VIDEO - Wanuri Kahiu, la réalisatrice de "Rafiki" : "Je risque d’être arrêtée en rentrant au Kenya"

RENCONTRE – Présentée en sélection Un certain regard à Cannes, la romance lesbienne "Rafiki" est interdite de sortie au Kenya. LCI a rencontré sa réalisatrice, Wanuri Kahiu, sous le coup d’une menace d’arrestation dans son pays.

Dans son pays, elle risque la prison. En France, ce mercredi, elle a eu droit à une standing ovation. Telle est la situation pour le moins paradoxale de Wanuri Kahiu, la réalisatrice de "Rafiki", premier film à défendre les couleurs du Kenya au Festival de Cannes. Son tort ? Faire la promotion du lesbianisme avec cette histoire d’amour entre deux jeunes filles, Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva), issues de milieux opposés, inspiré du roman de sa compatriote Monica Arac Nyeko.

 

Lorsqu’on la rencontre, au dernier étage d’un hôtel de la Croisette, cette jeune femme élégante conserve le sourire, en dépit des menaces qui planent sur elle. C’est avec un mélange de surprise et de tristesse qu’elle a encaissé la décision des autorités kényanes d’interdire son film, peu après sa sélection à Cannes. Dans son éditorial, le "Standard", un quotidien local, a jugé que cet honneur valait au pays "le ridicule au niveau international".

Ce qui est curieux c’est que nous sommes censurés par la même comité de classification des films qui avait autorisé le tournageWanuri Kahiu

"Nous savions qu’il était possible que le film soit interdit quand on a commencé le tournage", admet Wanuri Kahiu, fille d'un businessman et d'une médecin. "Mais le plus important, c’était de nous assurer que tous les acteurs parlent à leur famille avant de commencer. Pour qu’il sachent exactement dans quel type de débat ils allaient entrer. Et ce ne sont pas des débats toujours faciles à avoir avec ses proches."


Sous le coup des lois datant du colonialisme britannique, l’homosexualité reste aujourd’hui illégale au Kenya. Et une peine de quatorze ans de prison plane sur les lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transgenres qui seraient surpris par la police ou dénoncés par leur voisinage. Ce n'est pas près de changer puisque dans un entretien télé diffusé il y a quelques jours, le président Uhuru Kenyatta a estimé que les droits des gays "n'ont pas grande importance pour le peuple et la république du Kenya".

"Ce qui est curieux c’est que nous sommes censurés par la même comité de classification des films qui avait autorisé le tournage", observe la réalisatrice. "J’ai parlé avec son responsable pour essayer de comprendre. Et je pense que ce qui lui a déplu, c’est que la fin du film n’exprime pas suffisamment de regrets par rapport à ce que je montre de la société kenyane. C’est d’autant plus dommage que nous avons tourné ce film à Nairobi, avec des Kenyans, pour un public kenyan."

 

Entre deux éclats de rire, sans doute un peu nerveux, elle avoue aujourd’hui être "un peu inquiète à l’idée de retourner dans son pays parce qu’on a menacé de m’arrêter. Nous avons fait en sorte que les acteurs soient en sécurité. Pour l’instant, nous sommes à Cannes et nous célébrons ce moment. On veut se concentrer là-dessus. On verra ensuite ce qui se passe lorsqu’on rentrera à la maison."

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Festival de Cannes 2018

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter