Cette "Bande de filles" nous fait craquer

FESTIVAL DE CANNES
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CRITIQUE - Présenté en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, "Bande de filles" confirme le talent de la réalisatrice française Céline Sciamma. Un portrait de l'adolescence vif, incisif et parfois surprenant.

Trouver sa place dans ce monde ou le fuir comme la peste. Entrer dans les rails ou suivre la masse. Respecter les normes établies ou les distordre pour se fabriquer de nouveaux horizons. En trois films seulement, Céline Sciamma a fait de ces questions identitaires le moteur d’un cinéma de l’humain qui interroge, surprend et émeut. Avec le délicat Naissance des pieuvres (2007), elle explorait le douloureux éveil à la sexualité de trois adolescentes. Quatre ans plus tard, elle mettait en scène dans Tomboy une fillette de dix ans qui se faisait passer pour un garçon afin de plaire à une amie.

Et comme jamais deux sans trois, l’intéressée a choisi de persister dans l’interrogation de soi en présentant à la Quinzaine des Réalisateurs sa Bande de filles. Laquelle est composée de la chef Lady, de ses acolytes Adiatou et Fily, ainsi que d’une nouvelle recrue répondant au doux nom de Meriem. En difficulté scolaire, cette dernière, tout juste âgée de 16 ans, vit claquemurée dans son appartement avec une mère qui s’épuise au travail, deux petites sœurs et un grand frère qui se comporte comme un intégriste religieux.

"Shine bright like a diamond"

En perdition scolaire, Meriem, plus vulnérable que jamais, devient Vic au contact de ses nouvelles amies. L’adolescente perdue découvre alors les joies de la liberté : crier dans le métro, danser au pied de l’arche de la Défense, voler des habits pour les essayer quelques heures plus tard dans une petite chambre d’hôtel… Galvanisée par cette nouvelle vie, dont le leitmotiv est "Je fais ce que je veux", elle sort graduellement de ses rails, expérimente et chante à s’en griller les cordes vocales. A l’image de cette séquence mémorable où le quatuor entonne Diamonds de Rihanna sur une image bleutée. C’est à ça qu’elles aspirent : vivre comme des stars, des divas, autant de rêves chimériques qui explosent en plein vol.

Car inéluctablement, la lumière est de courte durée. L’air disponible se raréfie et bientôt, Meriem perd pied pour emprunter des trajectoires de plus en plus douteuses : drogue, violence, fugue... Autant de sentiers sur lesquels Céline Sciamma l’accompagne avec une véritable virtuosité. Elle parvient à saisir l’essence même de ses personnages et leur octroie une superbe humanité. Sans pour autant les épargner dans leurs agissements, la réalisatrice ne se pose jamais en juge. Pas même en donneuse de leçon. C’est le chemin qui l’intéresse, l’apprentissage qu’il implique, les failles et toutes ces choses qu’on ne voit pas à l’œil nu.

L'ombre d'Adèle

Par certains aspects, Meriem nous rappelle (toutes proportions gardées) une autre jeune fille perdue, cherchant l’amour et le regard des autres avec l’énergie du désespoir. Une demoiselle qui a fait chavirer le cœur des festivaliers l’an dernier. Adèle (Exarchopoulos). Oui, Adèle. Bien que très différentes, les chemins de ces belles sont proches et communiquent. A la fois drôle et tragique, ce nouvel opus prouve toute l’étendue du talent de sa réalisatrice. Son regard sur le monde est d’une rare justesse et, même si elle s’égare dans la dernière demi-heure en emmenant son héroïne dans de curieuses directions, sa nouvelle œuvre, d’une délicieuse vitalité, est précieuse.  

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