"La vie d'Adèle", "Apocalypse Now"... Les dix remises de Palmes d'or les plus marquantes du Festival de Cannes

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ÇA PALME ? - A l’occasion de sa 72e édition dont la cérémonie de clôture se tient ce samedi soir, retour sur dix Palmes d’or inoubliables dans la grande histoire du Festival de Cannes.

Le suspense est à son comble, la compétition touche à sa fin et nous en connaîtrons le vainqueur ce samedi soir : qui sera la ou le lauréat de la Palme d’or du 72e Festival de Cannes ? Si les supputations vont bon train, par le passé, certaines Palmes ont déjoué les pronostics des journalistes comme des cinéphiles, et parfois même provoqué de ravissants micro-séismes sur la Croisette, comme en son temps la Palme d'or accordée à Sailor et Lula de David Lynch, huée alors mais reconnue aujourd'hui comme un film culte. 


En attendant l’heureux (ou l’heureuse) élu(e), retour sur 10 Palmes (ou presque) ayant défrayé la chronique et marqué l’inconscient cinéphile. Pour notre plus grand bonheur.

La Palme la plus audacieuse : "La Vie d’Adèle"

2013. Spielberg et son jury font preuve d’un culot monstre en attribuant une Palme à trois têtes : Abdellatif Kechiche et ses deux actrices, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, pour leur film La vie d'Adèle, fresque fabuleuse de trois heures racontant l’évolution sentimentale d’une jeune fille qui tombe amoureuse d’une étudiante plus âgée. Les scènes de sexe, très crues, avaient alors impressionné les festivaliers. Mais, si on l’espérait alors très fort, rien ne laissait présager la récompense suprême. 

La Palme la plus "colère" : "Le Tambour" et "Apocalypse Now", ex-æquo

1979. Françoise Sagan est colère. Le jury dont elle est alors présidente subit des pressions de l’organisation du festival pour qu’Apocalypse Now, le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola, décroche la Palme d’or. Une manœuvre qui, selon la romancière, visait à ne pas blesser les grands studios américains. Le jury préférant récompenser  Le Tambour, un ex-aequo fut convenu entre les deux parties. Mais la Sagan fait la grimace au moment de la remise des prix.

La Palme la plus émouvante : "Amour"

2012. Michael Haneke reçoit à nouveau une Palme d’or après Le Ruban blanc trois ans plus tôt. Son film, sur l'entrée d'un couple dans le naufrage de la vieillesse et l'indignité de la maladie, est porté avec une classe infinie par ses deux comédiens Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. Ils montent tous sur scène et lorsque Trintignant prend la parole, la salle peine à contenir son émotion, surtout lorsqu’il cite Jacques Prévert : "Et si on essayait d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple."

La Palme la plus politique : "Fahrenheit 9.11"

2004. C’est le très polémique documentaire anti-Bush Fahrenheit 9/11, du réalisateur américain Michael Moore, qui reçoit la Palme d’or, des mains de Quentin Tarantino et de son jury. Conscient de la portée politique d’un tel prix, Moore dédie son réquisitoire "aux enfants d’Irak et à tous ceux qui souffrent". Lors de son speech de remerciement, il fustige la guerre en Irak et met en exergue l’importance de dire la vérité en citant Abraham Lincoln, "un républicain d’une autre trempe".

La Palme la plus enchantée : "Dancer in the dark"

2000. Le réalisateur danois Lars Von Trier décroche la Palme d'or pour sa tragédie musicale Dancer in the Dark et au moment d’annoncer la récompense, Luc Besson, président du jury, fredonne une chanson de Bjork qui incarne (magistralement) le rôle principal. Tout sourire, le réalisateur et la star font comme si tout se passait pour mieux dans le meilleur des mondes... alors que tout le monde sait à point le tournage s’est déroulé dans une atmosphère de feu, marquée par les étincelles de la chanteuse islandaise qui a quitté le plateau. Enchantée, ravagée…

La Palme la plus provoc : "Pulp Fiction"

1994. Alors tout juste trentenaire, Quentin Tarantino présente Pulp Fiction et remporte la Palme d'Or des mains de Clint Eastwood, président du jury cette année-là. Un prix prestigieux qui permet par ailleurs à Miramax, le studio d'Harvey Weinstein, d'entrer dans la cour des grands. Lors de la remise de la Palme, certains ne manquent pas de huer le réalisateur et son équipe et de crier "quelle daube !" ; ce à quoi Tarantino répond par un doigt d'honneur…

La Palme la plus féminine : "La leçon de piano"

1993. Louis Malle et son jury tombent en pâmoison devant le merveilleux film de Jane Campion. Holly Hunter recevra le Prix d'interprétation féminine tandis que le film se verra décerner la prestigieuse Palme d'or, partagée avec Adieu ma concubine de Chen Kaige. Jane Campion fut ainsi la première femme à obtenir la Palme d'or… et la seule!

La Palme la plus folle : "Barton Fink"

1992. Roman Polanski est colère comme Françoise Sagan, mais pour d'autres raisons : il n’aime aucun des films proposés en compétition… jusqu’à ce que soit projeté le fantastique Barton Fink des frères Coen. La légende dit, ou plus précisément Gilles Jacob dans son "Dictionnaire amoureux du festival de Cannes", que, la veille de la délibération prévue, Polanski organisa en sous-main une réunion avec ses jurés, au cours de laquelle il obtint l’accord de tous sur la remise de la Palme aux frères Coen, décision qu’il refusa de remettre en cause le lendemain. Comme aucun autre film n'était à son goût et ne méritait selon lui de prix, il accorda également aux Coen le Prix de la mise en scène ainsi que celui d’interprétation masculine (John Turturro). Un palmarès Kafkaïen (à l'aune du chef-d'oeuvre des Coen) qui incita les organisateurs du festival à changer quelque peu les règles…

La Palme la plus sifflée : "Sous le soleil de Satan"

1987. Qui ne se souvient pas de cette légendaire anecdote ? Le réalisateur Maurice Pialat reçoit (à l’unanimité) la Palme d’or pour son très controversé Sous le soleil de Satan. Quand Yves Montand, président du jury, révèle le nom du gagnant, des huées et des tombereaux d’insultes envahissent la salle. Regardant fièrement la salle comble qui l’accable, Pialat déclame, le poing tendu vers le ciel, cette phrase devenue mythique : "Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus". 

La Palme la plus improbable : "Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures"

2010. Ébloui par le si mystérieux Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, Tim Burton, président du jury, s’octroie le privilège de remettre la Palme à son film préféré de l’édition, et ce même si 80% de la Croisette le déteste, lui préférant largement Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Le choix du jury présidé par Burton est jugé abscons et élitiste par les ronchons. Mais le film reste sublime de sa première à sa dernière image.

En bonus, la Palme la plus annulée : Mai 68

1968. La fièvre contestataire touche le Festival de Cannes en mai 68. Jean-Luc Godard, Roman Polanski, François Truffaut et Louis Malle mènent des débats passionnés, enfermés dans le Palais des Festivals, pour répondre à la question : faut-il arrêter le festival ? Milos Forman et Alain Resnais retirent leurs films de la compétition. Monica Vitti, Roman Polanski et Louis Malle démissionnent du jury. Le lendemain, Favre Le Bret annonce dans un communiqué que le Festival est arrêté. Il n’y aura pas de palmarès.

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