De "La Nuit des morts-vivants" à "The Dead Don’t Die" : pourquoi le cinéma raffole des zombies

Festival de Cannes
DÉCRYPTAGE - Le 72e Festival de Cannes ouvre ses portes ce mardi avec la projection de "The Dead Don’t Die", le nouveau film de Jim Jarmusch qui sort également dans toute la France. L’hommage à un genre qui, depuis la fin des années 1960, croque les travers de son époque autant qu’il fait dresser les poils sur les bras.

Un film d’horreur en ouverture du Festival de Cannes ? Ma chère vous n’y pensez pas ! Et pourtant… En déroulant le tapis rouge aux zombies de "The Dead Don’t Die", les organisateurs de la plus célèbre manifestation cinématographique mondiale tirent leur chapeau à un sous-genre du cinéma d’horreur plus populaire ET politique que jamais.


La "matrice", c’est bien évidemment "La Nuit des morts-vivants" (The Night of the Living Dead), chef d’œuvre en noir et blanc réalisé en 1968 avec des bouts de ficelles par le regretté George A. Romero. Son esthétique radicale et sa résonance avec les mouvements contestataires inspireront des générations entières de cinéphiles dont le petit Jim Jarmusch qui avait 15 ans à l’époque.

L’auteur de "Dead Man" et "Broken Flowers" en livre aujourd’hui sa vision toute personnelle, avec ces personnages de taiseux mélancoliques dont il a le secret. Sans négliger le sous-texte sociétal qu’on retrouve dans les meilleurs hommages à l’œuvre d’origine, elle-même inspirée par le roman "Je suis une légende", de Richard Matheson, dont Hollywood tirera un blockbuster plutôt réussi en 2007 avec Will Smith.


De "28 jours plus tard" (2002) du Britannique Danny Boyle à "Dernier Train pour Busan" (2016) du Sud-Coréen Yeon Sang-Ho en passant par "REC" (2007) des Espagnols Paco Plaza et Jaume Balagueró, la figure du zombie sert toujours à dénoncer les travers d’une humanité déliquescente menacée par la montée des extrémismes, la tyrannie du capitalisme, la menace bactériologique… ou la simple crainte de son voisin.

Même constat sur le petit écran avec "The Walking Dead". Si les hordes de "walkers", avides de chair et de sang ,menacent à  intervalles réguliers les héros de la série à succès tirée des comics du même nom, ce sont bien les vivants qui font le plus peur aux téléspectateurs, ramenés à leurs instincts primaires dans une Amérique où il n’y a plus ni pouvoir politique, ni justice, ni médias… 


Dans "The Dead Don’t Die", Jim Jarmusch met la résurrection des morts sur le compte du dérèglement climatique et dresse le portrait d’une petite bourgade imaginaire où chaque zombie erre en marmonnant, en boucle, un mot qui résume celui ou celle qu’il était auparavant. "Café" pour l’icône rock Iggy Pop. "Chardonnay" pour la vieille alcoolo du coin. "Fashion" pour la midinette de l’école ou "wifi" pour les hipsters de passage… Que demandez de plus en 2019 ?


>> "The Dead Don't Die", de Jim Jarmusch. Avec Bill Murray, Adam Driver, Chloë Sevigny. En salles.

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