L’histoire d’amour entre Netflix et le Festival de Cannes va-t-elle tourner au vinaigre ?

BUSINESS - A deux jours de l’annonce de la sélection officielle du 71e Festival de Cannes, la présence de films produits par la plateforme de streaming américaine Netflix paraît ce mardi plus que compromise. En cause ? Les nouvelles règles édictées par la direction de la plus grande manifestation cinématographique mondiale. Explications.

Va-t-on revoir le logo de Netflix sur les palaces de la Croisette ? Et a fortiori sur les écrans du Palais des Festivals ? L’an dernier, la présentation en compétition officielle de deux productions de la plateforme américaine – "Okja" de Bong Joon-Ho (photo) et "The Meyerowitz Stories" de Noah Baumbach – avait déclenché LA polémique de la quinzaine. En vertu de la législation française, ces films ne pouvaient pas sortir simultanément en salles et en streaming comme c’est le cas aux Etats-Unis. La fameuse "chronologie des médias" prévoit en effet un délai de 36 mois entre une sortie sur grand écran et sur un service de vidéo à la demande par abonnement. Sauf que Netflix refusait de transiger, au risque que ses deux bébés ne deviennent la proie des pirates du web.


Sur la Croisette, le président du jury Pedro Almodovar avait jeté un pavé dans la mare au premier jour du Festival l’an dernier. "Ce serait un énorme paradoxe que la Palme d’or ou un autre prix soit décerné à un film qui ne puisse pas être vu en salles", avait déclaré le cinéaste espagnol. Bref pour l’auteur de "Volver" et "Talons aiguilles", comme pour de nombreux cinéastes – Steven Spielberg a tenu le même discours il y a peu –, un long-métrage Netlix n’est pas un film mais un téléfilm. Et ne peut donc pas concourir dans une compétition dédiée au cinéma. Hasard ou pas, ni "Okja", ni "The Meyerowitz Stories" ne figureront finalement au palmarès.

Depuis cet épisode cannois qui a laissé des traces, Netflix a présenté des films en compétition dans la plupart des festivals, de Sundance à la Berlinale en passant par la Mostra de Venise. Et plusieurs de ses productions ont été nommées aux Golden Globes et aux Oscars. Autant dire que son grand patron, Ted Sarandos, espérait revenir sur la Croisette en terrain conquis. Sauf que non. Dans une interview accordée fin mars à l’hebdo professionnel "Le Film Français", le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, annonçait que les films destinés au streaming, et non aux salles de cinéma, ne pourront être présentés que "hors compétition".


La législation française n’ayant pas changé depuis, en dépit des réflexions en cours au sein de la profession, cette décision vise clairement les films Netflix. Un coup dur pour la plateforme, qui entend s’imposer comme un modèle alternatif crédible aux grands studios hollywoodiens. A coups de milliards, elle prévoit de produire, en plus de ses multiples séries, pas moins de 80 nouveaux long-métrages d’ici la fin 2018.  Le plus emblématique ? "The Irishman", le prochain Martin Scorsese avec Robert De Niro et Al Pacino. Lorsqu’elle ne rachète pas les droits de films qui font peur aux studios traditionnels comme le récent "Annihilation", "lâché" par Paramount qui le jugeait trop intello pour le public des salles de cinéma. Sacré paradoxe.

Alors que Thierry Frémaux s’apprête à dévoiler ce jeudi la sélection officielle du 71e Festival de Cannnes, "The Hollywood Reporter" révèle que la direction de  Netflix pourrait retirer tous les films qu’elle avait proposés au Festival si ceux-ci sont cantonnés à une présentation "hors-compétition", jugée moins prestigieuse. Ce serait notamment le cas de "Norway" de Paul Greengrass, de "Hold the Dark" de Jeremy Saulnier, de "Roma", le nouveau film de Alfonso Cuaron, le réalisateur Oscarisé de "Gravity" dont Netflix vient de racheter les droits. Mais aussi de "The Other Side of The Wind", le long-métrage inachevé de Orson Welles, candidat à une présentation dans le cadre de Cannes Classics.

Qui a envie d’être hué dès le générique de son film, d’autant plus lorsque ces huées sont adressées à l’entité qui l’a rendu possible ?Jeremy Saulnier, le réalisateur de "Hold the Dark", produit par Netflix

Des discussions seraient en cours entre les deux parties afin de sortir de l’impasse. En vain ? Interrogé par IndieWire, Jeremy Saulnier affirme déjà que "Hold the Dark" n’ira pas à Cannes. "C’est dommage (…) mais ce sera mieux de le montrer dans d’autres festivals plus proches de sa date de sortie. Et puis qui a envie d’être hué dès le générique de son film, d’autant plus lorsque ces huées sont adressées à l’entité qui l’a rendu possible ?". 


On se rappelle effectivement que l’an dernier, la projection de presse de "Okja" avait débuté par des sifflets lors de l’apparition du logo de Netlix sur l’écran du Grand Théâtre Lumière. Avant qu’elle ne soit interrompue au bout de cinq minutes en raison d’un problème technique. Mauvais karma ?

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