"Douleur et Gloire" : Almodóvar joue à cache-cache avec sa propre histoire… et c’est beau

Festival de Cannes
ON ADORE – Dans l'émouvant "Douleur et Gloire", en compétition à Cannes et en salles ce jeudi, Pedro Almodóvar puise dans son histoire personnelle pour construire une comédie douce-amère qui explore les mystères de la création artistique.

Pedro Almodóvar a toujours incarné ses films, d’une manière ou d’une autre. Par leur goût du scandale, leur hédonisme, leur tendresse aussi… L’enfant de la Movida est un personnage qui s’est bien souvent raconté, en filigrane, à travers ses personnages, aussi extravagants soient-ils. Mais aucun n’avait jamais autant ressemblé à un autoportrait que "Douleur et Gloire". Jugez plutôt : Salavador Mallo – anagramme astucieux – est un cinéaste renommé en panne d’inspiration. Ses souffrances physiques récurrentes, le poids de la célébrité, celui du passé aussi, l’ont entraîné dans une impasse dont il va sortir à la faveur d’une série de retrouvailles, intimes et professionnelles, parfois les deux.

Un jeu de pistes et de miroirs très intime

Les vêtements bariolés, la barbe grisonnante et les cheveux en bataille. Salvador Mallo fait toute de suite penser à Pedro Almodóvar. Sauf qu’il est interprété par Antonio Banderas, son comédien fétiche des années 1980. Avant de se retrouver sur "La Piel Que Habito", en 2011, les deux hommes s’étaient un peu perdus de vue. Comme Salavador Mallo et Alberto Crespo (Asier Exteandia), l’interprète de l’un de ses films les plus célèbres, dont il se rapproche à la faveur d’une invitation de la Cinémathèque de Madrid. C’est le début d’un jeu de pistes – et de miroirs - comme Pedro Almodóvar les orchestre mieux que personne.

Reclus dans son appartement tapissé d’œuvres d’art, Salvador Mallo joue à la diva avec son assistante personnelle et troque les antidépresseurs pour l'héroïne afin de soigner un mal-être persistant comme un vilain mal de tête. Lorsqu'il est rattrapé par le sommeil, parfois sans prévenir, il revit son enfance modeste auprès d’une mère aimante incarnée par Penélope Cruz. Là encore, le spectateur s’interroge. S’agit-il d’une relecture de la propre jeunesse de l'auteur de "Volver" ? Ou bien d’une version fantasmée à l’image de ce maçon illettré dont la beauté bouleverse le petit Salvador ? Ici, tout s’entremêle et se confond pour former une savoureuse métaphore de la création artistique.

Loin de la fureur de ses jeunes années, ses souvenirs - et ses secrets - à portée de plume, Pedro Almodóvar a conçu un amour de comédie douce-amère dont on savoure les embardées poétiques et l’humour à froid grâce une mise en scène précise, sans effet superflu. Et l’interprétation exceptionnelle d’un Antonio Banderas qui n’a franchement jamais été aussi bon. Si le cinéaste loupe encore la Palme, maudit comme il est, on voit mal comment le prix d’interprétation du 72e Festival de Cannes pourrait échapper à son vieux compagnon de route. On prend les paris ?

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