On a vu "The House That Jack Built"... et Lars Von Trier a toujours l'art du scandale

ON AIME – Présenté hors-compétition, "The House That Jack Built" marque le grand retour sur la Croisette de Lars Von Trier, 7 ans après une conférence de presse qui lui avait valu d’être déclaré persona non grata du Festival de Cannes. Verdict ? Un film de serial killer aussi virtuose que dérangeant.

A priori aucun spectateur du Grand Théâtre Lumière n’a perdu connaissance. Ni rendu son petit déjeuner entre les sièges. Si une poignée d’âmes sensibles a quitté la salle en cours de route, "The House That Jack Built" n’a pas mis la presse à feu et à sang, ce mardi matin, au lendemain d’une projection de gala nocturne dont les premiers échos nous promettaient l’enfer. Lars Von Trier aurait-il perdu le sens de la fête ? C’est un peu plus compliqué que ça…


Comme annoncé, le nouveau film du cinéaste danois est une plongée de plus de deux heures et trente minutes dans la psyché tourmentée – c’est le moins qu’on puisse dire – de Jack, un architecte devenu serial killer. A moins que ce soit l’inverse. Œil noir, sourcil relevé et rictus en coin, l'acteur américain Matt Dillon incarne à la perfection cet archétype du cinéma de genre dans une version plus intello que la moyenne. Dès les premières secondes, il se confie en voix-off à un mystérieux personnage qui se fait appeler Verge. 

Des images de l'Holocauste et un plan d'Hitler

A lui, et au spectateur, il va raconter cinq "incidents", comme autant de chapitres qui ont émaillé son parcours criminel. Ou plutôt son œuvre, la mise en scène toujours plus créative de ses méfaits lui valant dans les médias le surnom de "Mister Sophistication". Une automobiliste le crâne fracassé, une veuve étranglée et traînée sur plusieurs kilomètres derrière un mini-van, une mère et ses deux enfants abattus comme dans une partie de chasse, une girlfriend hystérique les seins tranchés... Certain(e)s auront vite fait d’accuser Lars Von Trier de pervers misogyne, quand bien même Verge le reproche à Jack à l’écran.

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Cannes 2018 : Lars Von Trier revient avec "The House That Jack Built"

Cette ambiguïté est à l’image de tout le film qui dresse un parallèle gonflé entre le meurtre et la création, Jack affirmant, durant l’un de ses monologues intérieurs parfois confus, qu’un véritable artiste se doit d’être cynique s’il veut laisser une marque dans l’Histoire. Un discours raccord avec  l’œuvre d’un cinéaste qui  porte depuis toujours un regard pour le moins désabusé sur la nature humaine. De là à intégrer dans une œuvre de fiction, entre autres horreurs du XXe siècle, des archives de l’Holocauste et un gros plan d’Adolf Hitler… Disons qu’il y a matière à discussion.


7 ans après ses blagues douteuses sur le nazisme en conférence de presse, le cinéaste n’a visiblement toujours pas digéré son éviction temporaire du Festival de Cannes. Mais pas question de devenir un parangon du bon goût. La soixantaine passée, il reste l’un des cinéastes les plus dérangeants de sa génération. L’un des plus virtuoses aussi comme en témoigne l’incroyable chapitre final aux enfers. Sans doute est-il peu trop conscient de son propre héritage, au point d’inclure plusieurs extraits, même très brefs, de ses films précédents. Mais Lars Von Trier serait-il Lars Von Trier s’il n’en faisait pas toujours un peu trop ?

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