Cannes 2018 : pourquoi Kirill Serebrennikov n'a-t-il pas pu venir défendre son splendide "Leto" sur la Croisette ?

FESTIVAL DE CANNES
ON AIME – En compétition pour la Palme d’or, "Leto" voit le cinéaste russe Kirill Serebrennikov rendre hommage à deux figures du rock underground du début des années 1980. Une fresque musicale en noir et blanc qu’il n’a pu hélas venir présenter sur la Croisette. Explications.

Ses comédiens, accompagnés du délégué général du Festival, Thierry Frémaux, lui ont apporté leur soutien mercredi soir sur les marches du Palais en soulevant une pancarte à son nom devant les photographes. Réalisateur du splendide "Leto" ("L’été" en VF), en lice pour la Palme d’or, le Russe Kirill Serebrennikov n’a en effet pas pu se rendre sur la Croisette. Depuis son arrestation l’été dernier dans une sombre affaire de présumés détournements de fonds, ce metteur en scène de 48 ans est en effet assigné à résidence, dans l'attente d'un éventuel procès.

 

Pour de nombreux observateurs de l’actualité russe, il paierait en réalité une série de spectacles qui ont choqué les milieux conservateurs, à l’image d’un ballet évoquant l’homosexualité de l’icône Noureev et qui a été annulé par le théâtre du Bolchoï à la dernière minute. En dépit de tous les efforts des organisateurs du Festival de Cannes, il n’a donc pas pu assister au triomphe nocturne de son nouveau long-métrage, chronique flamboyante de la scène rock underground russe du début des années 1980.

Un grand film sur le pouvoir du rock

Son personnage principal, c'est Mike Naumenko, le leader du groupe Zoopark qui se produit avec ses musiciens dans un club de rock de Leningrad, sous le regard amoureux de Natasha, sa fiancée. Et celui, plus méfiant, des autorités d’un pays qui s’inquiète de l’influence néfaste de la musique du diable sur sa jeunesse. Lors d’une virée estivale au bord de la mer, il fait la rencontre de Victor Tsoi, un jeune musicien ambitieux qu’il prend sous son aile. Et dont le charme ne laisse pas insensible sa compagne…

 

S’il a pour cadre une Union Soviétique à bout de souffle, "Leto" est avant tout un grand film sur le pouvoir du rock. Celui qui secoue et qui inspire. Dans un noir et blanc somptueux, Kirill Serebrennikov orchestre son récit au rythme des pérégrinations musicales et intimes de ses protagonistes. Aussi lorsque l’un des personnages se fait rabrouer par un vieux bonhomme dans un train, l’image est soudain lardée d’inscriptions cartoonesques, tandis que les figurants se transforment en choristes improvisés. Un procédé qui donne lieu à certaines des séquences les plus réussies du film.

Sous le vernis de la reconstitution soignée d’une époque méconnue - précisons que Mike et Victor ont bel et bien existé - "Leto" vise juste parce qu’il exhale un sentiment de révolte qui fait écho aux combats de la jeunesse, dans la Russie d’aujourd’hui comme ailleurs. Ses héros sont des artistes, des amants, des pères, partagés entre leurs rêves et leurs responsabilités. Ils jouent de la guitare et portent les cheveux longs, mais Kirill Serebrennikov en fera peut-être une version rap dans quelques années. Que le Kremlin le veuille ou non.

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