Faire l'amour : le mode d'emploi de Djinn Carrénard dans "FLA"

Festival de Cannes

CRITIQUE - Trois ans après le succès de son premier film "Donoma", Djinn Carrénard a ouvert la Semaine de la Critique jeudi soir avec "FLA". Une oeuvre brouillonne et épuisante dans laquelle deux personnages tentent de faire l'amour.

Chantre actuel du cinéma-guérilla, Djinn Carrénard a ouvert jeudi soir la prestigieuse semaine de la critique avec son second long métrage FLA. Trois ans après son entrée remarquée dans le septième art français avec Donoma, étonnant film choral tourné pour 150 petits euros, le cinéaste haïtien de 33 ans entend cette fois nous enseigner l’art de faire l’amour (d’où le titre FLA). Mais attention, il n’est pas tout à fait question de l’acte sexuel. Au grand dam des lubriques, cet opus n’est pas une variation du Kama Sutra mais se veut plutôt une réflexion sur la façon de gérer, canaliser, mener et apprivoiser le sentiment amoureux. Tout un programme.

Laure et Oussmane, les héros de ce deuxième long métrage, se sont rencontrés un soir. Et ont couché ensemble sans arrière-pensée. L’histoire aurait pu s’arrêter là si la jeune hôtesse de l’air n’était pas tombée enceinte de ce musicien en quête de gloire. Résultat ? Le premier convainc la seconde de ne surtout pas avorter. Ils élisent alors domicile à Perpignan en essayant de fabriquer le socle le plus solide pour l’arrivée de bébé. Seulement, entre l’irruption de Kahina, la sœur de Laure, une taularde en liberté provisoire, et la perte auditive d’Oussmane née d’un traumatisme lié à l’enfance, difficile d’atteindre la plénitude d’un couple à la Butler/O’Hara.

Faire l’amour ? Non, faire pschitt.

Pour nous raconter cette histoire simplissime, Djinn Carrénard a hélas choisi l’option : "cinéma de l’usure". Se prenant consciemment ou non pour Abdellatif Kechiche, il a en effet poussé ses comédiens à improviser, à tenter, à hésiter, à lâcher prise pour capter cette réalité dont rêve tout cinéaste. Ce procédé aurait éventuellement pu fonctionner s’il avait évité de nous infliger ses infernaux tics de mise en scène (écran dans l’écran, flou pseu artistique et plus si affinités). Ce n’est pas parce qu’on fait dans le cinéma-guérilla qu’on n’est pas en droit de proposer de beaux plans. Ici, tout est filmé dans une urgence fabriquée. L’image, tremblante comme une herbe folle un soir de tsunami, donne le vertige du corps et non de l’âme.

Si l’ensemble ne manque pas d’ambition, les partis pris esthétiques du réalisateur plombent bel et bien l’intrigue et les thèmes passionnants qu’elle charrie. On aurait par ailleurs souhaité éprouver une once d’empathie pour Oussmane, cet homme perdu dans un monde devenu trop gros pour lui. On aurait voulu croire à ses disputes avec Laure et Kahina. On aurait voulu tous les suivre dans leurs problématiques, les comprendre et les aimer. Au lieu de ça, nous voilà pris en otage pendant 2h45 par une œuvre cacophonique, épuisante, au lyrisme boiteux et à la fougue en carton-pâte. Non, ça ne fait pas l’amour. Ça fait pschitt !
 

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