Cannes 2018 - Terry Gilliam : "Je n'ai pas toujours été fidèle à Don Quichotte !"

INTERVIEW - Le réalisateur américain Terry Gilliam dévoilera samedi à Cannes "L’homme qui tua Don Quichotte", un projet de longue date à la genèse mouvementée. Il s’en est expliqué avec LCI sur la Croisette.

C’est sur le rooftop ensoleillé d’un hôtel à l’intérieur de Cannes que Terry Gilliam nous reçoit afin de parler de "L’homme qui tua Don Quichotte", présenté hors compétition en clôture du 71e Festival de Cannes, ce samedi. En dépit de ses récents ennuis de santé et de la bataille judiciaire qui l’oppose au producteur Paul Branco, il n’a rien perdu de son sens de l’humour. La preuve…

LCI : La sortie de ce film, c’est un moment que vous attendez depuis plus 20 ans. Est-ce un sentiment un peu étrange ?

Terry Gilliam : C’est un soulagement ! Je peux me détendre, maintenant. Le film est fait, je sais qu’il est bon, et je peux en parler positivement. Quand je fais un film, jusqu’à la post-production, je suis très négatif, je ne prends pas de plaisir. Mais comme je l’ai déjà montré à des gens et qu’ils l’aiment, je peux me lâcher. Et c’est merveilleux.

LCI : Depuis le tournage avorté de 2000 qu’on voit dans le documentaire "Lost in la Mancha", vous avez fait d’autres films….

Terry Gilliam : Je ne suis pas resté loyal à Quichotte ! J’ai eu des aventures avec d’autres films (sourire).

LCI : Mais aviez-vous toujours "L’homme qui tua Don Quichotte" en tête ? Ou êtes-vous passé par des moments où vous vous disiez que ça ne se ferait jamais ?

Terry Gilliam : Quand je termine un film, j’entre dans une dépression terrible. Celui-ci me donnait toujours de l’espoir, c’était un projet sur lequel je pouvais fixer mon attention. Mais avec les années, c’est devenu de plus en plus difficile de croire que ça allait se faire, parce que tout le monde me disait d’oublier. Ce qui explique pourquoi j’ai fini par le tourner : je prends assez mal les ordres.

LCI : Vous en avez fait des cauchemars parfois ?

Terry Gilliam : Non, pas vraiment. Je n’arrêtais pas de penser à Orson Welles qui n’a jamais terminé "The Other Side of the Wind". Je me disais : Orson, je vais te battre ! Il y a d’ailleurs un moment dans le film qui lui est directement dédié.

LCI : "L’homme qui tua Don Quichotte" qui sort vendredi est-il très différent du film que vous aviez commencé à tourner, en 2000 ?

Terry Gilliam : Il est plus riche, il y a plus de thèmes abordés. Dans le premier film, c’était un réalisateur de publicité, il prenait un coup sur la tête et il se retrouvait au XVIIe siècle avec Don Quichotte. Là, tout se passe dans le monde actuel. C’est l’histoire d’un type qui a fait un film qui s’appelle "L’homme qui tua Don Quichotte", lorsqu’il était innocent et qu’il sortait de l’école de cinéma. Il était plein de rêves et d’espoirs. Et il s’est vendu. On aborde également la fabrication des films, l’impact qu’ils ont sur les gens qui les font. C’est devenu un parking à plusieurs étages, rempli d’idées plutôt qu’une pauvre place de stationnement à côté d’un centre commercial !

LCI : Que doit-on retenir de vos ennuis judiciaires avec le producteur Paul Branco qui a tenté d’interdire la présentation du film à Cannes ?

Terry Gilliam : Le truc, c’est qu’il n’a jamais été en mesure de réunir l’argent pour faire le film, ce qui est pourtant le job d’un producteur. On m’avait mis en garde contre lui. Mais j’aimais son énergie et sa passion. On avait un contrat précis qui prévoyait qu’il avait six mois pour réunir les fonds afin de tourner le film avec Adam Driver et Michael Palin. Lorsque Paulo est arrivé, on avait 12,5 millions de dollars et il fallait en trouver encore 3. Sauf qu’en arrivant il a viré nos premiers partenaires et tout à coup c’était 15,5 millions qu’il fallait réunir en six mois ! Il a commencé à virer des gens que j’avais choisis, ça m’a mis en colère et il m’a dit que j’avais 24h pour signer un document où je m’engageais à le laisser prendre toutes les décisions financières. J’ai refusé. Et c’était fini.

LCI : Votre passion pour le cinéma est-elle intacte après une telle histoire ?

Terry Gilliam : Ma passion c’est de ne pas laisser des types comme Paolo s’en tirer avec ce qu’il fait. Je fais confiance aux gens, jusqu’à ce qu’ils me trahissent. Mon job n’est pas de supporter son égo. Mon job est de faire un film. Et c’est clair qu’on ne voulait pas faire le même. S’il était aussi bon producteur qu’attaché de presse, on aurait fait un film fantastique ensemble. C’est bien simple : je n’ai jamais eu autant de publicité négative sur un de mes films. Lorsque le projet avec Paulo est tombé à l’eau, j’ai fait mon premier AVC. Et récemment une deuxième, tout ça grâce à une même personne. Je lui dois beaucoup ! (rires)

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