sous nos yeux. Et la courte durée du film – 90 minutes chrono – n’empêche pas les longueurs, tant les rebondissements sont prévisibles. Pire : ses personnages féminins restent au stade de l’esquisse – Nicole Kidman la marâtre, Kirsten Dunst la naïve, Elle Fanning l’allumeuse - sans qu’on ressente jamais ni la tension sexuelle qui les anime, ni la rivalité qui les oppose.

Des chances au palmarès ?

Dans un festival où on plébiscite l’excellence, sinon la prise de risques, Sofia Coppola souffre la comparaison avec des œuvres bien plus matures (Sans Amour, Happy End) ou audacieuses (Mise à mort du cerf sacré, La Lune de Jupiter). Sur le fond, comme sur la forme, on n’est pas loin du hors sujet.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Festival de Cannes 2017

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter