"Mektoub, my love : Intermezzo" : cette scène de sexe dont Cannes va (très) longtemps se souvenir

Festival de Cannes
SULFUREUX - Dans "Mektoub, My Love : Intermezzo", le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, en lice pour la Palme d’or, le comédien Roméo De Lacour pratique un cunnilingus sur sa partenaire Ophélie Bau. Une scène de sexe ultra-explicite qui a choqué de nombreux spectateurs cannois, qui ont quitté la projection en cours de route.

"Non, tu crois qu’il a fait ça ? Il est fou !". Depuis le début de la semaine, "Mektoub My Love : Intermezzo", le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, faisait l’objet d’une rumeur persistante. Celle de la présence d’une "scène de cunnilingus" qui durerait pas moins de 45 minutes. De la part d’un cinéaste qui filme le désir et les corps comme personne, rien d’impossible. On se rappelle des scènes d’amour très crues entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos dans "La Vie d’Adèle", Palme d’or en 2013. Ou de celle qui ouvrait "Mektoub, My Love : Canto Uno" en 2017, première partie de la trilogie programmée par son auteur.


Venu rendre visite à son amie Ophélie (Ophélie Bau), Amin (Shaïn Boumedine) surprenait les ébats bruyants de la belle brune avec Tony (Salim Kechiouche), son amant. Le début d’une odyssée charnelle sous le soleil de Sète, en 1994, réunissant une bande de copains dont il filmait la jeunesse triomphante à travers le regard curieux mais distant du personnage d’Amin, artiste aspirant qu’on pouvait considérer comme le double fictif du cinéaste.

Plus radical, plus charnel, plus décomplexé encore que son prédécesseur, "Mektoub, My Love : Intermezzo" se concentre sur deux décors. D’abord la plage où Tony et Aimé (Roméo De Latour) font la connaissance de Marie (Marie Bernard), une jeune Parisienne en vacances qu’il présente à leurs amies, puis la discothèque où ils l’invitent à la soirée à laquelle Amin va se joindre, toujours aussi impassible, captivé par l’énergie qui se déploie autour de lui.


Pendant 3 heures, Abdellatif Kechiche filme les corps qui se déhanchent, les regards qui se croisent et les conversations qui se perdent dans un déluge de musique assourdissantes, du disco commercial à la techno la plus brute. Une longue transe sonore et visuelle, déconseillée aux épileptiques, brièvement interrompue par une scène de sexe, de non pas 45 mais 15 minutes, au cours de laquelle Aimé entraîne Ophélie dans les toilettes pour pratiquer sur elle un cunnilingus avec une intense gourmandise de part et d’autre.


Le cinéaste filme l'acte de manière directe, frontale, avec un brin d'humour aussi lorsque Aimé cherche, à plusieurs reprises, la meilleure position dans cet espace exigu pour donner le maximum de plaisir à Ophélie. Au fil des minutes, c'est la jeune femme qui prend le contrôle des opérations, freinant les ardeurs de son partenaire lorsque son orgasme approche. Un instant presque irréel, sur l'écran comme dans la salle où le spectateur réalise que, oui, il vient bien d'assister à une scène pornographique dans le temple du cinéma d'auteur qu'est le Festival de Cannes. 

Abdellatif Kechiche est-il allé trop loin ? L’absence inexpliquée de la comédienne Ophélie Bau, ce matin au photocall et à la conférence de presse du film, interroge, alors qu’elle était présente jeudi soir sur les marches. Le cinéaste, lui, refuse de commenter ses méthodes de travail, sujettes à polémique ces dernières années, notamment avec Léa Seydoux sur "La Vie d’Adèle". C’est son choix. Il conforte un peu plus, qu'il le veuille ou non, le parfum de transgression qui émane du film le plus singulier de la compétition cette année. Le jury qui rendra son palmarès ce samedi en pensera-t-il autant ?

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